Africa-Press – Congo Brazzaville. La Côte d’Ivoire commémore le vingtième anniversaire de la catastrophe de « Probo Koala », lorsque le navire affrété par une entreprise a déversé plus de 500 tonnes de déchets toxiques à Abidjan, avant de les répartir sur plusieurs sites de la ville. Cet incident a causé, selon le bilan officiel, la mort de 17 personnes et a entraîné des symptômes d’intoxication chez des dizaines de milliers d’autres.
Les séquelles de la catastrophe demeurent présentes dans la mémoire des habitants des zones touchées, notamment les familles d’Akouedo à Abidjan, où les résidents évoquent encore, deux décennies plus tard, des pertes humaines et des conséquences sanitaires et sociales dont tous les chapitres ne sont pas encore clos. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement a documenté que « Probo Koala » a déversé au port d’Abidjan, le 19 août 2006, environ 528 mètres cubes de déchets liquides, avant qu’ils ne soient transportés par camions et déversés dans divers endroits de la ville.
En 2007, le gouvernement de la Côte d’Ivoire a conclu un accord avec l’entreprise, qui a versé 95 milliards de francs CFA (152 millions d’euros à l’époque) pour contribuer à l’indemnisation des dommages et au nettoyage des sites, en échange de la résolution des réclamations liées à l’affaire selon les termes de l’accord. Des associations représentant les victimes critiquent toujours cet accord, estimant qu’il n’a pas fourni une réparation complète à tous les sinistrés.
En septembre 2023, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a examiné l’affaire, soulignant qu’un grand nombre de victimes n’avaient pas été incluses dans le programme d’indemnisation, et a noté des lacunes en matière de transparence, d’accès à l’information et de procédures de réparation. En juillet dernier, des experts des Nations Unies sont revenus sur le dossier, affirmant que les victimes de la catastrophe « Probo Koala » attendent toujours, après 20 ans, la poursuite de la justice et une indemnisation efficace pour les dommages subis.
La commémoration dépasse le cadre de la Côte d’Ivoire pour aborder une question plus large concernant le flux de déchets des pays riches vers les pays en développement. Des organisations environnementales utilisent l’expression « colonialisme des déchets » pour décrire le transfert des charges environnementales et sanitaires vers des communautés ayant moins de capacités pour gérer les déchets et surveiller leur élimination de manière sécurisée. Les déchets électroniques, les textiles et le plastique sont devenus les types de déchets les plus courants arrivant dans les pays africains, avec le Ghana, le Nigeria et le Kenya parmi les pays recevant de grandes quantités, notamment de vêtements usagés.
Les déchets électroniques suscitent une attention particulière en raison de leur contenu, qui peut parfois inclure du plomb, du mercure et d’autres substances dangereuses, ce qui les rend soumis à des contrôles en vertu de la Convention de Bâle régissant le mouvement des déchets dangereux à travers les frontières. À partir de début 2025, les règles de la convention seront élargies pour inclure tous les transferts de déchets électriques et électroniques à travers les frontières dans le cadre d’un mécanisme de consentement préalable.
La commémoration de « Probo Koala » intervient avant l’entrée en vigueur de nouvelles restrictions européennes. Selon la Commission européenne, l’Union européenne interdira à partir du 21 novembre 2026 l’exportation de tous les déchets plastiques vers les pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, avec un embargo complet qui se poursuivra jusqu’au 21 mai 2029 au moins. Après cette période, les pays non membres de l’organisation souhaitant recevoir des types non dangereux de déchets plastiques pourront faire une demande à la Commission et prouver leur capacité à les traiter de manière écologiquement responsable.
De plus, les exportations de plastique seront soumises à des procédures plus strictes de consentement préalable à partir de mai 2026. Ces nouvelles règles reflètent une tentative européenne de réduire le transfert de déchets vers des pays ne disposant pas d’infrastructures de traitement adéquates, mais elles ne mettent pas fin à la problématique plus large liée aux déchets électroniques, aux textiles et au commerce illégal des déchets.





