Africa-Press – CentrAfricaine. Nommé le 4 janvier ministre d’État à l’Éducation nationale, cette ancienne figure de l’opposition centrafricaine est aujourd’hui devenue une pièce maîtresse du dispositif du président Faustin-Archange Touadéra.
Costume gris, lunettes fines, c’est tout sourire qu’Aurélien Simplice Zingas serre les mains de ses nouveaux collaborateurs. Nommé par décret présidentiel le 4 janvier ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, c’est ce 9 janvier qu’il a pris fonction dans un ministère qu’il connaît très bien pour l’avoir dirigé sous la présidence de François Bozizé de 2005 à 2008. Dès son installation, il donne le ton: « Le combat sera difficile, mais nous relèverons le défi ensemble ».
Rallié
Sa nomination est une pure récompense de son indéfectible soutien à Faustin-Archange Touadéra. Même si elle fait grincer des dents chez plusieurs proches du président centrafricain, très méfiants du personnage. Touadéra et Zingas se connaissent depuis 2005, lorsque le premier était recteur de l’université de Bangui et le second ministre de l’Éducation nationale. S’en suivront ensuite ruptures et réconciliations, jusqu’à l’idylle en cours, qui a commencé en 2022.
L’opposition centrafricaine annonçait alors son retrait du dialogue national organisé par le pouvoir. Mais Aurélien Simplice Zingas entre en jeu et rassemble au sein de la plateforme de l’Union des forces démocratiques de l’opposition (UFDO), qu’il vient de créer, quelques opposants égarés, dont certains sont issus de partis politiques de renom. C’est sous la bannière de cette plateforme que lui et ses nouveaux alliés prennent part au dialogue.
Zingas et ses hommes sont reçus par le président centrafricain, convaincu de tenir là d’importants soutiens politiques, qui lui permettent de vanter l’ouverture de son dialogue national. Évariste Ngamana, vice-président de l’Assemblée nationale et proche du chef de l’État, est chargé de les dorloter et de maintenir le contact avec la plateforme et principalement avec Aurélien Zingas. Très vite, l’ancien opposant se retrouve au cœur des stratégies du pouvoir.
Il va activement participer à la promotion du projet de modification constitutionnelle et est même nommé directeur de campagne adjoint et porte-parole du « oui » au référendum. « Il s’est donné entièrement pour la victoire du ‘oui’. Plus que certains hauts cadres du parti MCU (Mouvement cœurs unis). Il a multiplié les sorties médiatiques, demandant à ses soutiens de militer pour un troisième mandat du président Touadéra. Ce sont des actes qui ne peuvent passer inaperçus aux yeux du premier intéressé », le complimente un membre du cercle présidentiel.
Les compliments sont les mêmes du côté de ses « compagnons de lutte » de la plateforme UFDO. « La nomination d’Aurélien Simplice Zingas à un ministère clé est un signal fort d’ouverture. C’est aussi une marque de confiance de la part du chef de l’État », a déclaré dans un communiqué élogieux Eddy Symphorien Kparekouti, vice-président de la plateforme. Mais cette vision des choses est loin d’être partagée par tous les opposants de Faustin-Archange Touadéra.
Retourner sa veste
Martin Ziguélé, président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) et un des leaders de l’opposition, voit la nomination de Zingas comme « la suite logique de son engagement ». Mais d’autres ne retiennent pas leurs coups. « Zingas est une preuve vivante de la politique du ventre dans notre pays. Il a trahi l’opposition. Mais ce n’est pas nouveau. Déjà sous le président Kolingba, il a toujours été expert pour retourner sa veste. Sinon comment expliquer qu’il revienne manger avec ceux qu’il disait combattre la politique ? », s’offusque un membre de l’opposition ayant requis l’anonymat.
En 2016 déjà, Aurélien Simplice Zingas avait ainsi battu campagne pour Touadéra à la présidentielle, et obtenu lui-même un siège à l’Assemblée nationale. Ce qui lui avait valu le poste de vice-président du Parlement de 2016 à 2018. Mais en 2018, alors que la présidence de l’Assemblée nationale était retirée à Karim Meckassoua, il avait très vite changé de camp en rejoignant l’opposition. Très virulent vis-à-vis du pouvoir, il a même frôlé une poursuite judiciaire pour tentative de coup d’État et a été empêché plusieurs fois de sortir du pays.
« Plusieurs opposants comme lui ont fait allégeance au pouvoir. Mais Touadéra le sait très futé. Il a besoin de stratèges comme Zingas pour avancer », déclare à Jeune Afrique un diplomate africain. Homme de réseaux, Zingas dispose d’un solide carnet d’adresses. « Le nommer à l’Éducation nationale, qui est un domaine clé d’un régime, est un message clair: faire fonctionner son réseau occidental et onusien pour acquérir des bâtiments scolaires, remettre sur les rails le système éducatif, trouver des moyens pour recruter plus d’enseignants. Le tout dans une période où le pouvoir n’est pas en bons termes avec les partenaires financiers », souligne notre source.
Trait d’union
Dans les chancelleries, à la présidence ou encore au sein des partis politiques de l’opposition ou de la majorité, Aurélien Zingas a effectivement des « amis » partout. « Zingas, c’est un lutteur. J’aime en lui sa détermination et sa volonté. C’est un rassembleur. Il a des qualités que n’importe qui peut apprécier en politique. Je comprends pourquoi son carnet d’adresses est aussi garni », assure Timoléon Mbaikoua, cador de la majorité présidentielle et proche de l’intéressé, lequel ne se prive lui-même jamais de vanter ses réseaux.
Le 13 janvier, il a organisé une réception « pour célébrer sa nomination », ainsi que son anniversaire. Plusieurs dizaines de personnalités ont été conviées à son domicile, situé dans un quartier huppé du 7ème arrondissement de Bangui. Ministres, diplomates, députés, directeurs généraux des entreprises et banques de la place… Tous sont venus le féliciter. Une véritable démonstration de force et d’influence pour ce diplômé en droit de l’université de Bangui, qui a longtemps évolué dans l’ombre.
Plusieurs fois ministre et député de Mobaye, dans la Basse-Kotto, il souhaite aujourd’hui justifier et mériter son surnom de « trait d’union » entre les différents camps. Selon lui, « opposants ou membres de la majorité présidentielle, nous avons un objectif: développer notre pays et donner une vie meilleure à notre peuple. »
Source: JeuneAfrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press





