De quel Bois Sont Faits les Violons Stradivarius?

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De quel Bois Sont Faits les Violons Stradivarius?
De quel Bois Sont Faits les Violons Stradivarius?

Africa-Press – Congo Brazzaville. Quel est le secret des violons Stradivarius? Autrement dit qu’est-ce qui fait leur particularité et la qualité du son qui en émane? On a longtemps présumé que leur facture en était uniquement responsable, en cherchant le « secret » de leur bois ou de leur vernis, et en oubliant au passage le rôle joué par le musicien – mais il est indéniable que c’est en premier lieu la matière première à partir de laquelle ils ont été fabriqués qui en fait la spécificité.

Pour mettre fin aux conjectures sur la nature des bois employés par Antonio Stradivari (1644-1737), une équipe internationale a donc effectué l’analyse dendrochronologique la plus complète à ce jour: près de 300 violons Stradivarius ont été examinés dans le but de déterminer la provenance du bois de leur table d’harmonie. Les résultats confirment une des hypothèses concernant l’origine d’une bonne partie de ces bois, qui ont d’ailleurs été utilisés pour fabriquer les meilleurs Stradivarius.

De quel bois sont faits les violons Stradivarius?

Kreisler, Conte de Fontana, Greffuhle, Hammer… leur seul nom est promesse d’excellence. Ce sont tous des violons fabriqués par le luthier italien Antonio Stradivari. D’aucuns ont attribué à ces violons de légende des vertus mystérieuses que nombre de publications scientifiques ont tenté de percer. Il a aussi été avancé que Stradivari utilisait du bois d’épicéa provenant des forêts du Val di Fiemme, dans le Trentin, dans le nord-est de l’Italie.

En 2003, une étude reliait l’acoustique inégalée des violons du luthier crémonais à la qualité particulière des arbres de cette vallée, qui auraient connu de longues périodes de froid hivernal. Ces arbres ont en effet poussé au cours d’une période surnommée le « petit âge glaciaire » (entre le 16e et le 19e siècle), correspondant à une période de refroidissement en Europe, dont l’épisode le plus marqué, connu sous le nom de « minimum de Maunder », se serait situé entre 1645 et 1715. Mais l’étude en question, relayée à l’époque par Sciences et Avenir, ne se fondait que sur une correspondance chronologique, sans aucune analyse concrète pour étayer cette hypothèse.

Les bois des Stradivarius proviennent pour une bonne partie du même endroit

Entre-temps les cernes des bois utilisés pour fabriquer les Stradivarius ont été analysés, ce qui a permis de démontrer qu’ils présentent une grande proximité entre eux – et proviennent donc vraisemblablement du même endroit –, sans que l’on sache toutefois d’où exactement. L’objet de cette dernière publication est donc de le déterminer, en rassemblant pour ce faire « l’ensemble de données dendrochronologiques le plus complet jamais compilé pour les violons de Stradivari, comprenant 314 séries d’anneaux de croissance provenant de 284 instruments authentifiés ».

Comme l’annoncent les auteurs dans la revue Dendrochronologia, leur objectif consiste non seulement à estimer l’origine géographique des arbres qui ont servi à fabriquer les tables d’harmonie (la partie sur laquelle sont fixées les cordes), mais aussi à quelle altitude ils ont poussé, afin de dresser un tableau chronologique des choix de matériaux opérés par Stradivari.

On procède par comparaison avec des chronologies de référence

Pour effectuer des analyses de dendroprovenance, les chercheurs opèrent par comparaison. En l’occurrence, il s’agit de comparer les séries de cernes datées des 284 Stradivarius sélectionnés avec des chronologies de référence déjà établies à partir de bois archéologiques. Les chercheurs ont déterminé que la zone géographique à couvrir s’étendait, d’est en ouest, de la Slovaquie jusqu’au sud de la France, et, du nord au sud, du sud de l’Allemagne jusqu’au centre de l’Italie.

Ils se réfèrent par ailleurs à des bases de données (telle la Banque internationale de données sur les cernes des arbres, ITRDB) concernant cinq espèces de conifères: l’épicéa commun (Picea abies Karst.), le mélèze d’Europe (Larix decidua Mill.), le sapin blanc (Abies alba Mill.), le pin cembro (Pinus cembra L.) et le pin sylvestre (Pinus sylvestris L.), bien qu’il soit le plus probable que les tables d’harmonie des violons aient été fabriquées en épicéa.

