Identité Nationale Et Droit D’Être Congolais

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Identité Nationale Et Droit D'Être Congolais
Identité Nationale Et Droit D'Être Congolais

Africa-Press – Congo Kinshasa. Pendant des décennies, la République démocratique du Congo a tout perdu ou presque. Des vies, par millions. Des territoires, disputés ou abandonnés. Des richesses naturelles, exploitées sans que la Nation n’en récolte les fruits. Des promesses de paix, trop souvent différées. Il reste pourtant une chose que les Congolais ont conservée, parfois comme un dernier refuge: leur identité. Le simple fait d’être Congolais. Un droit fondamental, intangible, qui ne se négocie pas et ne se délègue pas.

Aujourd’hui, ce droit est à son tour exposé à un risque discret mais profond: celui d’une approche précipitée, fragmentée et mal gouvernée de l’identité nationale.

L’identité nationale n’est pas un projet parmi d’autres

On parle souvent de l’identité nationale comme d’un programme administratif ou d’un chantier technologique. C’est une erreur de perspective. L’identité nationale n’est ni un service public ordinaire, ni un simple outil de modernisation.

Elle constitue le socle juridique, politique et symbolique de l’État.

C’est par elle que l’État reconnaît ses citoyens. C’est par elle que s’organisent les droits, la sécurité, la fiscalité, les élections, la protection sociale. C’est par elle que la Nation se définit et se protège.

Mal conçue, l’identité nationale fragilise l’État. Fragmentée, elle divise la société.

Mal gouvernée, elle ouvre la voie aux abus, à l’exclusion et à la contestation permanente de l’autorité publique.

Une tentation dangereuse: aller vite, montrer, communiquée

Dans un contexte de fortes attentes sociales et politiques, la tentation est grande d’aller vite. De lancer. De montrer des résultats visibles. D’annoncer des solutions technologiques comme des réponses immédiates à des problèmes anciens.

Mais en matière d’identité nationale, la vitesse est souvent l’ennemie de la solidité

L’histoire récente, en Afrique comme ailleurs, montre que les échecs les plus coûteux ne proviennent pas d’un manque de technologie, mais d’une absence de gouvernance claire, d’architecture cohérente et de responsabilité institutionnelle.

Un système d’identité mal conçu ne se corrige pas facilement. Il enferme un pays dans ses erreurs initiales pour des générations.

Il n’existe pas deux identités dans un même État

Un État ne peut pas se permettre:

– plusieurs registres concurrents,

– des initiatives parallèles,

– des architectures fragmentées,

– des responsabilités diluées entre institutions.

Il n’existe pas deux définitions légales de la citoyenneté Il n’existe pas deux sources de vérité sur l’identité d’un peuple.

Lorsque l’identité nationale devient un champ de rivalités institutionnelles, de calculs politiques ou d’intérêts économiques de court terme, ce n’est plus un projet de modernisation: c’est une menace pour la cohésion nationale.

La gouvernance, angle mort du débat

Le cœur du problème n’est pas technologique. Il est institutionnel.

Qui décide de l’architecture souveraine de l’identité nationale?

Qui arbitre les choix structurants de sécurité nationale?

Qui contrôle les accès aux données?

Qui rend compte, et devant quelle autorité?

Sans réponses claires à ces questions, aucune technologie, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut garantir la souveraineté de l’État.

La souveraineté numérique commence par la souveraineté de la gouvernance.

Un État peut reconstruire des routes ou des bâtiments, Il peut remplacer des logiciels mais il est beaucoup plus difficile de reconstruire la confiance perdue dans une institution chargée de dire qui existe et qui n’existe pas.

Une responsabilité historique

Pour un pays marqué par les conflits, les allèges et les fractures profondes, la question de l’identité nationale ne peut être traitée à la légère.

Après tant de sacrifices, après tant de vies perdues, la Nation n’a pas le droit de brader le dernier bien commun qui unit tous les Congolais: leur identité.

Ce débat n’est pas idéologique.

Il n’est pas partisan.

Il n’est pas technique.

Il est existentiel.

Gouverner l’identité, c’est gouverner l’avenir

L’identité nationale est une infrastructure invisible, mais déterminante. Elle conditionne la paix durable, la crédibilité des institutions, l’investissement, et la réconciliation entre l’État et les citoyens.

La vraie modernité n’est pas dans la précipitation. Elle est dans la discipline institutionnelle, la clarté des responsabilités et le respect du temps long de l’État.

La question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas dans la précipitation: quand lancer l’identité nationale?

Mais bien: comment garantir qu’elle sera juste, souveraine et durable?

Après les guerres et les pillages, la République démocratique du Congo doit pouvoir répondre sans hésitation: oui, le droit d’être Congolais est protégé et il le restera.

Riccardo LUKUSA, Observateur politique

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