Africa-Press – CentrAfricaine.
En République Centrafricaine, franchir les portes d’un établissement de santé suffit pour comprendre l’ampleur du naufrage de ce pays dirigé par des criminels en col blanc. Les structures médicales dans la capitale comme dans les villes de provinces tiennent debout uniquement grâce aux organisations humanitaires et à l’acharnement de certains agents de santé qui bricole avec les moyens du bord.
Quand vous arrivez dans ce pays, le premier constat est que le pays semble flotter sur l’eau, prêt à couler d’un instant à l’autre. Sans les ONG internationales comme Médecins Sans Frontières, sans l’Alliance Internationale pour l’Aide Médicale, sans le Programme Alimentaire Mondial ou l’Organisation Mondiale de la Santé, tout aurait déjà sombré depuis longtemps dans le chaos total. Ces organisations tentent de maintenir la tête du pays hors de l’eau pendant que ceux qui le dirigent continuent de détourner les ressources et de danser au son du roumba à la congolaise. Ce refrain de victoire, koua ké goué ti lo goué ngo…, résonne partout où passent le Président Faustin-Archange Touadera et son clan au pouvoir: le travail continue, le régime avance, tout va bien. Le président danse, les ministres dansent, l’épouse du chef de l’État danse également. Les vieux papa, qui ne voient plus leurs âges, dansent partout sur le tombeau des centrafricains.
Voilà dans quel contexte dans la danse générale du régime qu’une femme d’une soixantaine d’années, mère de famille résidant dans le septième arrondissement de Bangui, a subi un accident vasculaire cérébral un matin quelconque. Ses enfants l’ont transportée d’urgence vers l’hôpital communautaire, situé à plus de 7 kilomètres de leur lieu de résidence. Les médecins l’ont examinée rapidement, ont pratiqué quelques gestes de premiers secours, puis ont annoncé la nouvelle: aucun lit n’est disponible dans tout l’établissement. Même les couloirs débordent de patients allongés sur des nattes posées à même le sol carrelé. Ces gens attendent depuis des jours parfois, espérant recevoir des soins qui ne viendront peut-être jamais. Impossible donc de trouver le moindre espace pour cette nouvelle patiente. Elle doit rentrer chez elle. Si son état empire à nouveau dans les heures ou les jours à venir, ses enfants pourront tenter de la ramener.
Cette scène se répète malheureusement quotidiennement dans tous les hôpitaux de la capitale. Les médecins le savent pourtant: un accident vasculaire cérébral ne prévient jamais de son retour. Cette femme a échappé au pire cette fois-ci, mais personne ne peut garantir qu’elle survivra à la prochaine crise si elle se trouve encore chez elle, loin de toute assistance médicale. L’AVC peut tuer en quelques minutes ou laisser des séquelles paralysantes irréversibles. Renvoyer une telle patiente à domicile équivaut presque à la condamner, et les médecins qui prennent cette décision le font la mort dans l’âme, conscients qu’ils n’ont simplement pas d’autre choix.
Les hôpitaux centrafricains manquent absolument de tout. Les lits occupés le restent pendant des semaines car les malades chroniques n’ont nulle part ailleurs où aller. Les équipements de base font défaut: pas assez de tensiomètres, de thermomètres fonctionnels, de gants stériles ou de compresses. Les familles doivent acheter elles-mêmes les médicaments prescrits, quand ceux-ci existent encore dans les rares pharmacies du pays. Certaines interventions chirurgicales nécessitent que les proches du patient fournissent jusqu’aux fils de suture. Dans les salles d’attente, on croise des enfants fiévreux dont les parents n’ont pas de quoi payer une simple perfusion de réhydratation. Des femmes enceintes accouchent parfois dans les couloirs parce que les salles de travail sont bondées depuis le matin.
Le personnel médical fait ce qu’il peut avec presque rien. Beaucoup de soignants achètent de leur poche le matériel indispensable pour sauver des vies.
