Boom de l’auto-entrepreneuriat : de jeunes Français se lancent malgré la crise sanitaire

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Boom de l'auto-entrepreneuriat : de jeunes Français se lancent malgré la crise sanitaire
Boom de l'auto-entrepreneuriat : de jeunes Français se lancent malgré la crise sanitaire

Africa-PressCongo Brazzaville. Un million d’entreprises ont été créées depuis 2020 en France – un record, alors que la pandémie de Covid-19 frappe l’économie de plein fouet. Détail notable : 41% des entrepreneurs avaient moins de 30 ans en 2020. Les confinements et la crise sanitaire ont-ils servis de déclic pour se lancer dans l’auto-entrepreneuriat ? Mandi Heshmati est allée à la rencontre de quatre jeunes Français qui ont franchi le pas.

“Je dis souvent : ‘On n’a qu’une vie’. Et lorsque l’on a vécu la crise du Covid, on se demande : ‘Est-ce qu’elle a un sens ? Et est-ce qu’on est vraiment heureux ?’’. C’est en se posant ces questions que Julia Brachet, 26 ans, s’est décidée à lancer son entreprise de foulards, Ojie, qui a vu le jour en novembre 2020.

Cette passionnée de dessin travaillait en CDD dans la communication d’un institut scientifique. Lors du premier confinement, en mars 2020, deux semaines de congés lui sont imposées. Du temps libre, sans pouvoir sortir de chez elle, qu’elle décide de mettre à profit en posant sur le papier des idées qui lui trottaient dans la tête.

“C’est vraiment pendant ces congés imposés que je me suis installée à une table, et que je me suis mise à la création de mon premier motif, de mon logo, et que j’ai choisi le nom de ma marque”. Des fleurs ornent ses premières créations. “Le confinement a eu lieu au printemps, il faisait beau, se souvient-elle. La nature était en explosion, ça m’a inspirée”.

Depuis, elle a eu environ 200 commandes pour un chiffre d’affaires de 30 000 euros. Grâce à une apparition dans une vidéo de la populaire youtubeuse Léna situations, elle a bénéficié d’une belle visibilité qui lui a permis d’augmenter ses ventes. Mais elle a investi beaucoup d’argent dans de la soie vierge, ce qui ne lui permet pas encore de faire des bénéfices. Par sécurité, elle préfère encore garder son emploi à côté.

Serveur et créateur d’objets

Un million d’entreprises comme celle de Julia ont été crées en un an. Ce qui pourrait paraître paradoxal, en pleine pandémie de Covid-19. “Ça a correspondu à deux choses”, analyse François Hurel, président de l’Union des auto-entrepreneurs. “D’abord, il y a le fond traditionnel de personnes qui ont envie de créer”. En effet, grâce à vingt ans de politiques favorables à l’entrepreneuriat, les chiffres de création d’entreprises sont en hausse constante. “Ensuite, il y a un certain nombre de gens qui se sont retrouvés dans une situation de chômage partiel indemnisé, ou encore de congés imposés, avec beaucoup de temps libre, pas grand-chose à faire, et qui étaient finalement malheureux. Et ils se sont dit : ‘Mais est-ce que ce n’est pas le bon moment pour tester ce que j’ai envie de faire ?'”

Charlotte Duboucis, 29 ans, avait une idée dans un coin de la tête. En CDI dans le secteur du crédit d’impôt, elle a profité du confinement de mars 2020 pour faire une étude de marché. En octobre 2020, elle quitte finalement son entreprise avec une rupture conventionnelle, qui lui permet de toucher le chômage pendant deux ans. Après des mois de travail et de recherches de partenariats, c’est en juillet 2021 qu’elle lance Unic Day, un site qui regroupe les collections capsules, ces éditions limitées de marques. “Ça n’existait pas encore et je me suis dit que ce serait super pour toutes les personnes qui voudraient avoir des pièces quasiment uniques. D’où le nom de l’entreprise…” En octobre 2021, elle commencera une collaboration avec Julia Brachet.

Quentin Milet est, pour sa part, passionné par la création d’objets en bois flotté. Il commence à en fabriquer en 2019 pour ses amis. Serveur dans une brasserie lors du deuxième confinement, son CDD n’est pas reconduit. L’occasion pour lui de transformer sa passion en métier, en créant l’entreprise ‘Chat wood dit’. Il vend pour l’instant ses créations principalement dans l’Allier, entre 80 et 120 euros. Avec environ trois commandes par mois, il ne peut pas vivre de sa jeune entreprise. Ses parents l’ont donc soutenu financièrement.

Depuis la levée des restrictions, il a repris du service dans son ancienne brasserie. Il y a entamé un CDI de second de cuisine à mi-temps. Idéal pour continuer à développer son projet en parallèle. En espérant qu’un jour, cela devienne son activité principale.

“La crise est devenue une opportunité”

Fatma et Mathilde, elles, ont fait de leur entreprise leur emploi à temps plein. Lancée en janvier 2021, leur agence de voyage Slowbreak affiche un premier chiffre d’affaires de 10 000 euros. Alors que la pandémie a été l’occasion, pour beaucoup, de questionner leur rapport à de la nature, leur concept semble trouver son public : “On organise des week-ends à destination mystère. En France, et en train”, résume Fatma.

“On n’avait pas anticipé tout ça mais c’est vrai que le voyage en France est devenu quasi le seul type de voyage possible avec le Covid. Et avec la crise, les gens se sont de plus en plus intéressés à l’impact de notre comportement sur l’environnement. Donc, la crise est devenue une opportunité pour nous, pour développer ça”, explique-t-elle. Malgré la réouverture des frontières françaises le 3 mai dernier, les réservations de l’agence de voyage locale continuent d’augmenter. Deux postes de stagiaires ont même été ouverts pour aider face au surcroît d’activité.

Le monde d’après n’effraie pas ces deux amies, qui se sont rencontrées en licence d’économie. “Je suis confiante pour l’entreprise Slowbreak, confie Mathilde. On a commencé dans un contexte de crise sanitaire. Ça nous a rendues plus fortes et plus résilientes.”

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