Congo Telecom, enfin l’heure du réveil ?

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Congo Telecom, enfin l’heure du réveil ?
Congo Telecom, enfin l’heure du réveil ?

Africa-PressCongo Brazzaville. Moins d’un an après son arrivée, Yves Castanou, le DG de l’opérateur national, lance un vaste plan de « transformation ». Trop ambitieux ? L’analyse de Jeune Afrique.

Huit mois après l’arrivée aux commandes de Yves Castanou, les véhicules d’intervention de Congo Telecom (CT) affichent allègrement sur leurs portières « SPEED », la nouvelle marque commerciale des offres de l’opérateur historique. La rapidité des changements touche également le cadre de travail. Le 9 décembre, les députés congolais effectuaient une visite du siège réhabilité de l’entreprise.

Ce lifting s’inscrit dans la mue en cours chez l’opérateur national que Brazzaville a placé sur la liste des quatre entreprises publiques à introduire à la Bourse de Douala, comme l’a dévoilé Jeune Afrique Business+ au début de janvier. L’opérateur historique revient de loin

Outre le coup de jeune des bâtiments, qui concerne également le bureau de Pointe-Noire et le centre technique d’Ouenzé, dans la banlieue de Brazzaville, l’opérateur a acquis 5 500 km de fibre optique et 27 000 modems, ainsi que des serveurs et d’autres équipements pour remettre l’outil de production en état. Des investissements estimés à 10 milliards de F CFA (15 millions d’euros) réalisés essentiellement grâce à des crédits fournisseurs, qui constituent les premiers pas du tout nouveau plan stratégique « Transform ».

Yves Castanou, DG de Congo Telecom, ancien directeur de l’Agence de régulation des postes et teleommunications électroniques du Congo, ici le 30 octobre 2011. © Bruno Levy pour JA

À son actif : avoir insufflé un « nouvel élan »

CT revient de loin. L’opérateur historique a perdu beaucoup d’argent ces dernières années, à tel point que sa trésorerie était négative il y a encore quelques mois. Faute d’investissement pour entretenir le réseau, le nombre de ses abonnés stagnait à moins de 5 000 personnes.

Les banques font confiance à Castanou Contrairement à la plupart des opérateurs, CT n’a pu profiter de l’effet Covid, alors que nombre de Congolais étaient en télétravail. « Il aurait fallu pour cela un réseau résilient et bien tenu », soupire l’ex-dirigeant de l’agence de régulation.

Sa nomination, en avril 2020, semble avoir changé la donne. « Il a réussi à insuffler un nouvel élan. Les banques lui font confiance. Beaucoup d’acteurs favorables à sa privatisation veulent donner une chance à CT, non pas à cause du positionnement de l’opérateur, mais uniquement parce qu’ils croient en Castanou », observe un spécialiste du secteur.

Trois défis pour atteindre le très ambitieux objectif de 300 000 clients

Articulé autour de huit piliers, « Transform » ambitionne rien de moins que de faire de CT, avec à peine 3 % de part de marché, le premier opérateur congolais à l’horizon 2025, en s’attaquant à trois marchés. Celui de l’internet résidentiel dès cette année, avec l’objectif de connecter 300 000 clients à la fibre optique dans cinq ans. L’entreprise a pour ce faire entamé la remise en l’état, sur fonds propres, des boucles métropolitaines de Brazzaville et de Pointe-Noire, afin de rivaliser avec MTN, Airtel et GVA.

L’erreur commise il y a huit ans a été d’investir dans un réseau mobile CDMA « Congo Telecom n’avait jusqu’à présent pas beaucoup exploité ses capacités en matière d’internet haut débit, surtout pour le grand public. Ce nouveau plan de transformation peut lui permettre d’étendre la couverture de son réseau de fibre optique et de recruter plus de clients dans les zones déjà couvertes, en réduisant ses tarifs », pointe Thecla Mbongue, analyste senior au sein du cabinet Omdia.

L’introduction dans la téléphonie mobile, qui induira aussi une intrusion dans le mobile money, constitue le deuxième défi de l’opérateur. « L’erreur commise il y a huit ans a été d’investir dans un réseau mobile CDMA, que Huawei ne supporte plus, au lieu de le faire dans le GSM », regrette Yves Castanou qui espère lancer la technologie LTE (4G) l’année prochaine. Il appartiendra au conseil d’administration de trancher rapidement si CT y va en solo ou s’il recherche un partenaire stratégique.

Plus que tout, cet ingénieur des télécoms veut se servir de la situation géographique du pays pour faire de CT un acteur de référence en Afrique centrale sur le marché de la vente de gros (wholesale).

« Le Congo est un pays de transit. Nous devons également l’être en matière de télécoms, en ayant un réseau de couverture nationale, pour nous permettre de mailler le territoire et le connecter à tous les pays de la sous-région », s’enthousiasme Yves Castanou, qui confesse souvent le « défaut » de « rêver grand pour le pays ». La réussite d’un tel projet va reposer sur les moyens qui lui seront alloués

Cette dernière ambition passe par la construction de la dorsale nationale partant de Pointe-Noire (sud) à Ouesso (nord). « La liaison Brazzaville-Pointe-Noire, qui relie directement la capitale à la seule station d’atterrissement du pays à un câble sous-marin (WACS), constitue le tronçon clé, dans un premier temps », analyse notre spécialiste. Cette activité sera filialisée, comme celle de la téléphonie mobile, afin d’éviter des pratiques anticoncurrentielles, à l’instar de ce qui s’est fait en Angola.

Technicien informatique © Technicien informatique de la ville de Brazzaville, 2012. Photo de Antonin Borgeaud pour Les éditions du Jaguar La mise en œuvre de ces différentes initiatives repose en grande partie sur le projet de couverture nationale (PCN) du gouvernement visant à moderniser le réseau local, dont la troisième phase, de 200 millions de dollars – la contrepartie congolaise étant de 40 millions de dollars – est financée par China Eximbank. Cette manne, dont le déblocage est retardé par la conjoncture sanitaire mondiale, permettra de déployer le réseau de téléphonie mobile et l’extension de la fibre optique.

« Les intentions sont bonnes. Cependant, la réussite d’un tel projet va en grande partie reposer sur les moyens qui lui seront alloués », tempère Thecla Mbongue. Une préoccupation réelle également partagée par Yves Castanou qui se garde cependant de chiffrer le coût. « Il va nous falloir rechercher une trentaine de milliards de F CFA sur le marché pour réaliser notre ambition », concède-t-il, prudemment.

Il va sans dire que l’État va devoir reprendre une partie de ce fardeau La réalisation de ces différents chantiers, doublée de l’exécution de la stratégie marketing, devrait permettre un retour à la rentabilité au bout de trois ans pour CT. Une gageure, selon les spécialistes du secteur.

Par ailleurs, pour convaincre les banques, il faudra préalablement traiter la dette abyssale de l’entreprise. Le cabinet d’huissiers Edgard Landze vient d’être commis pour évaluer son montant ; des estimations provisoires la situant entre 35 et 40 milliards de F CFA. « Il va sans dire que l’État va devoir reprendre une partie de ce fardeau, à travers la Caisse congolaise d’amortissement », espère Yves Castanou. Pour le patron de CT, qui officie également comme pasteur évangélique, un coup de pouce de la providence n’est peut-être pas exclu.

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