Conflit au Nord-Kivu Un an après la chute de Goma

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Conflit au Nord-Kivu Un an après la chute de Goma
Conflit au Nord-Kivu Un an après la chute de Goma

Africa-Press – Congo Kinshasa. Un an après la chute de Goma, hub urbain régional situé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), aux mains du groupe rebelle M23 (Mouvement du 23 mars), le conflit continue de marquer le quotidien dans la région.

Aux premières heures du 27 janvier 2025, le M23 a pris le contrôle d’une grande partie de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, qui compte deux millions d’habitants, après d’intenses combats avec les forces gouvernementales.

Pour de nombreux habitants, le choc de cette journée reste encore très vif. Parfait Famba se souvient avoir été réveillé par le bruit des armes lourdes qui résonnaient à travers Goma.

« Entre 11 heures et midi, la situation s’est brusquement aggravée et tout le monde a été contraint de rester enfermé chez soi », a-t-il dit.

« Nous avons trouvé des corps presque partout. Il n’y avait aucun passage possible. Nous étions tellement effrayés que nous sommes restés à l’intérieur pendant presque toute la semaine », a-t-il expliqué. « Je pensais que nous allions tous mourir ».

Au-delà de la violence immédiate, la guerre a profondément bouleversé la vie quotidienne. La fermeture prolongée de l’aéroport et des banques a accentué l’isolement économique de la ville, poussant les transactions et les moyens de subsistance au bord de l’effondrement.

« Les affaires sont presque à l’arrêt », a déclaré Adeline Muhanzi, commerçante du centre-ville. « Sans banques ni vols réguliers, tout est devenu plus cher ».

De se rendre à la capitale congolaise, Kinshasa, implique désormais de transiter par l’Ouganda ou le Rwanda via des vols internationaux, une option financièrement hors de portée pour une grande partie de la population.

Sylvain Kasidika décrit la situation comme un calme fragile, assombri par de profondes difficultés économiques. « Nous souffrons énormément parce qu’il n’y a plus de circulation d’argent dans la ville ».

Buyana Batende, mère de plusieurs enfants, a expliqué que l’arrivée de la guerre avait immédiatement provoqué une crise économique au sein de son foyer.

« Nous avons commencé à manquer de nourriture à la maison », a-t-elle confié. Avec le soutien d’une association locale, elle a obtenu un petit prêt pour lancer une activité de petit commerce. « Mais il y a toujours très peu d’argent en circulation dans la ville. J’essaie simplement de trouver de quoi nourrir mes enfants ».

Paul Kashanvu, blessé lors des combats, a estimé que la résilience des habitants de Goma repose désormais sur le courage, l’intelligence et la réduction des dépenses.

« Là où nous dépensions 1.000 francs (0,44 dollar américain), nous n’en dépensons plus que 500 (0,22 dollar). Là où nous mangions du poisson, nous mangeons désormais des légumes », a-t-il indiqué.

En l’espace d’un an depuis la chute de Goma, le M23, intégré dans la plateforme politico-militaire de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), a revendiqué une évolution de son mode d’organisation, tout en renforçant sa présence sur certains territoires, où il a mis en place des structures administratives parallèles.

Le mouvement affirme avoir renforcé sa chaîne de commandement et amélioré la formation de ses combattants.

La présence rebelle s’est solidement établie autour de Goma, notamment dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo dans la province du Nord-Kivu.

A Goma, la rébellion contrôle la principale frontière avec le Rwanda, ainsi que le poste de Bunagana avec l’Ouganda, des points de passage générant des recettes estimées à plusieurs centaines de milliers de dollars par mois.

Selon un rapport du Groupe d’experts des Nations Unies publié en décembre 2025, le M23 a poursuivi l’extension de son contrôle sur des zones minières stratégiques dans la province du Sud-Kivu, consolidant ainsi son accès à des ressources minérales contribuant au financement de ses activités armées.

Le gouvernement congolais dénonce cette situation, qu’il qualifie « d’occupation illégale et de tentative de légitimation d’un groupe armé soutenu de l’extérieur », selon Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement de la RDC.

Le M23 « ne quittera aucune entité des territoires libérés », selon un communiqué publié lundi par la rébellion.

Malgré la répétition des annonces de cessez-le-feu et l’enchaînement de cycles de médiation diplomatique au cours de l’année écoulée, les hostilités n’ont jamais totalement cessé.

Des affrontements sporadiques continuent d’être signalés sur différents fronts du Nord-Kivu, principalement dans les territoires de Masisi et de Rutshuru.

« La situation reste volatile, avec un risque permanent de reprise des combats à grande échelle », a estimé un officier de l’armée congolaise interrogé par Xinhua. « Les politiciens vont continuer à discuter et l’armée fera sa part ».

Sur le plan politique, les efforts diplomatiques se sont multipliés sans déboucher sur une solution durable. Les médiations facilitées par l’Union africaine et d’autres parties au sein de la communauté africaine n’ont pas permis de rapprocher les positions.

Les Etats-Unis et d’autres partenaires internationaux appellent régulièrement à la désescalade et au dialogue, sans parvenir à infléchir de manière significative la dynamique du conflit sur le terrain.

Dans le dialogue direct sous l’égide du Qatar, Kinshasa exige le retrait total du M23 et le rétablissement de l’autorité de l’Etat, tandis que la rébellion réclame un dialogue direct pour aborder ce qu’elle qualifie de « causes profondes » du conflit, notamment liées à la gouvernance du pays.

Une nouvelle tentative de médiation, portée par l’Angola, est évoquée comme une possible relance du dialogue. Mais pour de nombreux observateurs, les chances de succès restent limitées tant que les positions demeurent figées.

« Le M23 se sent en position de force, et le gouvernement refuse toute concession perçue comme une capitulation », a reconnu sous couvert d’anonymat un notable du Nord-Kivu, ancien membre du gouvernement.

Cela complique encore la situation sur le terrain, a-t-il ajouté, estimant toutefois qu’il n’existe pas d’alternative crédible à un véritable processus politique.

Un an après la chute de Goma, entre consolidation du contrôle rebelle, impasse diplomatique et souffrances persistantes des civils, l’est de la RDC continue de s’enfoncer dans un conflit sans issue clairement définie.

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