30 avril : l’enseignement congolais à l’épreuve de la vision de la RDC

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30 avril : l’enseignement congolais à l’épreuve de la vision de la RDC
30 avril : l’enseignement congolais à l’épreuve de la vision de la RDC

Africa-Press – Congo Brazzaville. La journée nationale de l’enseignement célébrée le 30 avril de chaque année est une preuve irréfutable de l’importance que l’Etat congolais accorde à son système éducatif. Car, le système éducatif d’un pays est le miroir à travers lequel se vit, s’apprend, s’approprie et se transmet jour après jour la vision d’un pays. Il y a donc un lien logique et cohérent entre le système éducatif et la vision d’un pays. Ce lien est aussi corroboré par Professeur Makolo Muswaswa (1991 :155) qui affirme, dans son article intitulé : «L’enseignant zaïrois et le devenir de la nation », que « l’éducation est toujours l’expression de la société».

De son côté, le psychologue et philosophe américain John Dewey(1938) montre que « le devoir suprême d’une communauté qui veut continuer à exister dans le monde comme communauté historique et politique est d’éduquer ».

Selon Dewey, la fonction cruciale de l’éducation dans une société démocratique est d’aider l’enfant à acquérir le caractère – somme d’habitudes et de vertus – qui lui permettra de se réaliser. Car, renchérit – il sur la fonction de l’éducation, l’individu se réalise en utilisant ses talents propres pour contribuer au bien –être de la communauté. L’éducation est donc la mise en marche de la vision d’une société. Ceci suppose la connaissance de la vision de la société elle-même.

Préfaçant le Rapport d’Examen National volontaire des Objectifs de Développement Durable, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo (2020 : XIII) précise que la vision de la Republication démocratique du Congo est « ériger un Etat moderne, pacifique, démocratique et soucieux de chaque citoyen, un Etat où chaque institution joue son rôle dans le cadre du principe de séparation des pouvoirs, un Etat qui garantit le bonheur de tous ».

Dès lors, la question qu’il faut se poser est la suivante : les ressortissants des écoles, universités et instituts supérieurs congolais se réalisent – ils suivant la vision de la RDC ?

La réponse à cette question est que les réformes fantaisistes, la libre entreprise dans le secteur éducatif et la duperie des dirigeants religieux empêcheraient les écoles, les universités et les instituts supérieurs de produire des congolais capables de se réaliser selon la vision de la République démocratique. Dans les lignes qui suivent je vais illustrer cette réponse en commençant par le premier point relatif aux réformes fantaisistes.

1. Réformes fantaisistes

S’adressant au peuple congolais via le parlement réuni en congrès, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo (2021 :21) énonce ce qui suit : « (…) dans un Etat que nous voulons de droit, caractérisé par la justice distributive, que nous avons focalisé l’attention du gouvernement sur la prise en charge des problèmes que rencontrent nos concitoyens dans les divers secteurs de la vie nationale, pour trouver des réponses satisfaisantes. Ce travail de longue haleine nous contraint à revisiter les structures sociales désuètes et repenser comment notre pays peut rationnellement mettre du vin nouveau dans des outres neuves, pour que le meilleur Congo de demain que nous appelons de tous nos vœux, démarre du bon pied dans les secteurs de la vie nationale ». Cet énoncé suffit amplement pour comprendre la nécessité et l’importance de la réforme du secteur éducatif de la RDC.

Faut –il rappeler que plusieurs réformes ont été organisées plusieurs fois, mais les produits des écoles, universités et instituts supérieurs congolais sont restés incapables de se réaliser selon la vision de la RDC.

C’est alors que la réforme elle-même devient un problème à résoudre dans la mesure où les personnes qui ont élaboré les réformes qui se sont avérées inefficaces n’ont jamais justifié l’échec de toutes ces réformes. Paradoxalement, ces mêmes personnes sont toujours appelées pour organiser des nouvelles réformes. C’est alors que les réformes deviennent des occasions où les frères et sœurs et les amis et copains se distribuent l’argent de l’Etat.

Ainsi donc, il importer d’abord de transformer les femmes et les hommes qui s’occuper du secteur éducatif avant de réformer les institutions scolaires et universitaires. Stigmatisant les échecs des réformes organisées dans le système éducatif de la 2ème République, Makolo Muswaswa (1991 :155) affirme que la réforme de l’enseignement était un leurre et vouée à l’échec étant donné que l’homme (qui devait veiller à l’application active et intelligente de cette réforme) n’était pas réformé de l’intérieur, C’est-à-dire transformé. De ce manque de réforme intérieure nous passons à la libre entreprise.

