Deepfake Détourne Serge Hercberg Pour Fausses Infos

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Deepfake Détourne Serge Hercberg Pour Fausses Infos
Deepfake Détourne Serge Hercberg Pour Fausses Infos

Africa-Press – Congo Brazzaville. Depuis fin 2025, une chaîne YouTube nommée Santé Sage, ciblant les personnes de plus de 60 ans, diffuse de fausses allégations nutritionnelles en utilisant l’image et la voix du scientifique Serge Hercberg. Ce dernier est connu pour avoir, avec son équipe, mis en place le Nutri-Score et pour son combat en faveur d’un meilleur accès des Français à une alimentation de qualité. C’est aussi un scientifique très présent dans le débat public, dont la voix porte bien au-delà des murs de son laboratoire.

Il n’est pas la seule personnalité scientifique française victime d’un deepfake: Boris Cyrulnik a également été ciblé par cette même chaîne YouTube.

Blouse blanche et décor de bureau

Dans les vidéos de la chaîne Santé Sage, le médecin épidémiologiste et nutritionniste Serge Hercberg, vêtu d’une blouse blanche et installé dans un décor de bureau soigneusement mis en scène, avance des affirmations surprenantes: « Manger une pomme avec la peau retarderait la démence en “nettoyant” le cerveau », ou encore « Les algues élimineraient les substances toxiques accumulées dans le cerveau ». Ces propos, habilement enveloppés dans un discours pseudo-scientifique, sont énoncés par un clone numérique vocal, imitant à la perfection la voix du scientifique. Résultat: un message trompeur, capable de séduire les moins informés et de laisser penser, aux mieux informés, que ce scientifique n’est pas franchement digne de confiance.

Les attaques contre Serge Hercberg ne datent pas d’hier. « De manière structurelle et classique, les travaux de mon équipe sont remis en question, explique-t-il à Sciences et Avenir. Par exemple, on publie des articles financés par les industriels de l’agroalimentaire, qui prétendent contredire les conclusions de nos recherches. Une autre tactique consiste à faire du lobbying pour bloquer toute action de politique de santé publique ».

Cette méthode a notamment été employée lorsque l’Union européenne a étudié l’adoption du Nutri-Score: ses détracteurs sont allés jusqu’à affirmer que ce système pourrait réduire la consommation de cacao et, par ricochet, provoquer une vague de migrants en Europe.

Plus récemment, des coachs et des influenceurs se sont relayés pour discréditer la parole du scientifique. « Puis, les attaques ont pris une tournure plus personnelle, avec des menaces de mort et des insultes antisémites, ainsi que des caricatures extrêmement violentes », précise-t-il. À chaque fois, le scientifique a porté plainte et effectué un signalement sur PHAROS, la plateforme officielle de signalement des contenus illicites en ligne, gérée par la police et la gendarmerie nationales.

Aujourd’hui, une nouvelle méthode inédite est utilisée: lui attribuer, grâce à l’intelligence artificielle et via des deepfakes, des propos aberrants et fallacieux en matière de nutrition, dans le but de nuire à son image et de discréditer son travail.

« Une nouvelle stratégie pour véhiculer de la désinformation en santé »

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire de la recherche que des scientifiques soient attaqués: ils l’ont particulièrement été lorsque le lien entre la consommation de tabac et le cancer du poumon a été établi. Cependant, « ce qui change aujourd’hui, c’est, d’une part, l’anonymat qui entoure la production et la diffusion de la désinformation, et, d’autre part, la caisse de résonance que lui offrent les réseaux sociaux », souligne Serge Hercberg. Pour l’instant, personne ne sait qui se cache derrière la chaîne YouTube à l’origine de ces vidéos.

Face à cette nouvelle forme d’attaque, une question s’impose: qui a intérêt à diffuser de la désinformation et à semer la confusion dans le débat public, et plus particulièrement dans l’information scientifique? Cette chaîne YouTube est alimentée quotidiennement. Il faut des ressources et une organisation pour maintenir une telle cadence de publication. Selon le chercheur, deux hypothèses se dessinent à ce stade « soit une visée mercantiliste — produire ces vidéos pour générer des revenus — soit, plus probablement, une volonté d’affaiblir mon discours scientifique. »

La réponse à cette question passe par une enquête. Pour l’instant, le scientifique a déposé une nouvelle fois un signalement sur la plateforme PHAROS et va évaluer avec ses institutions — l’université Sorbonne Paris Nord et l’INSERM — quelles sont les suites juridiques à donner.

« Au-delà de ma personne, ce qui se dessine aujourd’hui avec les possibilités offertes par l’IA, c’est une nouvelle stratégie pour véhiculer de la désinformation en santé. C’est effrayant pour l’avenir », conclut-il.

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