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Le commandant Lamtagué , directeur de sécurité d’IMC, multiplie, d’une manière violente, les descentes musclées et accuse n’importe qui d’être des informateurs de Corbeau News Centrafrique.
Depuis plusieurs semaines maintenant, le commandant Lamtagué des Forces Armées Centrafricaines ne se contrôle plus. Dès qu’il entend parler de publications sur Corbeau News Centrafrique, la panique le gagne. Il voit des informateurs partout, dans chaque ouvrier, derrière chaque téléphone portable. L’homme qui dirige la sécurité des installations minières chinoises d’IMC est devenu obsédé par cette chasse. Il passe d’un site à l’autre, de Gobolo à Rondji , de Yaloké aux autres bases, toujours à la recherche du coupable qu’il ne trouve jamais vraiment.
Cette histoire commence bien avant les événements du 25 décembre à Rondji. Il faut remonter à une première intervention pathétique et musclée du commandant qui avait déjà quitté Gobolo, la base principale située à une dizaine de kilomètres de Rondji. Ce jour-là, il s’était rendu directement au site de Rondji le 5 décembre 2025 pour une réunion qu’il disait importante. Les ouvriers s’étaient rassemblés comme on le leur demandait, sans se douter de ce qui allait se passer.
Le commandant est arrivé à Rondji vers 16 heures. Il a fait rassembler tous les employés du site sans exception. Ouvriers, chauffeurs, personnel de tous niveaux ont été convoqués. Il parlait d’une réunion de travail. Personne ne pouvait refuser, personne n’imaginait ce qui allait suivre.
Dès le début, l’atmosphère était pesante. Le commandant Lamtagué avait ce regard dur, cette tension dans la voix qui annonçait quelque chose de grave. Il a commencé par ordonner la confiscation de tous les téléphones portables de chaque employé. Pas d’exception, pas de discussion possible. Un par un, chaque employé a dû remettre son appareil. Les téléphones s’empilaient devant lui. Il voulait fouiller leur contenu, traquer ceux qui lisaient les articles de Corbeau News, ceux qui suivaient les publications, ceux qui pouvaient avoir des contacts avec la rédaction.
L’inspection a commencé méthodiquement. Le commandant Lamtagué passait d’un téléphone à l’autre, ouvrait les applications, parcourait les messages, scrutait les photos. Il cherchait une preuve, n’importe laquelle, qui lui permettrait d’identifier les “traîtres”. Dans sa tête, quelqu’un sur ce chantier avait forcément livré des informations à la presse. Il était convaincu que les journalistes ne pouvaient pas connaître tous ces détails sans l’aide d’employés du site.
Mais la surprise arrive. Dans les téléphones de deux ouvriers, il a trouvé ce qu’il cherchait. Les articles de CNC étaient là, consultés, peut-être même sauvegardés. Pour ces deux hommes, ce moment a marqué le début d’un cauchemar de leur vie. Le commandant Lamtagué les a désignés publiquement devant toute l’assemblée. Sa voix tremblait de colère. “Vous m’avez trahi. Vous avez raconté des choses à mon nom à Corbeau News Centrafrique, les journaux de CNC. C’est à cause de vous qu’on m’a convoqué à Bangui.”
Les accusations fusaient maintenant. Le commandant hurlait. “On m’a convoqué deux fois à Bangui, deux fois. Mais ils se sont trompés. Ils ne vont rien me faire. J’ai donné mes explications et c’est terminé. Je suis officier supérieur, je suis commandant. Rien ne va m’arriver. Rien.”
Puis, sans prévenir, il s’est jeté sur les deux ouvriers. Il les a plaqués au sol avec violence. Cet homme qui affirmait publiquement n’avoir jamais frappé personne de toute sa vie, qui disait n’avoir jamais connu la bagarre même dans sa jeunesse, s’est transformé en bandit du grand chemin d’une férocité inouïe. Les coups ont commencé à pleuvoir. Des coups de poing, des coups de pied, sans retenue, sans limite. Les deux hommes au sol tentaient de se protéger la tête, de rouler sur le côté, mais le commandant continuait, acharné, possédé par une fureur vengeresse.