2. La libre entreprise dans le secteur de l’enseignement

La libre entreprise ou le marché libre fait référence à une économie où le marché détermine les prix, les produits et les services plutôt que le gouvernement. Les entreprises et les services sont libres de tout contrôle gouvernemental. En principe et en pratique, les marchés libres sont définis par les droits de propriété privée.

Usant de la liberté d’entreprise qui est un principe selon lequel chacun est libre d’exercer librement une commerciale ou économique, beaucoup de détenteurs privés des capitaux ont envahi le secteur de l’enseignement au Congo Kinshasa.

L’envahissement de ce secteur par les détenteurs privés des capitaux qu’on appelle promoteurs ou propriétaires a fait que notre enseignement soit une activité plus génératrice des recettes et lucrative qu’éducative et pédagogique.

Il faut voir les milliers de dollars fixés comme frais d’études dans les institutions scolaires et universitaires des confessions religieuses pour s’en rendre compte. Que dire des laboratoires et des bibliothèques qui n’existent pas. Même s’ils existent, il faut noter que la plupart d’eux ne fonctionnent pas.

C’est ici qu’il faut rendre hommage au fondateur des écoles et Université Révérend Kim pour son empathie à l’endroit des congolais. Il a montré par la fixation de frais d’études, dans ses établissements, qu’il est au service de Dieu pour aider l’humanité. Il est resté au-dessus de la cupidité et l’idolâtrie de l’argent en évitant d’exploiter et surexploiter les congolais qui se soucient de la formation de leurs enfants.

J’ai entendu et vu les étudiants d’une université confessionnelle de grande ‘’renommée ’’ de la place se plaindre d’être contraints à revenir à la 2ème session à cause de manque de cotes.

Pourtant, ils avaient passé en bonne et due forme les examens. Ces étudiants ont conclu que c’était une stratégie de leur Université de se faire de l’argent par l’enrôlement qui devait être payé.

3. Duperie des dirigeants religieux

Feignant de s’occuper des œuvres sociales, les dirigent religieux ont obtenu la gestion des institutions scolaires et universitaires de l’Etat et ce, moyennant des conventions.

Au-delà du fait que, dans un Etat laïc, ces conventions diminuent la capacité du pouvoir d’agir de l’Etat dans ce domaine. L’on sait que souvent des questions techniques ont des réponses politiques. Ces conventions sont souvent des marchés de dupes

Si hier les institutions scolaires et universitaires avaient servi d’instruments de vulgarisation des croyances religieuses et idéologies politiques des dirigeants religieux, aujourd’hui, en plus de cette tâche, ces institutions servent comme entreprises génératrices, d’un côté, et de l’autre, comme des laboratoires sociaux des dirigeants religieux.

Si le rejet de l’application de la gratuite de la formation de base a commencé par certaines écoles conventionnelles, c’est parce que les dirigeants religieux de ces écoles se sont vus en train de perdre les grosses sommes d’argent en provenance de frais de motivation de parents.

Aujourd’hui, des magasins, pharmacies, boutiques… sont implantés sur tous les espaces occupés gratuitement par les confessions religieuses au nom des œuvres sociales. Les occupants de ces maisons commerciales sont des locataires des confessions religieuses.

Pour terminer, les réformes fantaisistes, la libre entreprise et la duperie des dirigeants religieux sont parmi les facteurs qui ont rendu notre système éducatif incapable de résoudre les problèmes de la nation congolaise.

Cette incapacité exprime donc le besoin de la création d’une école –laboratoire congolaise telle que celle pensée, imaginée et réalisée par John Dewey en 1896 à l’Université de Chicago.

La métrologie d’apprentissage dans cette école est fondée sur le principe «Learning by doing ». Dewey précise que c’est par l’action que l’élève apprend et non en abordant passivement des verités toutes faites.

Ces vérités toutes faites ressemblent à mon avis aux approches épistémologique et sémantique du progrès scientifique.

Par conséquent, l’école laboratoire correspond à l’approche internaliste –fonctionnelle du progrès scientifique énoncée par Alexander Bird (2007). Car, cette approche reconnait à la science la fonction de trouver des solutions aux problèmes de la communauté de scientifiques. Je pense que le partenariat Université de Kinshasa Hôpital de Panzi pour la prise en charge des fistules est une illustration de l’approche internaliste fonctionnelle du progrès scientifique. Ce genre de partenariat doit s’étendre à tous les secteurs de la vie nationale. C’est à cette condition que le système éducatif congolais contribuera à la résolution des problèmes qui minent les congolaises et les congolais. J’ai fait ma part.

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