Africa-Press – CentrAfricaine. 36 combats. 0 défaite. Bruce, un perroquet d’une réserve naturelle de Nouvelle-Zélande est devenu le mâle alpha incontesté de son groupe. Rien de très étonnant à cela. Si ce n’est que Bruce n’a pas acquis son statut parce qu’il était plus costaud ou plus massif que les autres mais grâce… à son handicap !
En effet, pour des raisons inconnues, Bruce n’a plus de bec supérieur. Il était déjà porteur de cette infirmité lorsqu’il a été recueilli douze ans plus tôt dans la réserve naturelle de Willowbank en Nouvelle-Zélande. Bruce est un kéa (Nestor notabilis), une espèce de grand perroquet d’une cinquantaine de centimètres, endémique des montagnes de Nouvelle-Zélande. Son nom lui vient du cri tonitruant qu’il produit “KEEEE-AAAA“.
Handicapé mais pas diminué
Aujourd’hui, au sein de son son « cirque » – ainsi qu’on appelle un groupe de kéas -, Bruce est le seul animal invalide. Pourtant, comme l’ont étudié des chercheurs de l’Université de Canterburry (Christchurch, NZ) dans un article de la revue Current Biology, sur les 277 confrontations observées entre mâles du cirque, Bruce a participé à 36 d’entre elles et en est sorti victorieux à chaque fois !
Par le passé, d’autres études avaient montré l’exceptionnelle intelligence de cet individu qui avait appris à surmonter son infirmité en utilisant des outils pour l’aider à se nourrir. Et c’est justement en observant son habileté que les chercheurs sont tombés sur des joutes entre kéas que Bruce semblait remporter à chaque fois.
Les chercheurs n’ont pas mis longtemps à remarquer que l’oiseau avait mis son intelligence à profit pour développer de nouvelles techniques de combat prenant en considération son handicap.
Le « Bruce Lee » des perroquets
Non seulement Bruce charge son adversaire plus fréquemment qu’un autre, mais lorsqu’il le fait en courant ou en sautant, c’est en étendant son cou, bec inférieur en avant. Une tactique qui décourage dans plus de 70% des cas l’adversaire de répliquer. De plus, alors que 67% des attaques d’un kéa se concentrent généralement sur le cou de l’opposant, Bruce frappe tous azimuts avec son demi-bec sur la tête les ailes, le dos, les pattes. A en croire les chercheurs, c’est le seul kéa qui emploie une telle palette de coups.
Dans la littérature scientifique, deux autres cas d’animaux invalides ayant atteint des statuts suprêmes sont documentés. Le premier concerne Faben, un chimpanzé manchot. Le deuxième, un vieux mâle macaque japonais devenu incapable de se déplacer. Mais, notent les auteurs de la présente étude de Current Biology, dans les deux cas, les individus ont dû nouer des alliances avec d’autres alpha, un frère dans le premier cas, une femelle dans le second, pour accéder à cette place.
Pour une meilleure considération du handicap
Rien de tel avec Bruce qui ne cherche absolument pas à compenser son handicap par une quelconque alliance. Toutes les interactions avec ses congénères se font sur le mode de la domination. Pourquoi d’ailleurs s’en priverait-il? Les chercheurs ont en effet remarqué qu’il est le seul individu à se faire toiletter en dehors du cercle familial, par un autre kéa non apparenté qui prendra le temps de délicatement extraire les débris de nourriture restés dans le bec inférieur de Bruce.
Comme l’écrivent les auteurs dans la conclusion de leur étude: « L’invalidité de Bruce permet de jeter un nouvel éclairage sur la flexibilité du comportement animal et sa résilience. Il questionne également sur la pertinence des aménagements prosthétiques conçus pour les animaux diminués. S’ils partent d’une bonne intention, ces équipements n’améliorent peut-être pas systématiquement le bien-être de l’animal. Cet oiseau au bec à moitié manquant vient redéfinir ce que l’on pensait du comportement de certaines espèces complexes face au handicap. »
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