Tech Africaine: Retour de l’Argent, Pas d’Insouciance

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Tech Africaine: Retour de l'Argent, Pas d'Insouciance
Tech Africaine: Retour de l'Argent, Pas d'Insouciance

Africa-Press – CentrAfricaine. Après deux années de vaches maigres, les investissements dans la tech africaine reprennent, mais sous une forme différente: plus de dette, moins d’illusions et un marché qui se durcit, se concentre et choisit ses gagnants.

Le chiffre rassure. La trajectoire, elle, pourrait faire débat. Avec 4,1 milliards de dollars levés en 2025, en hausse de 25 %, la tech africaine semble avoir tourné la page du coup d’arrêt de 2023-2024, marqué par le resserrement monétaire mondial et la chute des valorisations. Le dernier rapport publié par Partech acte ce rebond. Mais derrière l’apparente embellie, l’histoire qui se dessine est surtout celle d’une transformation silencieuse du financement: moins d’euphorie, plus de dette, et une polarisation toujours plus marquée. Celle d’un écosystème qui a perdu ses illusions et gagné en gravité. Celle du réalisme. Le marché repart, mais plus de la même manière.

La dette comme symptôme

Le fait marquant n’est pas la reprise des montants, mais leur nature. En 2025, la dette représente 41 % des financements, soit 1,6 milliard de dollars, en hausse de 63 %. Avec 107 opérations, elle atteint un niveau inédit, d’autant que les financements en dette ne comptaient que pour 31 % en 2024 et 17 % six ans plus tôt.

Ce basculement n’est pas anodin. Il signale l’émergence d’un noyau de start-up suffisamment matures pour accéder à des financements non dilutifs. Mais il révèle aussi une forme de prudence collective: les fondateurs cherchent à préserver leur capital, les investisseurs à limiter leur exposition au risque equity. La dette devient un outil de croissance, mais aussi un instrument de discipline. Et si la dette est un signe de maturité, elle est aussi le reflet d’un marché devenu plus dur, plus exigeant, moins enclin à financer des paris longs sans visibilité. En creux, elle raconte la fin d’une époque. Il faut désormais des revenus, des marges, des modèles crédibles.

L’equity sous condition

L’equity ne disparaît pas. Il se resserre. À 2,4 milliards de dollars répartis sur 462 opérations, il progresse à peine (+8 %), mais change de visage. Les investisseurs reviennent, mais avec prudence. Les tickets grossissent, surtout en Séries A et B, tandis que le segment Seed reste sous pression. Si les tickets grossissent, les dossiers sont triés. La phase précoce de l’innovation paie le prix de la prudence globale.

Ce rééquilibrage traduit un changement de cycle: les capitaux se concentrent sur des entreprises déjà éprouvées, capables de démontrer traction commerciale et discipline financière. Le message semble, on ne peut plus clair: en Afrique aussi, le capital-risque veut désormais des preuves. La promesse ne suffit plus.

Une Afrique tech à deux vitesses

Comme les années précédentes, la reprise reste fortement concentrée.

Le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte captent à eux seuls 72 % des montants levés. Le Kenya capte les plus gros volumes, avec 1,04 milliard de dollars, porté par de gros tours de dette et quatre des neuf mégadeals recensés en 2025.

L’Afrique du Sud reprend la main sur l’equity: pour la première fois depuis 2017, elle arrive en tête du financement en equity, tant en montants qu’en nombre d’opérations. Un succès moins spectaculaire que structurel, fondé sur un flux régulier de transactions plutôt que sur quelques opérations hors normes.

Le Nigeria, malgré un recul des volumes, demeure l’un des marchés les plus actifs, tandis que l’Égypte conserve un pipeline solide, avec des tickets en hausse. En dehors de ces quatre pôles, le tableau est plus clairsemé: seuls le Sénégal, le Maroc et le Ghana franchissent la barre des 50 millions de dollars levés en equity. Mais une réalité persistante: l’accès au capital reste profondément inégal. La promesse d’une tech africaine continentale se nourrit encore d’un petit nombre de places fortes.

Fintech moins reine, écosystème plus adulte

Autre signal de fond: la fintech recule. Elle reste dominante (769 millions de dollars levés, soit 25 % du financement en equity), mais n’est plus hégémonique. Cleantech (550 millions, +186 %), healthtech (215 millions, +232 %), solutions pour entreprises (238 millions, +55 %) montent en puissance, et franchissent chacune des seuils symboliques. Pour la première fois depuis 2021-2022, plusieurs secteurs non fintech dépassent chacun les 200 millions de dollars. Un signal fort: l’écosystème africain cesse progressivement d’être monolithique. Pour la première fois depuis plusieurs années, l’Afrique tech ne parle plus d’une seule voix.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus encourageants du rapport: la diversification sectorielle n’est plus un slogan, elle devient une réalité.

Un progrès lent, inégal

Les start-up fondées par des femmes progressent. Lentement. 10 % des montants, 19 % des opérations. Le chiffre augmente, l’écart demeure. Là encore, la maturité de l’écosystème se mesure moins à ses records qu’à ses angles morts.

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