Africa-Press – Congo Kinshasa. Un éboulement aurait tué 200 personnes dans les mines de Rubaya sous contrôle rebelles.
“Vous savez, les mines au Congo sont devenues le plus grand cercueil du pays. Chaque jour, des creuseurs meurent en tentant de gagner quelques sous dans les mines congolaises. Ce qui s’est passé à Rubaya est un drame mais on pourrait parler de catastrophe naturelle. Dans le grand Katanga, chaque jour des dizaines de creuseurs sont tués par la police, l’armée ou la garde républicaine parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment”, explique Jacques (*), habitant de Kolwezi dans la province du Lualaba.
“Les creuseurs artisanaux sont très difficiles à gérer. Ce qui s’est passé à Rubaya est une catastrophe. Le chiffre avancé par les autorités de Kinshasa ne peut pas être vérifié. Personne ne sait combien ils étaient à l’endroit où la falaise s’est effondrée”, explique Alain (*), habitant à la périphérie de Goma, dans le Nord-Kivu, à près de 70 kilomètres du site de Rubaya.
La cité minière s’étend sur des collines abruptes entaillées de ravins aussi profonds qu’impressionnants. L’activité minière artisanale se déroule à flanc de montagne au prix de risques constants pour les creuseurs qui n’ont que cette activité pour gagner de quoi survivre au quotidien. Armés, le plus souvent, de simples pelles et de pioches, ces creuseurs sont la seule source de revenus – maigres – pour leur famille.
Au moins 200 morts
Le gouverneur de la province du Nord-Kivu nommé par le M23, Eraston Bahati Musanga, qui s’est rendu à Rubaya vendredi dernier, a fait état d’un bilan d’” au moins 200 morts”. Ce lundi, un représentant du mouvement rebelle contacté par La Libre explique que le chiffre ne peut encore être confirmé et que des corps ont encore été retirés des gravats pendant le week-end. “À la saison des pluies, les accidents sont très fréquents. On peut essayer de dissuader les creuseurs de se rendre sur les sites, mais il est impossible de les arrêter. C’est leur seul moyen de gagner leur vie. Ils travaillent 7 jours sur 7 et le lieu est immense et on ne peut tout contrôler”.
4 millions de creuseurs au Lualaba
Plus au sud, dans l’ancienne province du Grand Katanga, les experts miniers confirment: “il est impossible d’empêcher aux creuseurs d’accéder aux mines. Ils connaissent chaque recoin et parviennent toujours à se faufiler”, selon Pierre (*), ingénieur, spécialiste des questions minières. À Tenke Fungurume, le principal site de production de cuivre et de cobalt du pays et l’un des trois principaux sites au monde, situé dans la province du Lualaba, au sud-est de la RDC, non loin de la ville de Kolwezi, les récits quotidiens sont dramatiques.
“Ici, les Chinois qui exploitent le site ont expulsé tous les creuseurs artisanaux”, poursuit Pierre. Tous les interlocuteurs pointent du doigt la militarisation du site et la tentative de “fermer tous les accès”. Des milliers de creuseurs se retrouvent ainsi sans emploi. “Ils sont totalement aux abois. Il y a déjà eu des dizaines de manifestations, toutes ont été dispersées par les forces de l’ordre qui n’hésitent pas à tirer à balles réelles. Ici, on tue sans vergogne. Les agents savent qu’ils sont couverts par le sommet du pouvoir qui a pactisé avec les Chinois. Tout est dans la plainte déposée chez vous, en Belgique, contre les membres de la famille présidentielle”, poursuit notre interlocuteur, qui enchaîne: certains creuseurs tentent de pénétrer sur le site pendant la nuit. ils s’insinuent dans d’étroits boyaux pour tenter d’arracher à la terre de quoi manger. S’ils sont surpris, ils sont abattus. Si des entrées de galerie sont découvertes, elles sont rebouchées au bulldozer, parfois cimentées, et les creuseurs sont ensevelis ou enfermés vivants.”
“On a atteint un niveau d’inhumanité impensable par cupidité”, explique Alain. “Certains dignitaires du régime, qui se trouvent à Kinshasa, ont même le cynisme d’ouvrir des comptoirs pour racheter à bas prix la production de ces creuseurs. Les acheteurs savent que ce qui leur est présenté a été obtenu au prix de risques insensés et en toute illégalité. Mais ils s’en moquent, ils empochent des bénéfices faramineux.”
“Des milliers de Katangais sont victimes de cette dérive, mais aussi de très nombreux Kasaïens qui ont quitté la province du président parce qu’ils y meurent de faim. Le plus souvent, ils n’ont pas de famille ici. S’ils disparaissent, s’ils sont enterrés en catimini ou ensevelis dans les mines, leur famille ne le saura jamais. Ces gens n’ont rien. Même pas un petit GSM. C’est une mer de disparus qui gonfle tous les jours”, conclut l’ingénieur en partageant des vidéos de ces manifestations de la faim réprimées dans le sang.