L’assemblée assistait à cette scène dans un silence glacé. Personne n’osait bouger. La terreur paralysait tous les témoins. Ils voyaient le chef de sécurité de l’IMC, un officier supérieur de l’armée nationale, torturer deux de leurs collègues en plein jour, devant tout le monde, sans la moindre gêne. Le tabassage a duré plusieurs minutes. Entre les coups, le commandant continuait de hurler ses accusations, ses menaces, ses justifications. “Vous allez voir aujourd’hui ce qui arrive quand on raconte des choses à mon nom. Vous allez regretter d’être nés.”
Après ce premier épisode, les semaines ont passé dans une tension permanente. Les ouvriers travaillaient en regardant par-dessus leur épaule, en faisant attention à leurs conversations, en cachant leurs téléphones. L’information circulait discrètement: le commandant cherchait des traîtres, des gens qui parleraient aux journalistes. Chacun essayait de rester invisible, de ne pas attirer l’attention sur lui.
Puis est arrivé le 25 décembre dernier, et avec lui une nouvelle descente du commandant à Rondji. Cette fois, l’objectif affiché était différent. Les élections se profilaient pour le 28 décembre, et beaucoup d’ouvriers souhaitaient rentrer chez eux pour voter. Les Chinois d’IMC ne voulaient pas arrêter la production, même pour une journée. Le commandant devait convaincre les travailleurs de rester sur place.
Il avait donc organisé une réunion générale à Rondji. Son discours initial portait sur une prime d’encouragement que les Chinois verseraient à ceux qui accepteraient de travailler le jour des élections. Les ouvriers écoutaient, certains semblaient accepter la proposition, d’autres calculaient mentalement si cette prime en valait la peine. L’atmosphère semblait presque normale, presque professionnelle.
À la fin de son intervention, le commandant avait demandé si quelqu’un voulait prendre la parole pour ajouter quelque chose. Un chauffeur congolais avait levé la main. L’homme voulait simplement parler d’un problème récurrent: les demi-journées que les Chinois comptabilisaient même quand ce n’était pas la faute des ouvriers. Un véhicule tombait en panne, et hop, la journée était comptée comme une demi-journée de travail. Un accident survenait, et le salaire était coupé sans explication satisfaisante.
Le Congolais expliquait calmement son souci, espérant peut-être que le commandant pourrait intercéder auprès des Chinois. Mais dès que l’homme a terminé sa phrase, tout a basculé. Le commandant s’est levé d’un bond, comme si on venait de l’attaquer. Il s’est jeté sur le chauffeur congolais en criant qu’il le dérangeait trop, qu’il faisait toujours des problèmes, qu’il parlait trop.
Il a attrapé le Congolais par la chemise, l’a tenu au cou devant tous les autres. Sa voix montait dans les aigus tandis qu’il hurlait des accusations incompréhensibles. Puis il a appelé ses soldats pour emmener le chauffeur, avant de changer d’avis brutalement et d’ordonner qu’on le ramène. Cette indécision nerveuse montrait à quel point il perdait pied.
Il a alors ordonné qu’on force le Congolais à s’asseoir sur un tas de sable qui se trouvait là. L’homme s’est exécuté sous les regards horrifiés de ses collègues. Tout le monde se taisait maintenant. La réunion avait pris une tournure cauchemardesque que personne n’avait anticipée. Le commandant tournait en rond, gesticulait, continuait de crier.
Quand la réunion s’est terminée, le commandant a désigné trois personnes qui devaient rester. Le chauffeur congolais qu’il venait d’humilier publiquement, un autre chauffeur centrafricain, et un mécanicien. Il leur a dit de l’attendre, qu’il devait encore leur parler. Les autres ouvriers sont partis en silence, soulagés d’échapper à cette folie mais inquiets pour leurs trois collègues.
Les trois hommes ont été conduits sous un hangar où le commandant venait souvent se reposer. Ils attendaient, ne sachant pas vraiment ce qui allait suivre. Quand Lamtagué est arrivé, il leur a immédiatement demandé leurs téléphones. Il voulait les fouiller un par un. Selon lui, c’était forcément l’un d’eux qui envoyait des informations à Corbeau News et qui causait ses convocations à Bangui.
Il a commencé par le téléphone du Congolais. Il a ouvert WhatsApp, a écouté tous les messages vocaux, a parcouru les conversations, a vérifié les photos. Il cherchait n’importe quelle preuve, n’importe quel lien avec des journalistes. Le Congolais le regardait faire sans rien dire, sachant qu’un mot de travers pouvait déclencher une nouvelle crise de rage.
