Africa-Press – CentrAfricaine. Le ministre conseiller du président Fidèle Gouandjika promet l’uranium et le nucléaire alors que les Banguissois n’ont ni eau ni électricité aujourd’hui.
Fidèle Gouandjika vient d’entendre les témoignages. Des quartiers entiers privés d’électricité. Des hôpitaux qui fonctionnent au ralenti. Des écoles qui ferment. Des gens qui font la queue dès trois heures du matin pour de l’eau. Sa réponse laisse sans voix.
Nous avons de l’uranium, déclare-t-il fièrement. La main est maintenant libérée sur notre uranium grâce à la nouvelle constitution. On pourra d’ici dix ans, quinze ans, construire une centrale nucléaire pour que les gens aient de l’électricité à cent pour cent. Il prononce ces mots sans ciller.
L’écart entre la réalité et ses propos dépasse l’entendement. Les Banguissois n’arrivent pas à avoir deux heures d’électricité par jour en 2026. Lui leur parle d’une centrale nucléaire en 2040. Les gens cherchent de l’eau potable depuis vingt ans. Lui évoque l’exploitation du pétrole et du gaz.
Gouandjika insiste sur ce point. Selon lui, la nouvelle constitution a tout changé. Les ressources minières du sous-sol appartiennent désormais au peuple centrafricain. Les onze accords secrets de la France ne contrôlent plus rien. Avec la paix et le temps nécessaire, le pays pourra exploiter son uranium pour financer les structures de base.
Cette logique paraît inversée. Un gouvernement normal commencerait par fournir l’eau et l’électricité maintenant. Ensuite seulement, il parlerait de grands projets futurs. Gouandjika fait l’inverse. Il vend un rêve lointain pour masquer l’échec présent. Une technique bien rodée.
Il ajoute que la courbe de production électrique est montante. On a eu combien de mégawatts en 2015 et en fin 2025, demande-t-il. Ça a augmenté énormément, affirme-t-il. Mais il ne donne aucun chiffre précis. Aucune preuve. Juste des affirmations creuses.
Raymond Adouma de l’opposition ne peut plus se retenir. Vous aviez promis cinq mille châteaux d’eau, rappelle-t-il. Il y en a un seul à Bimbo et même pas terminé. Vous avez promis de la crypto-monnaie. Qu’est-ce que ça a changé dans la vie des gens. Maintenant vous promettez une centrale nucléaire dans quinze ans.
Le schéma se répète depuis dix-sept ans. Grandes annonces. Promesses grandioses. Projets futuristes. Mais rien de concret pour aujourd’hui. Les Centrafricains attendent toujours les réalisations de base pendant que leurs dirigeants leur vendent des châteaux en Espagne.
Gouandjika parle d’uranium comme si les mines de Bakouma allaient se mettre en marche demain. Cet uranium dort là depuis des décennies. Plusieurs régimes en ont parlé. Aucun ne l’a exploité sérieusement. Pourquoi cette fois serait différente. Aucune explication.
Il évoque aussi le pétrole et le gaz. Encore des ressources hypothétiques. Encore des promesses sans calendrier. Encore des mirages pour faire patienter une population qui souffre aujourd’hui. Pas dans dix ans. Pas dans quinze ans. Maintenant.
Quentin Gbouando de la société civile intervient. Si l’État avait développé une politique décente, on ne serait pas là chaque année à en parler. Une centrale nucléaire c’est bien. Mais les gens ont besoin d’eau potable cette semaine. Ils ont besoin d’électricité ce soir.
Gouandjika balaie ces urgences d’un revers de main. Pour lui, le problème est saisonnier. Les pannes arrivent dans tous les pays du monde. La situation s’améliore progressivement. Il suffit d’attendre encore un peu. Encore dix ans. Encore quinze ans. Toujours attendre.
L’animateur Armando Yanguendji rappelle les faits. Le taux de pauvreté atteint 68 %. L’espérance de vie chute de soixante à cinquante-trois ans. Les hôpitaux manquent d’eau. Mais le ministre conseiller préfère parler de nucléaire et d’uranium libéré par la constitution.
Cette dissonance cognitive interpelle. Soit Gouandjika croit vraiment ce qu’il dit et vit dans un autre monde. Soit il ment sciemment en espérant que personne ne vérifiera dans quinze ans. Dans les deux cas, c’est inquiétant pour un conseiller spécial du président.
Les Banguissois écoutent ces promesses depuis des années. Ils ont appris à ne plus y croire. Ils savent que demain ressemblera à aujourd’hui. Que dans quinze ans, un autre ministre viendra promettre une centrale nucléaire pour dans vingt ans.
Dans les quartiers, les files continuent devant les fontaines. Les coupures d’électricité se succèdent. Les hôpitaux fonctionnent au ralenti. Pendant ce temps, au palais, on dessine des plans de centrales nucléaires qui ne verront jamais le jour. On calcule les revenus de l’uranium qui reste sous terre. On promet l’électricité à cent pour cent
Source: Corbeau News Centrafrique
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