Les bois des Stradivarius comptent souvent plus de 200 cernes

Pour déterminer la période à examiner, les chercheurs se basent non seulement sur la carrière de Stradivari, qui couvre la seconde moitié du 17e siècle et les premières décennies du 18e, mais également sur l’observation des séquences de cernes visibles sur ses instruments. Il apparaît ainsi que ces séquences comptent souvent plus de 200 cernes, ce qui induit une comparaison avec des chronologies de référence couvrant plusieurs centaines d’années, entre le début du 15e siècle et la moitié du 18e siècle.

Il est vrai que les violons sont datés, mais les dates indiquées sur les étiquettes ne sont pas toujours exactes, et les chercheurs ne s’en sont servi que pour appuyer leurs propres résultats.

Les arbres ont poussé à très haute altitude

Première observation: les bois des violons Stradivarius comptent un grand nombre de cernes (122 en moyenne) qui sont assez rapprochés (largeur moyenne de 0,95 mm). « Une telle réduction de la largeur des cernes est généralement indicative d’arbres poussant dans des conditions de température limitée à haute altitude », expliquent les chercheurs, ce qui est confirmé par les premières analyses, qui indiquent une extrême proximité avec des échantillons de haute altitude.

Mais l’altitude n’est pas un facteur suffisant, un froid intense semble aussi responsable de la largeur des cernes, les chercheurs corroborant ici l’hypothèse émise en 2003: « Dans la mesure où les caractéristiques du bois utilisé par Stradivari semblent indiquer qu’il provenait d’altitudes encore plus élevées que celles actuellement occupées par l’épicéa dans les Alpes, nous émettons l’hypothèse que la formation des cernes de croissance a été influencée par un facteur limitant supplémentaire, tel que des températures basses et/ou un faible ensoleillement, peut-être associé au minimum de Maunder. Cette période s’est étendue de 1645 à 1715 et s’est caractérisée par une activité solaire réduite, qui a entraîné une baisse des températures moyennes mondiales comprise entre 1 et 2° C, avec des températures encore plus basses à l’échelle régionale, ce qui a ralenti le taux de croissance des arbres ».

Deux phases d’approvisionnement

Les chercheurs arrivent ensuite à distinguer plusieurs sous-groupes dont le plus important est aussi le plus fiable. Les deux sous-groupes les plus nombreux comprennent chacun plus d’une centaine de violons et correspondent, pour le premier (G3), à la période antérieure à 1706, et, pour le second (G4), à la période postérieure. Il en ressort clairement que Stradivari a changé de lieu d’approvisionnement à ce moment-là – même si la région d’origine est de toute façon la zone alpine située à cheval entre l’Italie, la Suisse et l’Autriche.

Les origines géographiques du Trentin et du Val di Fiemme sont confirmées

Dans le groupe postérieur à 1706, qui correspond à l’âge d’or des Stradivarius, l’échantillon de référence qui est le plus proche est l’épicéa du Trentin, suivi par l’épicéa poussant dans le Val di Fiemme. Le groupe antérieur à 1706 ne trouve pas de corrélation aussi nette, et ne permet pas de déterminer une provenance unique, un rapprochement avec la région autrichienne du Vorarlberg n’étant pas décisive.

Le luthier a trouvé le bois optimal vers 1700

SI l’on compare ces résultats avec la carrière de luthier de Stradivari, il apparaît donc que le maître a diversifié ses sources jusqu’à trouver le bois optimal pour fabriquer ses instruments.

Pour les chercheurs, la transition entre les deux sous-groupes mis en évidence correspond précisément à cette diversification et est étroitement corrélée à la qualité des instruments. « Cette transition coïncide avec le passage de Stradivari de sa phase expérimentale à sa période de maturité. Vers 1700, ce dernier semble avoir cessé d’utiliser du bois provenant de sources mixtes ou variables et avoir plutôt identifié une source optimale dans les forêts d’altitude de l’est du Trentin, très probablement dans la région du Val di Fiemme, avec seulement quelques exceptions sporadiques survenant plus tard vers le nord ».

Le Val di Fiemme est une vallée des Dolomites, non loin de Trente et de Bolzano, dans le nord de l’Italie, où se déroulent actuellement les épreuves du ski de fond des Jeux Olympiques d’hiver.

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