Africa-Press – Congo Kinshasa. La tragédie est d’une ampleur inédite. Le mercredi 28 janvier, au cœur des collines de Rubaya, dans le territoire de Masisi, un pan entier de terre, saturé par des pluies incessantes, s’est effondré, engloutissant plus de 200 creuseurs artisanaux, femmes, hommes et enfants dans les profondeurs des puits d’extraction.
Les faits se sont déroulés aux alentours de 15 heures. La pluie, tombée sans relâche, a d’abord provoqué des glissements de terrain localisés avant que l’ensemble du versant ne cède, dans un mouvement progressif ensevelissant les puits où travaillaient des creuseurs pris au piège. Les survivants décrivent vingt-quatre heures d’angoisse, ponctuées par le fracas de la terre et les cris étouffés de personnes englouties.
Plusieurs creuseurs ont été extraits de justesse, grièvement blessés, puis pris en charge dans des structures sanitaires locales, certains transférés à Goma pour la poursuite des soins. Le bilan humain est particulièrement lourd. Les opérations de secours, rendues difficiles par la configuration du terrain et l’absence d’infrastructures de sécurité, se poursuivent, tandis que des sources locales estiment que le nombre réel de victimes pourrait être encore supérieur.
La mine de Rubaya, située entre 70 et 80 kilomètres à l’ouest de Goma, dans le golfe de Kabuno, à la limite du Rift est-africain, repose essentiellement sur une exploitation souterraine artisanale. Les problèmes hydrologiques y sont récurrents. Chaque année, inondations et glissements de terrain y entraînent d’importantes pertes en vies humaines. En juin dernier déjà, au moins 17 corps avaient été extraits des puits du site minier de Bibatama, dans le même territoire de Masisi, après un effondrement similaire.
Depuis avril 2024, la zone de Rubaya est sous le contrôle de l’AFC-M23. Cette région abrite l’une des concessions de coltan les plus riches au monde, avec une production estimée par les Nations unies à près de 120 tonnes par mois, principalement destinées à l’exportation vers le Rwanda. La présence des groupes armés rend l’accès à la zone extrêmement difficile pour les journalistes, les enquêteurs et les organisations humanitaires. Sur place, l’AFC-M23 a mis en place une administration qualifiée de semblable à celle d’un État.
Le gouverneur du Nord-Kivu sous administration de l’AFC-M23, Erasto Bahati Musanga, présent à Rubaya après le drame, a confirmé que la colline s’est écroulée et a tué les creuseurs, évoquant un nombre possiblement élevé de morts sans fournir de chiffre précis. Des témoignages recueillis auprès de survivants décrivent des scènes d’horreur: la terre cédait sous eux, certains ont été engloutis tandis que d’autres restent toujours prisonniers des puits.
Le Rwanda et l’AFC-M23 pointés du doigt
Face à ce drame, le gouvernement de la République démocratique du Congo a, à travers un communiqué publié samedi 31 janvier 2026, exprimé sa profonde consternation et sa solidarité envers les familles endeuillées, qualifiant cet éboulement de conséquence directe de l’exploitation sauvage et illégale des ressources naturelles congolaises, orchestrée par le Rwanda et son mouvement complice AFC-M23. Les autorités congolaises rappellent que le périmètre minier de Rubaya avait été classé au statut rouge par arrêté ministériel en février 2025, prorogé en novembre de la même année. Ce classement interdit toute activité d’exploitation et de commercialisation des substances minérales, y compris artisanale. Les activités qui s’y poursuivent, se font en violation flagrante de la loi et sans aucune mesure de protection des travailleurs.
À haute voix, Kinshasa dénonce un système structuré de pillage et d’exploitation illégale inscrit dans une chaîne d’approvisionnement illicite allant de l’extraction à la commercialisation frauduleuse des minerais. Entre 112 et 125 tonnes de coltan seraient extraites chaque mois dans le périmètre de Rubaya et acheminées vers le Rwanda, en dehors de toute autorisation administrative et de toute traçabilité conforme. Cette exploitation alimente directement une économie de guerre.
L’executif central note également des anomalies statistiques révélatrices: une augmentation de plus de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, sans rapport avec ses réserves naturelles connues, attestant du blanchiment de minerais congolais issus de zones occupées. Ces faits constituent, selon le gouvernement congolais, des violations graves du droit international humanitaire, prohibées par la Convention de La Haye de 1907, la quatrième Convention de Genève de 1949 et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Malgré tout, la RDC affirme sa détermination à documenter ces événements et à engager toutes les démarches nécessaires pour que les responsabilités soient pleinement établies. Il appelle la communauté internationale à mesurer l’ampleur de ce drame et à agir face à un système organisé d’exploitation illégale qui met en danger des populations civiles.
Tout en réaffirmant son engagement en faveur d’une paix durable, notamment à travers les accords de Washington et le processus de Doha, Kinshasa souligne que cet engagement ne saurait justifier l’impunité ni occulter les crimes et violations graves commis sur le territoire national. L’administration Tshisekedi assure aux familles des victimes que l’attention et le soutien de l’État leur sont pleinement acquis.