Cette décrépitude sanitaire découle directement de décennies de pillage organisé et de négligence assumée. Les budgets destinés aux hôpitaux s’évaporent dans les poches des responsables avant même d’arriver à destination. Les taxes imposées sur les transactions financières électroniques ne sont pas visibles. Elles sont réservées aux financements du groupe Wagner. Les équipements médicaux achetés à prix d’or lors d’appels d’offres truqués n’arrivent jamais dans les établissements censés les recevoir. Les constructions d’infrastructures sanitaires annoncées en grande pompe lors des cérémonies officielles ne dépassent jamais le stade des discours fleuris et des premières pierres posées devant les caméras. Chaque centime normalement alloué à la santé publique nourrit l’appétit insatiable d’une classe dirigeante qui n’utilise de toute façon jamais ces hôpitaux délabrés puisqu’elle se fait soigner en France, en Tunisie ou au Maroc dès qu’apparaît le moindre bobo. Comme la dent de Ngamana financée à 17 millions pour aller se soigner en France.
Les citoyens ordinaires n’ont évidemment pas accès à ce luxe. Ils doivent se contenter de structures où manque même l’eau courante la plupart du temps. On y trouve des salles d’opération sans climatisation où la chaleur rend le travail des chirurgiens presque insoutenable, des blocs opératoires où les praticiens travaillent avec des gants rapiécés plusieurs fois, des maternités totalement dépourvues de couveuses pour les bébés prématurés qui meurent donc en quelques heures. Les urgences ressemblent davantage à des mouroirs qu’à des lieux de guérison. Des accidentés de la route attendent parfois des heures avant qu’un médecin ne daigne jeter un œil à leurs blessures. Beaucoup rendent leur dernier souffle sur les bancs en bois des salles d’attente avant d’avoir vu le moindre professionnel de santé.
Pendant que cette femme du septième arrondissement rentrait chez elle avec la peur au ventre de ne pas survivre au prochain accident vasculaire, pendant que des dizaines de Centrafricains mouraient faute de soins appropriés dans les hôpitaux de Bangui, de Berbérati ou de Bambari, les dirigeants du pays continuaient leurs célébrations. La dance des sorciers du régime résonne lors de chaque déplacement de Baba Kongoboro, lors de chaque inauguration factice, lors de chaque réunion du parti au pouvoir. Tout le monde danse: les ministres en costume trois-pièces importé, les députés ventrus qui n’ont jamais mis les pieds dans un hôpital public, les conseillers spéciaux dont les épouses accouchent dans des cliniques privées à Paris. Ils dansent comme s’ils piétinaient les tombes de tous ces Centrafricains morts d’un paludisme mal soigné, d’une infection post-partum évitable, d’un diabète non traité ou d’un simple appendice qui aurait pu être retiré à temps.
Les organisations internationales colmatent tant bien que mal les brèches béantes du système. Le PAM distribue des vivres pour éviter les famines à répétition, MSF gère des centres de santé dans toutes les zones du pays, l’OMS coordonne les campagnes de vaccination qui protègent encore les enfants contre certaines maladies. Sans cette présence étrangère, le peu qui subsiste s’effondrerait complètement en quelques semaines. Cette dépendance totale vis-à-vis de l’aide extérieure montre l’incapacité absolue des autorités à assumer leurs responsabilités les plus élémentaires envers leur propre population. Chaque jour apporte son lot de drames évitables: des diabétiques privés d’insuline, des cancéreux sans accès à la moindre chimiothérapie, des cardiaques qui ne peuvent se payer un pontage même s’ils vendaient tous leurs biens. Des enfants meurent de diarrhées aiguës qui se soignent avec trois jours de réhydratation. Des tuberculeux contaminent leur entourage parce qu’ils n’ont pas accès aux antibiotiques nécessaires. Des femmes perdent la vie en donnant naissance parce qu’une simple césarienne reste hors de portée dans leur région
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