Africa-Press – CentrAfricaine.
Bertrand Kenguetona confond autorité et autoritarisme. Le secrétaire général de l’université de Bangui reconnaît publiquement avoir engueulé les étudiants sur l’insalubrité du campus universitaire.
Dans une déclaration publique sur les antennes de la radio Ndèkè-Luka, Bertrand Kenguetona affirme sans la moindre honte: “Je suis parti un jour engueuler ces étudiants pour leur dire que ce n’est pas possible”. Ne vous rêvez pas! C’est une réalité dans ce pays des bras cassés, où tout le monde devient fort et fait ce qu’il veut. Regardez ce qu’un secrétaire général d’une l’université a dit. L’homme parle des étudiants comme s’il s’agissait de ses propres enfants, oubliant visiblement qu’il dirige une institution académique, pas un foyer domestique.
La question se pose alors naturellement: que fait la direction des œuvres universitaires? Cette structure existe précisément pour gérer les questions de logement, de restauration et de vie sur le campus. Elle emploie du personnel qualifié, dispose d’attributions claires et de protocoles établis. Pourtant, Kenguetona court-circuite ces mécanismes institutionnels pour imposer sa loi personnelle. Il se comporte en chef de clan plutôt qu’en administrateur.
Les faits sont têtus. Le secrétaire général se félicite d’avoir pris l’initiative de retirer les clés des toilettes que l’État a fait construire derrière la cité numéro 2. Une décision unilatérale sans concertation apparente avec les services compétents.
Kenguetona justifie son intervention musclée par l’état déplorable des latrines. Selon lui, les étudiants ne nettoient pas, jettent tout par les fenêtres, versent l’eau depuis les étages supérieurs. Soit. Mais quel lien logique existe-t-il entre ces constats et le fait d’aller engueuler personnellement les résidents? Un secrétaire général convoque, dialogue, coordonne, mandate. Il n’arpente pas les couloirs en distribuant des réprimandes comme un surveillant de lycée.
Et ce n’est pas le premier dérapage de ce gangsters. D’autres incidents ont marqué la présence de cet homme à la tête de l’administration universitaire. Des affrontements au restaurant universitaire, l’unique que compte l’établissement, ont opposé Kenguetona à des étudiants. Ces altercations, connues de nombreux témoins, dessinent le portrait d’un responsable qui règle les différends par la confrontation directe. Une approche incompatible avec les exigences d’un poste aussi sensible.
L’université de Bangui accueille des milliers d’étudiants venus de tout le territoire centrafricain. C’est le seul établissement d’enseignement supérieur public du pays. Les jeunes qui y étudient ont entre 18 et 25 ans pour la plupart. Bertrand Kenguetona, lui, pourrait être leur père, voire leur grand-père. Cette différence d’âge ne lui confère aucun droit de parler sur ce ton, encore moins de traiter ces adultes en formation comme des gamins indisciplinés.
La direction des œuvres universitaires dispose de gardiens, d’agents d’entretien, de responsables de cité. Une chaîne hiérarchique complète existe pour régler les questions d’insalubrité. Des commissions peuvent être créées, des sanctions disciplinaires appliquées si nécessaire. Tous ces outils administratifs attendent d’être utilisés. Mais Kenguetona préfère la méthode expéditive, celle qui consiste à “partir engueuler” directement, comme il le dit lui-même avec une franchise désarmante.
Ce qui frappe dans son discours, c’est l’absence totale d’autocritique. L’homme ne voit rien de problématique dans sa démarche. Il raconte cet épisode comme une prouesse, une démonstration de fermeté. “Vous vivez dans ces conditions-là, vous-même, vous ne pouvez pas entretenir votre cadre”, lance-t-il aux étudiants. Mais qui est responsable de créer et maintenir ce cadre, sinon l’administration qu’il représente?
Les toilettes modernes dont il parle ressemblent d’ailleurs à un dortoir des cochons. Dans un pays normal, on ne peut même pas dire toilettes modernes. Et il se permet de dire avec glorification qu’elles ont été financées par le dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera.
En plus, il a même déclaré que l’eau ne monte pas aux étages, l’électricité coupe régulièrement, les forages tombent en panne. Ces dysfonctionnements techniques nécessitent des interventions de maintenance, des contrats avec des entreprises spécialisées, une planification budgétaire. Rien de tout cela ne se règle en allant engueuler les usagers. Un plombier ne répare pas une canalisation défectueuse en criant sur les robinets.
Pendant ce temps, l’université continue de se dégrader. Les murs s’effritent, les installations vieillissent, les chambres deviennent inhabitables. Kenguetona reconnaît lui-même que “le bâtiment n’a pas été entretenu pendant un moment”. Mais plutôt que d’activer les procédures de réhabilitation, il préfère tenir un discours moralisateur sur le comportement des étudiants. Une diversion commode qui permet d’éviter les vraies questions de gestion.
Source: Corbeau News Centrafrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press