Le mécanicien centrafricain a alors expliqué que son téléphone était en charge chez lui, qu’il ne l’avait pas sur lui. Le commandant a immédiatement ordonné qu’on envoie deux soldats avec lui pour aller le chercher. Impossible de refuser. Le mécanicien est donc parti, escorté par deux militaires armés, pour débrancher son téléphone et le ramener. Lamtagué l’a fouillé de la même manière, application par application.
Le troisième chauffeur, le Centrafricain, a essayé d’expliquer que son téléphone était cassé depuis son accident de camion. Le pare-chocs avait été endommagé lors de l’incident, et son téléphone aussi. Il avait beau le brancher, rien ne fonctionnait. Le commandant a crié que c’était un mensonge, que le chauffeur faisait le malin pour cacher quelque chose.
Le chauffeur a sorti son téléphone et le chargeur pour prouver ses dires. Les soldats ont branché l’appareil, ont essayé de l’allumer, ont tapé sur l’écran. Rien ne se passait. L’appareil était vraiment mort. Même cette preuve concrète n’a pas calmé le commandant. Il continuait d’accuser les trois hommes, répétant qu’ils envoyaient des choses sur lui, que c’était à cause d’eux qu’on le convoquait à Bangui.
Il a ensuite raconté ces convocations à l’État-major devant les trois ouvriers, comme pour justifier sa paranoïa. On l’avait appelé deux fois déjà à l’état-major. Mais il était ressorti libre à chaque fois, parce qu’il était officier supérieur, parce que son grade le protégeait. Il le répétait avec une assurance mêlée de rage, comme s’il voulait se convaincre lui-même que rien ne pouvait lui arriver.
Puis il a menacé directement les trois hommes. Il a dit qu’il allait chercher un par un tous ceux qui collaboraient avec Corbeau News, tous ceux qui parlaient à ces journalistes. Et quand il trouverait le vrai coupable, il le tuerait. Cette menace de mort prononcée calmement devant des témoins a glacé l’atmosphère. Les trois ouvriers savaient maintenant qu’ils étaient en danger réel.
Après cette séance d’intimidation, le commandant a ordonné aux soldats de faire sortir les trois hommes. Ils sont partis sans un mot, trop effrayés pour protester ou pour demander quoi que ce soit. Le lendemain, Lamtagué a contacté les Chinois pour leur demander de payer le chauffeur congolais et de le licencier immédiatement. Les patrons chinois ont obéi sans discuter.
Le Congolais a reçu son argent et a dû quitter le site le jour même. Aucun préavis, aucune explication officielle, aucun recours possible. Il travaillait là depuis des années, mais cela n’a compté pour rien. Le commandant avait décidé qu’il devait partir, alors il est parti. Cette méthode expéditive montrait bien qui détenait le vrai pouvoir sur ces chantiers miniers.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il faut maintenant se tourner vers Gobolo, la base principale d’IMC. Quelque temps auparavant, un incident était survenu concernant un transformateur de soudure. Des militaires avaient détourné cet équipement électrique, un appareil de forte puissance indispensable au fonctionnement du site. Le commandant Lamtagué avait réagi en arrêtant plusieurs ouvriers camerounais qu’il soupçonnait d’être mêlés à cette affaire.
Il avait fait emprisonner ces Camerounais à la gendarmerie de Abba sans vraiment de preuve solide. Le patron chinois du site s’était mis en colère en découvrant cette arrestation arbitraire. Il était allé libérer lui-même les ouvriers, ce qui avait créé une tension énorme entre lui et le commandant. Lamtagué n’avait pas apprécié d’être ainsi contredit, surtout devant tout le monde.
Dans ce contexte déjà tendu, un des mécaniciens camerounais était parti bien avant en congé pour rentrer au Cameroun. Il avait pris quelques semaines pour voir sa famille, se reposer un peu. Le 12 janvier dernier, il était revenu pour reprendre le travail. Il était arrivé à Beloko avec d’autres travailleurs camerounais qui montaient dans les véhicules pour rejoindre Gobolo.
Dès que le commandant l’a aperçu, il s’est approché et lui a dit qu’il ne pouvait pas retourner à Gobolo travailler. Il lui a annoncé qu’il était licencié, que c’était terminé pour lui. Le Camerounais ne comprenait pas. Il était parti en congé normal, il revenait comme prévu, et on lui refusait maintenant l’accès au chantier. Mais Lamtagué ne voulait rien entendre.
