Maksim Shugaley, l’agent électoral de Vladimir Poutine en Afrique

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Maksim Shugaley, l’agent électoral de Vladimir Poutine en Afrique
Maksim Shugaley, l’agent électoral de Vladimir Poutine en Afrique

Africa-PressCentrAfricaineMaksim Shugaley, officiellement sociologue, est en fait un agent d’influence chevronné de 55 ans qui a démarré sa carrière à Saint Pétersbourg, lors d’élections locales en 2002. Ce barbouze sans états d’âme avalait des documents pour éviter qu’ils ne soient remis à un juge[1].

Le même est devenu aujourd’hui un de ces hommes de l’ombre qui, de Madagascar à la Libye puis à la Centrafrique, participe à la préparation des élections en cours afin de les orienter pour le compte de la Russie.

Maksim Shugaley a fait partie d’une équipe de stratèges politiques russes qui ont opéré en aidant à organiser les campagnes de plusieurs candidats à la présidentielle malgache des 7 novembre et 19 décembre 2018. La journaliste indépendante Gaelle Borgia a montré dans un reportage diffusé par la BBC[2] comment ces proches du Kremlin ont cherché à influencer les résultats du scrutin.

Maksim Shugaley qui se présentait alors comme un observateur neutre a en fait rencontré avant les élections des membres des équipes de campagne de certains candidats à la présidence et leur a offert un financement[3]. La sécurité de ces stratèges politiques était alors assurée par des mercenaires du groupe Wagner, un puissant groupe de mercenaires qui interviennent pour le compte de Vladimir Poutune dans plusieurs États. Les actions de Shugaley et de ses amis sont sponsorisées par Yevgeny Prigozhin[4], financier officieux de cette société́ russe. Ce proche de Vladimir Poutine qui figure sur la liste des sanctions américaines à la suite de l’enquête sur les interférences russes dans l’ élection présidentielle de 2016. Prigozhin est notamment à la tête de l’Internet Research Agency[5]surnommée « l’usine à trolls », un outil d’influence et de propagande sur les réseaux sociaux.

En mars 2019, Maksim Shugaley se rend en Libye, officiellement avec un statut de « chercheur et d’expert » pour un « projet de recherche » lancé par une mystérieuse « Fondation pour la protection des valeurs nationales », une organisation basée à Moscou liée à Prigozhin. Le Président du Conseil Président d’Administration de cette fondation, Alexander Malkevich, est lui-même sous sanctions des Etats-Unis pour son rôle dans une opération d’influence présumée dirigée par Prigozhin.

La Libye est alors déchirée par un conflit dans lequel Moscou soutient le maréghal Khalifa Haftar contre le gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU et basé à Tripoli. En Mai 2019, Maksim Shugaley est arrêté avec son interprète à Tripoli[6] après s’être entretenu secrètement avec des personnalités politiques, dont Saïf al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Ces rencontres ont attiré l’attention des services de renseignement libyens qui ont saisi des documents sur les ordinateurs portables indiquant l’interférence dans les élections libyennes.

Un détour par la République de Komi (Russie)

Durant sa détention, Evgeny Prigozhin a activement œuvré pour que Maksim Shugaley soit candidat du parti politique Rodina (« Mère patrie »)[7] aux élections parlementaires régionales de la République de Komi en Septembre 2020. Le spin doctor Igor Osadchy (en charge des projets politiques stratégiques à l’étranger et notamment en Afrique à l’Internet Research Agency) a d’ailleurs directement supervisé la campagne de Maksim Shugaley. Les prigozhintsy (proches de Prigozhin) ont créé un site internet[8] retraçant et glorifiant le parcours de Shugaley tandis que la campagne de terrain était financée par Prigozhin lui-même.

La société Concord Management and Consulting[9], étroitement liée à Evgeny Prigozhin a déclaré la page du réseau social russe VKontakte[10] que Prigozhin « soutient chaleureusement Shugaley, un patriote qui contrairement aux libéraux pro-occidentaux, sait endurer les épreuves et faire face aux difficultés. » Lorsque Maksim Shugaley est libéré le 10 Décembre 2020 par les autorités libyennes après de longues tractations avec la Russie, Concord publie un autre communiqué sur le même réseau Vkontakte[11] annonçant qu’elle soutiendra Shugaley à hauteur de 18 millions de roubles (environ 200.000€) comme compensation pour les mois de détention effectués.

Au début de l’année 2021, Maksim Shugaley se tourne vers la République Centrafricaine où le Président sortant Faustin-archange Touadéra vient d’être officiellement réélu avec 53,16% des voix dans un contexte de rébellion armée et ce alors que l’opposition conteste les résultats de cette élection. Le 9 Février 2021, Maksim Shugaley interpelle publiquement dans une lettre ouverte le chercheur français du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po’, Roland Marshal.

Le 25 Février 2021, Maksim Shugaley supervise une étude sociologique au nom la « Fondation russe pour la défense des valeurs nationales ». Il diffuse les résultats de cette étude dans une conférence de presse[12] relayée par la télévision locale TVCA (Télévision Centrafricaine) le 10 Mars 2021. Selon les résultats de cette enquête sociologique[13] à la gloire du Président centrafricains, « plus de 98% des personnes interrogées expriment leur soutien au chef de l’Etat Faustin-Archange Touadéra, le considérant comme un dirigeant stable. De l’avis du peuple, il a changé le cours politique, déplaçant l’accent des conflits militaires vers le dialogue. » Les résultats de ce travail de propagande, (qui ne manquent pas d’égratigner François Bozizé qui a pris la tête de la coalition rebelle Coalition des Patriotes pour le Changement) sont affichés sur de grands panneaux publicitaires dans les grandes artères de la capitale centrafricaine ainsi que relayés sur internet[14].

Décrivant l’action russe comme salvatrice pour la RCA, Maksim Shugaley se fait alors le chantre du peuple centrafricain victime d’un complot de grandes puissances occidentales. Le 16 mars 2021, suite une réunion au Conseil de sécurité de l’ONU, Maksim Shugaley critique[15] ainsi non seulement le fait que la RCA ait été privé de son droit de vote à l’Assemblée générale des Nations unies en raison d’un arriéré de 30.000$ mais fustige aussi l’augmentation du contingent de la Minusca incapable selon lui de ramener la paix au lieu de l’octroi du droit pour la RCA d’utiliser des hélicoptères de combats.

Les actions de Maksim Shugaley en Afrique et de la Fondation russe pour la défense des valeurs nationales sont financée par Yevgeny Prigozhin[16] et coordonnées par les stratèges politiques Yaroslav Ignatovsky et Igor Osadchy depuis l’Internet Research Agency. Maksim Shugaley ne manque d’ailleurs pas de prendre publiquement la défense de Prigozhin sur sa page Facebook[17]. La campagne russe déployée en Afrique[18] s’appuie notamment sur ce type de consultants politiques pour mener des opérations de communication politique ciblées. Des recherches menées par des spécialistes de l’Université de Stanford[19] ont aussi mis en évidence des opérations de désinformation d’opinion sur les médias sociaux.

À l’instar de la campagne de Donald Trump

Ces opérations de communication en Afrique utilisent des tactiques similaires à ces déployées lors des élections américaines de 2016: partage répété de récits russes sur les plateformes en ligne, appropriation d’enjeux sociaux et culturels locaux, utilisation de voix locales, création artificielle de dclivages politiques, amplification des complots et finacement d’organisations non gouvernementales partenaires qui relaient cette communication.

 

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