Adame Mbori-Oundo, chef adjoint du site des déplacés de Ngouli, enlevé, torturé et assassiné par les forces de l’ordre à Obo

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Adame Mbori-Oundo, chef adjoint du site des déplacés de Ngouli, enlevé, torturé et assassiné par les forces de l’ordre à Obo
Adame Mbori-Oundo, chef adjoint du site des déplacés de Ngouli, enlevé, torturé et assassiné par les forces de l’ordre à Obo

adressé à toute la population.

Les forces de sécurité agissent désormais en toute impunité dans la région d’Obo. Elles enlèvent, torturent et tuent sans craindre la moindre sanction. Le meurtre d’Adame Mbori-Oundo s’ajoute à la longue liste des exactions commises contre les habitants du site de Ngouli. Après les tabassages, les incendies de maisons et les violences contre les femmes et les enfants, voici maintenant l’assassinat pur et simple d’un responsable communautaire.

Ce pays connaît une dérive sans précédent. Des forces de la République se comportent comme des criminels de droit commun, kidnappant et assassinant des citoyens en pleine nuit. L’histoire de la Centrafrique a connu bien des périodes sombres, mais voir des uniformes officiels commettre de tels actes constitue une première. Ces hommes ne défendent plus rien, ils terrorisent et tuent méthodiquement une partie de la population.

Les habitants de Ngouli vivent dans la terreur permanente depuis cette nuit maudite. Après l’opération qui a semé le chaos dans le camp, après les maisons brûlées et les familles tabassées, voici maintenant un meurtre qui confirme que plus personne n’est en sécurité. Si un chef adjoint de site peut être enlevé et tué sans raison apparente, n’importe qui peut subir le même sort à tout moment.

La communauté internationale continue d’ignorer ce qui se passe dans cette région reculée de Centrafrique. Les casques bleus de la Minusca n’ont pas réagi à l’opération sanglante sur le camp, ils ne réagiront probablement pas davantage à cet assassinat. Les organisations humanitaires gardent le silence, les médias ne relaient rien. Adame Mbori-Oundo rejoint ainsi la longue liste des victimes oubliées, de ceux qui meurent loin des caméras et des consciences.​​​​​​​​​​​​​​​​
Adame Mbori-Oundo, chef adjoint du site des déplacés de déplacés de Ngouli, a été enlevé par des soldats, gendarmes et policiers. Quarante-huit heures plus tard, son corps en décomposition a été découvert par des élèves près de l’école Bon Cemac.

L’enlèvement s’est produit le même jour que l’opération sanglante menée dans la nuit du 21 janvier dernier sur le camp des déplacés de Ngouli. Alors que les forces de sécurité fouillaient les habitations, tabassaient les habitants et incendiaient des maisons, elles ont également procédé à l’arrestation d’Adame Mbori-Oundo. Cet homme occupait la fonction de chef adjoint du site de déplacés, un rôle qui faisait de lui une figure reconnue au sein de la communauté réfugiée.

Le site de Ngouli accueille depuis 2017 des familles venues du village du même nom. Ces habitants avaient fui les attaques des rebelles de la LRA pour se réfugier au centre d’Obo, créant un camp qui porte le nom de leur localité d’origine. Ce lieu devait leur offrir la sécurité, mais il est devenu le théâtre d’une violence qu’ils n’auraient jamais imaginée venir de leurs propres forces de défense.

Personne ne l’a revu vivant après cette nuit-là. Sa famille et les habitants du camp ont passé deux jours dans l’angoisse, sans nouvelles de lui. Les autorités n’ont fourni aucune information sur son sort, ni confirmé ni infirmé sa détention quelque part. Le silence des forces de l’ordre laissait craindre le pire pour cet homme dont la seule faute semblait être son appartenance à l’ethnie Zandé du Haut-Mbomou.

La découverte macabre est venue deux jours plus tard, dans des circonstances particulièrement choquantes. Des élèves de l’école Bon Cemac, située à environ un kilomètre du marché de Lakouanga, sont sortis en récréation pour s’amuser comme à leur habitude. En jouant, ils ont senti une odeur nauséabonde qui les a intrigués. Curieux, ils se sont approchés de l’endroit d’où provenait cette puanteur.

C’est là qu’ils ont aperçu le corps sans vie d’un homme, déjà en état de décomposition avancée. Les enfants, terrorisés par cette vision d’horreur, ont immédiatement alerté les adultes. Rapidement, des habitants du quartier se sont rendus sur place pour constater de leurs propres yeux la réalité de cette découverte. La dépouille gisait près de l’établissement scolaire, abandonnée comme un déchet.

L’identification n’a pas tardé. Il s’agissait bien d’Adame Mbori-Oundo, le chef adjoint du site de Ngouli disparu depuis 48 heures. Son corps portait des marques de torture, témoignant des sévices qu’il avait endurés avant de mourir. Les habitants ont récupéré la dépouille pour lui offrir une sépulture digne, le soustrayant ainsi à l’humiliation supplémentaire de pourrir à l’air libre comme un animal.

Les circonstances de sa mort ne laissent aucun doute sur l’identité des responsables. Les forces de l’ordre qui l’ont enlevé sont les seules à avoir eu la possibilité de le torturer et de le tuer. Aucun groupe armé n’opère dans le centre d’Obo où l’enlèvement a eu lieu. Les miliciens azandés se trouvent dans la brousse, loin de la ville, et n’auraient eu ni l’occasion ni l’intérêt de s’en prendre à un chef adjoint de camp de déplacés.

Les raisons de cet assassinat demeurent obscures. Adame Mbori-Oundo n’était qu’un responsable administratif du camp, chargé d’assister le chef principal dans la gestion quotidienne du site. Il n’avait aucun lien connu avec les milices, aucune activité politique particulière, rien qui puisse justifier un traitement aussi extrême. Sa mort ressemble davantage à un acte destiné à terroriser toute la communauté du camp qu’à l’élimination d’une menace réelle.

Cette exécution extrajudiciaire montre jusqu’où peuvent aller les forces censées protéger la popu

lation. Des soldats de l’armée centrafricaine, des gendarmes et des policiers ont arraché un homme à sa famille, l’ont torturé pendant des heures, puis ont tué et jeté son corps près d’une école. Le choix de cet endroit n’est probablement pas innocent : abandonner un cadavre là où des enfants jouent chaque jour constitue un message clair

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