Mines : Sundance croise le fer avec le Cameroun et le Congo

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Mines : Sundance croise le fer avec le Cameroun et le Congo
Mines : Sundance croise le fer avec le Cameroun et le Congo

Africa-PressCongo Brazzaville. Évincée de son projet d’exploitation de fer à la frontière entre les deux pays fin 2020, la junior australienne les attaque devant les tribunaux arbitraux. Décryptage.

C’est un long feuilleton de dix ans qui semble toucher à sa fin pour l’australien Sundance et son projet minier de fer de Mbalam-Nabeba, à cheval sur la frontière entre le Congo et le Cameroun, pour lequel Brazzaville lui a retiré ses droits en décembre 2020, notamment suite à la décision du ministre des Mines Pierre Oba, proche du président Denis Sassou-Nguesso, de « faire le ménage » dans le cadastre minier congolais en évinçant les groupes « n’ayant pas fait leurs preuves » (voir ci-dessous).

Le 31 mai dernier, le groupe extractif piloté depuis ses débuts par le dynamique Giulio Casello, basé à Perth, capitale de l’ouest minier australien, s’est résolu à initier une procédure d’arbitrage contre le Cameroun auprès de la Chambre de commerce internationale de Paris. Deux mois plus tôt, la junior minière avait lancé une procédure similaire à l’encontre du Congo Brazzaville, mais cette fois-ci à Londres.

Des courriers qui fâchent

« Contrairement à notre situation au Congo, où les relations avec le ministère des Mines sont devenues trop tendues, nous espérions aboutir à un accord à l’amiable avec les autorités du Cameroun, avec lesquelles nous avions entamé des négociations qui nous semblaient bien avancer. Mais la visite de Pierre Oba à Yaoundé, les 30 et 31 mai, et sa rencontre le chef de l’État, Paul Biya, a changé la donne. Il a rallié les dirigeants camerounais à ses théories », regrette Giulio Casello, contacté début juin par Jeune Afrique.

À entendre les avocats et proches du dossier côté camerounais, plus que la visite de Pierre Oba au Cameroun, ce sont surtout les trois dernières missives de Sundance aux autorités de Yaoundé, au ton jugé comminatoire, qui ont irrité en haut-lieu.

Ces courriers, dont Jeune Afrique a pu prendre connaissance, mettent en effet en balance le fait pour Sundance de ne pas aller en arbitrage avec le paiement par Yaoundé des sommes que le groupe australien assure avoir investies dans le pays, estimées par lui à 94,3 milliards de F CFA (144 millions d’euros), ainsi que la rédaction d’une lettre l’assurant que le refus de lui octroyer une licence d’exploitation au Cameroun fin 2020 s’explique par le retrait de ses permis au Congo Brazzaville, puisque le projet minier était transfrontalier.

Appétit chinois

Les sommes demandées – très peu détaillées selon Yaoundé – ont été jugées abusives par le Cameroun. Quant à la lettre que Sundance lui demandait de rédiger, que l’australien souhaitait clairement utiliser dans sa procédure arbitrale contre Brazzaville, les autorités camerounaises ont estimé qu’elle risquait de les brouiller avec leurs voisins congolais, et qu’une telle missive hypothéquerait une éventuelle reprise du projet par un nouvel acteur. Si nos partenaires chinois reprenaient le projet en propre, ce serait consternant

Du côté de Sundance, on s’interroge beaucoup sur le repreneur d’ailleurs déjà désigné côté congolais. « Lors de sa visite à Yaoundé, Pierre Oba a indiqué que derrière Sangha Mining, à qui il a réattribué nos permis, il y avait cinq sociétés chinoises, note Giulio Casello. Or il se trouve que, pour la réalisation des infrastructures, nous discutions avec cinq sociétés chinoises également parmi lesquelles China Railway Construction Corporation (CRCC), Yantian Port Holdings (filiale de BaoWu), Hong Kong Baofeng International, et Shanghai Tsingshan Minerals. S’il s’avérait que ces mêmes sociétés reprenaient le projet en propre, ce serait consternant », fait valoir le patron australien.

