Africa-Press – Comores. Abdallah Mzembaba de Rfi, Andjouza Abouheir de la Gazette des Comores, Toufé Maecha de la Gazette des Comores et ex directeur de l’information de la télévision publique et Oubeidillah Mchangama de Fcbk FM ont été condamnés le 24 août à 9 mois de prison avec sursis et à 150 000 francs (300 euros) d’amende chacun. Les 4 journalistes reconnus coupables de diffamation et injures par le tribunal correctionnel de Moroni ont décidé d’intenter un recours auprès de la Cour d’appel ce 31 août.
Cinq jours après leur condamnation en première instance, les quatre journalistes poursuivis pour diffamation à l’endroit de Hablani Assoumani, un cadre de l’ORTC, ont décidé de faire appel de la condamnation de 9 mois avec sursis ainsi que 150.000Fc d’amende infligée par le tribunal le 24 aout. Hier jeudi 31 août, Abdallah Mzembaba de Rfi, Andjouza Abouheir de la Gazette des Comores, Toufé Maecha de la Gazette des Comores et ex directeur de l’information de la télévision publique et Oubeidillah Mchangama de Fcbk FM se sont retrouvés au palais de justice de Moroni où ils ont fait appel de leur condamnation auprès de la juridiction compétente. Ils étaient accompagnés de la présidente ainsi que du secrétaire général du Syndicat national des journalistes.
« Le Syndicat National des Journalistes Comoriens (SNJC) soutient cette initiative. D’autant plus que la peine prononcée par le tribunal n’est pas prévue par le code pénal. Cette condamnation constitue un précédent dangereux pour la liberté d’expression et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes aux Comores. Le Syndicat y voit une volonté manifeste de faire taire les journalistes à quelques mois d’élections majeures en Union des Comores. Avec ce recours, la profession espère encore que le Droit sera enfin dit », a écrit dans un communiqué le Syndicat.
A l’origine de cette affaire, rappelle le Syndicat, un discours prononcé par le Syndicat le 17 janvier à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux de nouvel an du président de la République à la presse, un discours relayé par la presse notamment RFI. Dans ce discours, le Syndicat faisait état des difficultés rencontrées par la profession et a notamment dénoncé des faits d’abus sexuels rapportés au sein de l’Office de Radio et de Télévision des Comores (ORTC). Bien que le discours n’ait pas désigné d’auteur présumé des abus sexuels déplorés, un cadre dirigeant de l’Office de télévision publique, en l’occurrence Hablani Assoumani, a décidé de porter plainte contre 4 membres du Syndicat des journalistes dont Andjouza Abouheir, la vice-présidente qui avait lu le discours signé par le bureau du Syndicat.
« Fait étonnant, le plaignant a reconnu à l’audience du 22 juin qu’il ne s’est pas senti personnellement identifié dans le discours du Syndicat lu et rapporté par les deux journalistes présents à l’audience. Il a également admis que l’un des journalistes mis en cause n’avait même pas relayé les faits prétendument diffamatoires. Cependant, le parquet avait requis un an de prison assortie d’une interdiction d’exercer », relève le communiqué du SNJC qui rappelle que ces peines « iniques » ont été requises alors même qu’en vertu du Code pénal comorien, les infractions de diffamation et d’injure ne sont punissables que de six mois d’emprisonnement pour la diffamation et deux mois pour l’injure et que l’interdiction d’exercer qui peut être prononcée n’est prévue que pour les fonctions de dirigeant d’organe de Presse.
Le parquet s’est abstenu d’ouvrir une enquête suite à la dénonciation par toute une profession d’abus sexuels récurrents au sein d’un organisme public.
Pour le Syndicat, le parquet démontrait ainsi, si besoin était, que le discours du chef de l’État du 6 juillet 2020, lors duquel il a dit son engagement « pour prendre des initiatives et des mesures contre la recrudescence INQUIETANTE des actes et de violence et d’agressions, en particulier contre les femmes et les enfants »était un effet d’annonce. « Sachant qu’il est de notoriété publique que les victimes des abus sexuels sont, la plupart du temps, réduites au silence par la peur du jugement d’une société conservatrice et des représailles en milieu professionnel, le Syndicat des journalistes déplore cette politique pénale qui tend à perpétuer l’omerta et, ce faisant à en protéger les auteurs ».
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