Le mécanicien a essayé de négocier, d’expliquer qu’il n’avait rien fait de mal. Le commandant est monté dans son véhicule et est parti sans plus de discussion. Le Camerounais a alors profité du départ du commandant pour monter discrètement dans un autre camion transportant des ouvriers. Il espérait peut-être que personne ne le remarquerait, qu’il pourrait rejoindre le site et clarifier la situation avec les Chinois directement.
Le convoi de véhicules a roulé pendant des heures. Après Baboua, ils sont arrivés à Gallo, un village situé à environ cinquante ou soixante kilomètres de Bouar. C’est à Gallo qu’il faut tourner à gauche pour rejoindre Aba et les sites miniers. Le commandant attendait là, et il a immédiatement repéré le mécanicien camerounais dans le camion.
Il s’est précipité vers le véhicule en criant. Il a ordonné au Camerounais de descendre immédiatement. L’homme a dû obéir devant tous les autres travailleurs qui assistaient à la scène sans pouvoir intervenir. Lamtagué a répété qu’il devait rester à Gallo, qu’il ne pouvait pas continuer vers le chantier. Il a accusé le mécanicien d’être le correspondant local de CNC, de transmettre des informations aux journalistes.
Le Camerounais a tenté de se défendre, de dire qu’il ne connaissait aucun journaliste, qu’il voulait juste travailler. Mais le commandant ne l’écoutait plus. Il a dit que c’était lui qui parlait trop, qui racontait des choses sur son nom à Corbeau News. Il l’a chassé sur place, au milieu de nulle part, à Gallo, à des centaines de kilomètres de la frontière camerounaise.
Les autres ouvriers sont montés dans les camions et sont partis vers Gouboulou, laissant le mécanicien seul au bord de la route. L’homme n’avait pas d’argent sur lui, pas de moyen de rentrer chez lui. Il a essayé d’appeler les Chinois pour expliquer sa situation. Les patrons ont fini par comprendre ce qui s’était passé et ont envoyé de l’argent au mécanicien le lendemain.
Avec cet argent, le Camerounais a pu payer un transport pour retourner vers la frontière. Il a quitté la Centrafrique sans avoir revu le chantier où il travaillait depuis longtemps. Une fois de plus, le commandant Lamtagué avait décidé seul du sort d’un employé, sans consulter personne, sans procédure, sans justification réelle. Les Chinois d’IMC acceptaient ces décisions parce qu’ils savaient que leur sécurité dépendait de cet homme.
Tous ces événements montrent comment Lamtagué gère les sites miniers qu’il contrôle. À Rondji , à Gobolo, à Yaloke, partout où IMC exploite des mines, le même schéma se répète. Le commandant accuse, menace, frappe, licencie sans avoir besoin de preuves. Il suffit qu’il soupçonne quelqu’un pour que cette personne devienne une cible. Et dans son esprit, tout le monde peut être suspect.
Cette obsession de trouver les informateurs de Corbeau News le consume de plus en plus. Il passe son temps à fouiller des téléphones, à écouter des conversations, à surveiller les moindres mouvements des ouvriers. Il voit des complots partout, des trahisons dans chaque regard. Sa paranoïa grandit au fur et à mesure que de nouveaux articles paraissent sur ses agissements.
Pourtant, c’est lui-même qui crée les conditions de ces publications. Les taxations illégales, le recrutement clandestin de travailleurs étrangers, les brutalités, tout cela est documenté parce que cela existe vraiment. S’il cessait ces pratiques, les journalistes n’auraient plus rien à raconter. Mais il ne semble pas capable de faire ce lien. Dans sa tête, le problème vient toujours des autres, jamais de lui.
Les ouvriers vivent maintenant dans une peur permanente. Chacun sait qu’une simple accusation peut détruire son emploi, voire mettre sa vie en danger. Le commandant a prouvé qu’il n’hésitait pas à frapper publiquement, à humilier devant tout le monde. Il a montré qu’il pouvait faire emprisonner quelqu’un sur un simple soupçon. Cette démonstration de pouvoir absolu terrorise tous ceux qui travaillent sous ses ordres.
Les sites miniers d’IMC comptent plus d’une vingtaine d’emplacements différents. Sur chacun d’eux, Lamtagué a placé des sous-officiers et des lieutenants qui reproduisent ses méthodes. Mais c’est lui qui reste le chef, celui qui donne les ordres finaux, celui qui décide qui peut travailler et qui doit partir. Les Chinois le savent et ne le contredisent presque jamais
Source: Corbeau News Centrafrique
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