Côté camerounais, aucun repreneur n’a été annoncé, même si les observateurs se demandent si l’un des objectifs de Pierre Oba à Yaoundé n’était pas de « pousser » le dossier Sangha Mining.

Casello pense aussi que le fait que son éviction du Congo et du Cameroun coïncide avec des cours du fer élevés – autour de 200 dollars la tonne – et avec la stratégie de Pékin de diversifier ses approvisionnements en fer, actuellement trop dépendants de l’Australie à son goût.

Autre éclaircissement attendu par Sundance, l’explication des rôles respectifs des sociétés Sangha Mining Development Ltd et Sangha Mine, la première étant enregistrée à Pointe-Noire, la seconde à Brazzaville : la première est propriété d’un groupe hongkongais aux actionnaires inconnus ; la seconde a notamment pour actionnaire minoritaire Pierre Oba Junior, le fils du ministre éponyme. Interrogé sur ces points, le ministère des Mines n’a pas souhaité répondre à Jeune Afrique.

>>> À lire sur Jeune Afrique Business+: Qui est Pierre Oba, l’actionnaire de Sangha Mine attributaire du permis minier de Sundance ?

Si Sundance, le Congo et le Cameroun préparent chacun avec leurs avocats – du cabinet Clifford Chance pour l’australien, et de Jeantet pour les deux États – leurs arguments juridiques pour s’expliquer à Londres et à Paris devant les tribunaux d’arbitrage, pour nombre d’observateurs, l’issue malheureuse de l’aventure de Sundance au Cameroun et au Congo était attendue depuis des mois.

La junior australienne a en effet « eu les yeux plus gros que le ventre », note un avocat familier du secteur, pour qui la stratégie de faire de l’exploration puis revendre ses projets en faisant une belle plus-value en bourse « aurait pu fonctionner dans le secteur aurifère mais avait peu de chance de marcher pour le fer, où les investissements nécessaires en infrastructures logistiques pour transporter le minerai sont autrement plus massifs ».

Faute d’une surface financière suffisamment importante, Sundance a donc multiplié les échecs de partenariat pour la construction des infrastructures nécessaires – une ligne de chemin de fer de 540 km et un port minéralier à Lolabé, tous deux situés au Cameroun – d’un coût estimé à au moins 3,5 milliards de dollars.

Au moins quatre accords de coopération ont été discutés sans aboutir : avec le chinois Hanlong en 2013, le portugais Mota-Engil en 2015, le chinois China Gezhouba Group en 2016, puis avec les cinq sociétés de l’empire du milieu citées plus haut, avec lesquels les pourparlers se sont arrêtés en novembre 2020.

Des difficultés auxquelles s’ajoute l’écrasante domination de la filière fer par Vale, BHP Billiton et Rio Tinto qui forment ce que l’on surnomme le « cartel du fer », et qui, avec les acheteurs chinois, font la pluie et le beau temps sur le marché, et qui préfèrent généralement mener les projets du début jusqu’à la fin.

Sundance avait pourtant réalisé, fin 2012, un véritable exploit : celui d’obtenir des permis d’exploration de part et d’autre d’une frontière entre deux États africains, et l’autorisation de les combiner en un seul et même projet minier.

« Quand on regarde l’absence de coopération entre la Guinée et le Liberia – et les groupes miniers qui s’y trouvent – pour l’avènement de projets de fer similaires économiquement rentables, on peut dire que c’était de leur part une réussite », note notre interlocuteur.

Dans la bataille des États contre Sundance, le Congo Brazzaville est clairement celui-qui mène la danse, le Cameroun étant plus en retrait, sans doute notamment parce que les infrastructures logistiques devaient être installées sur son territoire.

Trois autres permis retirés au Congo

Si le groupe australien a fait les frais du « ménage » de Pierre Oba à Brazzaville, trois autres sociétés extractives sont aussi concernées : Avima Iron Ore et Equatorial Resources – toutes deux également australiennes – ainsi que le pétrolier italien World Natural Resources.

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Congo : Avima Iron Ore en discussions avancées avec des sidérurgistes Ces trois groupes ont, tout comme Sundance, annoncé lancer des procédures arbitrales contre Brazzaville.

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