Africa-Press – CentrAfricaine. stabilisation de plusieurs milliards de dollars opère depuis plus de 11 ans en République centrafricaine. Les Centrafricains attendent toujours de voir les premiers bénéfices de cette présence massive. Pendant ce temps, un système bien structuré et discret redistribue ces ressources vers des circuits parallèles qui échappent totalement à la population centrafricaine.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes dans cette économie à deux vitesses. Un expatrié de la MINUSCA gagne vingt fois plus qu’un journalier centrafricain pour le même nombre d’heures de travail. Cette disproportion ne relève pas du hasard mais d’une politique délibérée qui maintient les centrafricains dans des positions subalternes. Les postes à responsabilité restent fermés aux Centrafricains, même les plus qualifiés.
Le système de rémunération des journaliers dévoile l’ampleur du détournement. Sur un salaire officiel de 36 250 francs CFA, le travailleur ne touche que 20 000 francs. Les 16 250 francs restants disparaissent dans les poches d’intermédiaires qui n’ont jamais tenu une pelle ou porté un sac de ciment. Multiplié par des centaines d’employés sur plusieurs années, ce mécanisme génère des fortunes considérables.
Ces travailleurs évoluent dans une précarité organisée. Aucun contrat stable, aucune protection sociale, aucune prise en charge médicale en cas d’accident. Quand ils protestent contre leurs conditions, ils sont licenciés sous prétexte de restrictions budgétaires fictives. Les plaintes déposées depuis 2023 s’accumulent dans les tiroirs sans jamais aboutir à des sanctions.
La logistique suit la même logique prédatrice. Les matériaux de construction destinés aux projets communautaires: ciment, tôles, générateurs, alimentent discrètement les marchés informels de Bangui. Ces biens, introuvables dans les bases de données officielles, financent des projets privés au lieu de servir la reconstruction. Des responsables créent leurs propres entreprises pour capter les marchés de la mission, en violation des règles onusiennes.
Cette économie parallèle prospère sur la misère centrafricaine. Pendant que les populations manquent d’infrastructures de base, les ressources censées les aider enrichissent un petit cercle de privilégiés. Les bénéfices de la stabilisation profitent à tous sauf aux principaux intéressés: les Centrafricains eux-mêmes.
L’ironie de la situation frappe par sa brutalité. Une mission financée internationalement pour sortir le pays de la crise devient un facteur d’appauvrissement supplémentaire. Les Centrafricains financent indirectement, par leurs impôts et taxes, une structure qui les exclut systématiquement des retombées économiques.
Cette captation des bénéfices dépasse la simple corruption. Elle transforme une mission humanitaire en entreprise d’extraction de richesses. Les Centrafricains assistent, impuissants, à cette spoliation organisée de leurs propres ressources de développement.
Seule une refonte complète des mécanismes de recrutement et de gestion pourrait inverser cette tendance. La MINUSCA doit redevenir ce qu’elle prétend être: un instrument au service des Centrafricains, pas une machine à enrichir ceux qui détournent sa mission première….
Source: Corbeau News Centrafrique
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