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Depuis le coup d’État constitutionnel en 2023 puis celui de la manipulation électorale qui a conduit au couronnement le 30 mars dernier de l’empereur Faustin-Archange Touadera, son ami, le redoutable Sani Yalo veut désormais devenir son nouveau Premier ministre.
Mais pour y arriver, le parrain des parrains commence d’abord à la publication d’un livre saluant Touadéra comme le sauveur de la RCA, puis, dans sa folie, falsifie grossièrement des documents, utilise des photos générée par l’intelligence artificielle, et invente des fausses rencontres historiques de Charles De Gaulle avec son père dans le troisième arrondissement.
Mais ce que cet homme a oublié, il est le vrai visage d’un criminel endurci: auteur des braquages à l’ambassade de Libye à Bangui en 2020, responsable des attaques et vols au marché de Bimbo, il a aussi confisqué illégalement des immeubles, comme ceux de l’ONG Hama et de Maître Crépin Mboli-Goumba. À l’hôtel Ledger Plaza et à la BGFI Bank, il est également cité dans des détournements massifs. Condamné pour escroquerie, impliqué dans des affaires de corruption et de racket, Yalo représente le pire du banditisme organisé. Son objectif? Utiliser la Primature pour étendre son empire criminel.
En effet, tout a commencé véritablement la semaine dernière quand le parrain des parrain mafieux Sani Yalo a décidé de publier sur les réseaux sociaux une courte vidéo générée par l’intelligence artificielle , dans laquelle il met en avant une photo ancienne, toute aussi générée par l’intelligence artificielle.
Mais le texte qui accompagne la vidéo affirme qu’en 1945, à Bangui, dans le quartier Mamadou Mbaïki, dit PK5, le général Charles de Gaulle, alors chef du Gouvernement provisoire de la République française, aurait rencontré deux dignitaires Haoussa originaires dudit quartier populaire de la capitale: Mamadou Mbaïki et Mahamat Yalo, père de Sani Yalo.
Selon ce récit fabriqué et qui sort directement du chapeau de Sani Yalo, cette image servirait de témoignage d’une présence ancienne de la famille Yalo, reconnue à l’époque par les autorités coloniales.
Le message insiste sur la mosaïque des peuples centrafricains et sur le fait que chaque fil de cette trame mérite d’être visible avec dignité.
Mais cette affirmation ne tient pas la route. Elle est surtout pathétique et criminelle. Elle est fausse sur le plan historique. Charles de Gaulle et ses passages en Oubangui-Chari En 1945? C’est vraiment malade. Le général Charles de Gaulle dirige effectivement à ce moment là le Gouvernement provisoire depuis Paris
Pour rappel, Sani Yalo doit comprendre que les élections d’octobre 1945 ont lieu, l’Assemblée l’élit le 13 novembre comme président du Gouvernement provisoire, il forme son équipe le 21 novembre et reste en fonction jusqu’à sa démission le 20 janvier 1946. Pendant toute cette période, Charles de Gaulle se trouve en France, occupé par la reconstruction du pays et la préparation de la nouvelle Constitution. Aucune source sérieuse ne signale un déplacement en Afrique cette année-là.
De Gaulle s’est rendu en Oubangui-Chari (future RCA) à d’autres moments précis:
En octobre 1940, il passe à Bangui pour passer en revue les troupes ralliées à la France Libre.En avril 1941, un bref arrêt à Bangui lors d’une tournée.En janvier-février 1944, dans le cadre de la Conférence de Brazzaville, il effectue une grande tournée en Afrique équatoriale française.La photo diffusée dans la vidéo provient très probablement de l’un de ces passages (1940 ou 1941). La date a simplement été changée pour 1945. Ce procédé consiste à déplacer un événement réel dans le temps pour lui donner plus de poids politique. Un politologue centrafricain a qualifié ce genre de récit de « mensonge du siècle » dans la propagande locale. Voilà la réalité.
Sani Yalo, né le 10 mars 1966 à Bangui dans une famille haoussa, a grandi dans le quartier PK5. Son père, Mahamat Yalo, travaillait comme mécanicien et revendeur de pièces détachées. Après l’école primaire à Bangui, Sani Yalo, bien que issu d’une famille musulmane, poursuit sa scolarité au petit séminaire catholique de Bangassou. Il revient ensuite à Bangui et fréquente le lycée des Martyrs, où il arrête ses études en classe de première. Il n’a pas poursuivi à l’université.
À partir des années 1990, il se lance dans le commerce, notamment la revente de pièces automobiles, le taxi et le secteur pétrolier. Son nom apparaît dans l’affaire Zongo Oil (Petroca) sous le gouvernement d’Anicet-Georges Dologuélé. Cette affaire a entraîné des pertes importantes pour le Trésor public. Sani Yalo fait l’objet d’un mandat d’arrêt, fuit au Cameroun, puis revient en RCA. En août 2006, le tribunal correctionnel de Bangui le condamne à huit ans de prison pour escroquerie, faux et corruption de fonctionnaires. Il a repris ses activités par la suite et s’est imposé comme un homme d’affaires influent dans les réseaux financiers et politiques.
Aujourd’hui, il est décrit comme un mécène important du président Touadéra depuis la campagne de 2016 et comme l’un des personnages écoutés à la présidence, même s’il ne détient pas toujours un titre officiel formel.
Dans la lutte actuelle pour la Primature, Sani Yalo tente de se présenter comme une figure ancrée dans l’histoire du pays, porteuse d’une continuité culturelle. En reliant son père à une rencontre avec de Gaulle, il cherche à transformer une image trafiquée en argument de légitimité. Le discours sur la dignité des peuples et l’absence d’exclusion vise à toucher l’opinion.
Pourtant, le poste de Premier ministre demande une certaine stature: une formation solide, une vision pour le pays et une crédibilité qui va au-delà des réseaux d’affaires. Un parcours scolaire arrêté tôt, complété par de l’autodidaxie et des activités commerciales parfois controversées, ne correspond pas forcément à l’image d’un dirigeant capable de rassembler largement, notamment les jeunes qui attendent des exemples clairs d’effort et de rigueur.
La RCA croise depuis plus de 25 ans des années difficiles. Les citoyens souhaitent des débats politiques basés sur des faits vérifiables, pas sur des récits réinventés pour servir une ambition personnelle. Réécrire une date dans l’histoire pour gagner du terrain discrédite l’argument et affaiblit le débat public.
Le passé compte. Mais il faut le respecter tel qu’il est, sans le modifier pour des raisons du moment. Charles de Gaulle n’était pas à Bangui en 1945 avec le père de Sani Yalo. Les archives, les chronologies officielles et les témoignages historiques le confirment sans ambiguïté.
Source: Corbeau News Centrafrique
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