Milicienne Azandé: Résistance face à Wagner au Haut-Mbomou

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Milicienne Azandé: Résistance face à Wagner au Haut-Mbomou
Milicienne Azandé: Résistance face à Wagner au Haut-Mbomou

Africa-Press – CentrAfricaine.
Dans une vidéo largement partagée sur les plateformes des réseaux sociaux centrafricains, une milicienne originaire de Bambouti explique pourquoi elle a quitté la ville pour rejoindre la résistance armée dans le maquis.

Pour connaitre son histoire, cette femme milicienne vient de Bambouti, localité de la préfecture du Haut-Mbomou située à plus de 1300 kilomètres de Bangui, tout près de la frontière soudanaise. Elle appartenait aux groupes d’autodéfense azandés que les instructeurs russes de la milice Wagner ont commencé à former en mars 2024. Son histoire commence avec une promesse d’intégration dans l’armée régulière, une opportunité qu’elle croyait saisir pour construire un avenir stable.

L’objectif affiché par les miliciens du groupe Wagner était de constituer leur propre supplétifs armés communément appelés russes noirs, mais également d’incorporer une partie de ces combattants dans les rangs officiels de l’armée centrafricaine, par vagues successives de 120 braves. Les deux premières fournées ont effectivement rejoint les forces gouvernementales comme prévu. La jeune femme devait normalement faire partie du troisième contingent de 150 ex-combattants, mais quelque chose s’est déréglé dans ce processus d’enrôlement.

Mais à la surprise, l’incorporation de ces ex-miliciens d’autodéfense Azandé s’est arrêtée à la deuxième vague. La jeune dame qui s’apprêtait d’intégrer l’armée nationale s’est alors retrouvée bloquée dans les quartiers d’Obo. Cette attente forcée l’a plongée dans une incertitude pesante, coincée entre deux mondes sans appartenir vraiment à aucun.

Les mois ont passé dans cette situation bancale jusqu’au début du mois d’avril 2025. Quand les affrontements ont finalement éclaté entre miliciens et troupes gouvernementales, elle a dû prendre une décision rapide. La vie en ville était devenue invivable pour quiconque portait certaines marques corporelles, notamment les traces de rasoirs sur le corps.

Elle explique dans son témoignage que les personnes arborant ces traces de rasoir sont immédiatement repérées et arrêtées par les forces de l’ordre. Selon ses mots, beaucoup de ces innocents sont embarqués dans des hélicoptères de Wagner en direction de la capitale. Certains ne parviennent jamais à destination, disparaissant mystérieusement en route.

Leurs corps sont retrouvés parfois dans la jungle, souvent jamais identifiés par leurs proches qui cherchent en vain des réponses. D’après ses explications, Elle aussi porte elle-même ces traces de rasoir sur le corps, héritage culturel devenu soudainement dangereux. Rester en zone urbaine équivalait pour elle à attendre passivement son arrestation, une perspective qu’elle refusait d’accepter.

Mais au-delà de sa propre sécurité, ce qui l’a vraiment poussée à rejoindre la résistance concerne sa famille entière. Ses frères ne peuvent plus aller chasser en forêt pour ramener de quoi nourrir le foyer. Ils sont traqués dès qu’ils s’éloignent des habitations, privant ainsi la famille de ses moyens de subsistance traditionnels.

L’atmosphère dans le Haut-Mbomou est devenue irrespirable au fil des mois. Elle désigne clairement les mercenaires russes comme responsables directs de cette dégradation sécuritaire. Ces étrangers, qui viennent d’ailleurs de fouler le sol centrafricain, sèment la terreur dans sa région natale selon ses observations.

Ils interpellent arbitrairement, tuent, commettent toutes sortes d’exactions sans répondre de leurs actes devant la justice. Cette situation insoutenable nourrit la colère des miliciens qui refusent désormais de quitter leurs maquis. Le ressentiment grandit chaque jour davantage parmi les populations qui subissent ces violences.

Elle lance un message sans équivoque dans sa vidéo: tant que Wagner restera déployé dans le Haut-Mbomou, les combattants azandés ne déposeront pas les armes. Le gouvernement refuse toute négociation avec eux, alors ils maintiennent fermement leur position. L’impasse paraît totale, aucune des deux parties ne semblant prête à céder du terrain.

La jeune femme accuse directement le président Touadéra d’avoir importé ces mercenaires dans le pays. Elle dénonce les sommes colossales versées chaque mois aux Russes pendant que la population centrafricaine souffre de la faim. Cette répartition des ressources lui paraît scandaleuse et profondément injuste, un gaspillage criminel face aux besoins criants de ses compatriotes.

Les forces de défense et de sécurité intérieure centrafricaines, autrefois garantes de l’ordre, sont devenues aussi imprévisibles que les mercenaires russes. Elles reproduisent désormais les mêmes méthodes selon elle: arrestations arbitraires, violences, emprisonnements sans motif valable. Cette spirale répressive alimente paradoxalement la détermination des groupes d’autodéfense à poursuivre leur lutte.

Leur combat n’est pas séparatiste, précise-t-elle avec insistance. Ils ne cherchent pas à créer un nouvel État indépendant ni à fragmenter le pays. Ils veulent simplement retrouver la tranquillité qui régnait autrefois dans leur région, avant l’arrivée des mercenaires russes.

Une existence paisible, loin des brimades et des disparitions, voilà leur revendication essentielle. La milicienne insiste sur le caractère défensif de leur lutte armée. Ils campent dans les bois non par choix idéologique, mais par nécessité vitale face aux menaces qui pèsent sur eux.

Le départ des mercenaires russes demeure leur condition préalable à toute sortie de crise. Sans ce retrait complet, aucun apaisement n’est envisageable selon elle, aucun dialogue possible. Elle décrit un quotidien rythmé par la peur et l’incertitude pour les civils restés dans les villes du Haut-Mbomou.

 

Source: Corbeau News Centrafrique

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