Africa-Press – Comores. Après le rappel de laits infantiles dans une soixantaine de pays en raison d’une possible contamination par la toxine céréulide, l’affaire prend une tournure judiciaire en France. Une ONG et huit familles ont déposé plainte, accusant les industriels et les pouvoirs publics de ne pas avoir agi suffisamment tôt.
Âgé d’un mois, Adam, nourri au lait Guigoz, a passé plusieurs semaines en réanimation après avoir souffert de convulsions et de vomissements. Amani, cinq mois, a présenté vomissements et maux de ventre pendant quatre jours avant de cesser de consommer du lait Babybio. Fièvre et troubles digestifs ont également alerté le personnel de crèche et les parents d’un nourrisson nourri au lait Picot 1er âge.
Ces huit familles, qui établissent un lien entre les troubles de leurs bébés et les laits concernés par les rappels, se sont jointes à la plainte déposée par Foodwatch, selon un document consulté par l’AFP. L’association européenne de défense des consommateurs estime que les producteurs n’ont pas suffisamment alerté sur les risques liés à ces laits infantiles, commercialisés en France, dans plus d’une dizaine de pays européens, mais aussi en Australie, en Russie, au Qatar et en Égypte, notamment dans le cas de Nestlé.
« Les faits sont graves: ces laits contaminés par la toxine céréulide étaient destinés à des nourrissons de moins de six mois, parfois plus vulnérables sur le plan immunitaire », dénonce Foodwatch. « Ils ont été vendus dans le monde entier par des multinationales, exposant les enfants à un danger immédiat pour leur santé. C’est illégal, et Foodwatch réclame justice et transparence dans cette affaire. »
Information jugée insuffisante
Plusieurs industriels sont concernés, dont Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone (Blédilait, Gallia), Lactalis (Picot), ainsi que des acteurs plus modestes comme Vitagermine (Babybio Optima). Depuis décembre, ils ont procédé à des rappels de laits infantiles dans plus de soixante pays, dont la France, en raison d’un risque de contamination au céréulide.
Cette toxine, produite par certaines bactéries, est « susceptible de provoquer des troubles digestifs, notamment des vomissements », selon le ministère de la Santé. Celui-ci précise toutefois qu’ »à ce stade, aucun lien de causalité n’a été établi entre la consommation de ces laits infantiles et les symptômes observés chez les nourrissons ».
L’origine du problème serait une huile riche en acide arachidonique (ARA), impliquée dans la présence de céréulide, fabriquée par le producteur chinois Cabio Biotech.
Deux enquêtes pénales ont déjà été ouvertes à Angers et à Bordeaux après le décès de deux nourrissons ayant consommé du lait infantile Nestlé, pour une « possible contamination » par une substance d’origine bactérienne, sans lien de causalité établi à ce stade par les autorités.
Ces dernières sont également mises en cause dans la plainte pour leur retard d’action et des insuffisances dans les contrôles. Foodwatch reproche notamment aux fabricants d’avoir tardé entre les premières alertes de décembre et les rappels, d’abord discrets puis plus massifs en janvier. L’association estime que les parents ont été informés trop tardivement et de manière confuse.
Mercredi, la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a défendu l’action des autorités, affirmant que les procédures avaient été « strictement respectées ».
De son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a annoncé avoir été saisie par la Commission européenne afin d’établir une norme sur le céréulide dans les produits destinés aux enfants. Elle doit rendre son avis le 2 février.
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