Livre : “Je ne suis pas à vendre” de Pensée Sem Essen-Nsi

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Livre : "Je ne suis pas à vendre" de Pensée Sem Essen-Nsi

Africa-Press – Congo Brazzaville. Parue aux éditions Renaissance africaine, la pièce de théâtre de 88 pages a été présentée et dédicacée la semaine dernière à l’Institut français du Congo de Brazzaville, par son auteur, Pensée Sem Essen-Nsi.

” Je ne suis pas à vendre” scrute un phénomène social constitué en sept scènes autour des personnages suivants : Mbëmbaa (prétendant de Nadine) ; Nadine (la femme de Mbëmbaa) ; Mba-Jean (l’oncle de Mbëmbaa) ; Batela-Mibeko (l’ami de Mbëmbaa) ; Mâ-Kaké (la mère de Nadine) ; Ndoo (la voisine du couple) ; puis le public.

Pour le critique littéraire et écrivain Pierre Ntsemou, l’intrigue de l’œuvre gravite autour de la problématique de la dot qui devient actuellement un véritable cauchemar pour les jeunes gens, désireux de régulariser leur situation matrimoniale avec l’élue de leur cœur, la chair de leur chair, la plus belle fleur de leur jardin de désirs. Il pense que la cupidité de certains parents (le cas de ceux de Nadine) les pousse à exiger des sommes faramineuses pour la dot de leur fille comme s’ils avaient trouvé là un moyen de s’enrichir sur le dos de leur beau-fils dont ils ne mesurent pas le désarroi, quand il est soumis à une équation à plusieurs inconnues à résoudre à tout prix pour légitimer l’union avec leur dulcinée.

« Phénomène de société de plus en plus manifeste dans notre pays, l’exigence d’une dot hors norme est un fléau que réprouve notre jeune dramaturge dans une mise en scène réussie et un jeu de rôles merveilleusement distribué entre des personnages auxquels il fait jouer avec habileté, pertinence et réalisme à chacun, un rôle selon le fait social épinglé et mis à l’index pour stigmatiser, fustiger, admonester et réprouver avec la plus grande fermeté »

, a souligné Pierre Ntsemou lors de la présentation de cet ouvrage.

« Du haut de notre expérience de père géniteur de filles et de garçons, d’oncle, pour de nombreuses nièces et une kyrielle de neveux à marier, nous sommes témoins avec ahurissement et parfois indignation de ces faits ici décryptés avec lucidité par un presque enfant à peine sorti du cocon de l’adolescence pour mettre en scène cette lèpre sociale, ce choléra qui fait des ravages dans des projets de mariages traditionnels, étape majeure vers la consécration officielle et religieuse des unions conjugales »,

a-t-il ajouté.

La dot astronomique, une arnaque en bonne et due forme

Le critique précise également que l’auteur, qui sait ce qui se passe en réalité dans les mariages selon les coutumes et les familles cupides, révèle ce qui est un secret de polichinelle, à savoir les grands écarts entre les 50 000 FCFA officiels prescrits et, par exemple, le 1 690 000 FCFA que les parents de Nadine exigent à Mbëmbaa. D’où l’exclamation de Nadine lorsque son fiancé lui apprend le contenu de la réponse à sa lettre requérant le devis de sa dot et accessoires : « Je ne suis pas une marchandise, Pascal », dit-elle à son Jules avant de poursuivre, sentencieuse : « Je ne suis pas à vendre ! ». Titre éponyme… C’est une arnaque en bonne et due forme à cette dot astronomique, si l’on doit ajouter des biens matériels tout aussi onéreux qu’un chapiteau, une cuisinière à gaz, un ordinateur portatif et un écran plasma.

Une fois le décor planté, Pensée Sem Essé-Nsi a répondu à certaines questions dont celle de savoir “qui n’est pas à vendre” ? L’auteur a dit qu’il s’agit de la femme qui n’est pas à vendre, parce qu’elle est une personne et non une marchandise. « Aujourd’hui, on remarque que la dot est comparée à une vente aux enchères au plus offrant des parents. En effet, après une observation dans notre société, nous avons constaté que la coutume, au lieu d’accompagner la loi, est plutôt en train d’enfreindre aux règles des normes pour présenter la femme comme une marchandise. Il a fallu faire une étude sociologique dans notre pays pour essayer de voir ce qui se passe autour de la dot. Le constat est tellement amer… La femme qu’on présente à la dot, au lieu d’être une personne qu’on est en train de valoriser, devient une marchandise vendue à un prix exorbitant », a déclaré l’auteur. Il a précisé que ce n’est pas une histoire qu’il a vécue ni moins un membre de sa famille, mais plutôt une observation dans la société.

Quant au législateur, l’auteur alerte que la coutume ne peut pas contredire la loi, parce que la loi c’est ce qui régit la vie des hommes en société. Il pense que le législateur doit regarder l’évolution de la société de façon temporaire pour pouvoir adapter les lois. A l’endroit des parents, il attire leur attention expliquant que marier leur fille à des montants faramineux l’expose à toute sorte de dérives et par conséquent ne garantit pas l’harmonie du futur ménage. Ainsi, il propose que ces derniers puissent penser à marier leur fille symboliquement pour pouvoir garantir l’harmonie sociale.

Ecrivain congolais, Pensée Sem Esse-Nsi est né à Brazzaville, en République du Congo. Il aspire broyer le doute et l’effroi sur les voies de la maturité dans la lutte et l’altercation entre les mots et les maux afin de réinventer un monde fécond au socle de l’humanité. “Je ne suis pas à vendre” est sa première œuvre dramatique. En 2019, Pensée Sem Esse-Nsi avait publié son tout premier ouvrage, un recueil de poèmes intitulé “L’écume des maux”, paru aux éditions Renaissance africaine.

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