Autopsie de la tournée d’Antony Blinken en RDC et au Rwanda

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Autopsie de la tournée d'Antony Blinken en RDC et au Rwanda
Autopsie de la tournée d'Antony Blinken en RDC et au Rwanda

Africa-Press – Congo Kinshasa. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken vient de boucler sa tournée africaine au Rwanda, où il s’est entretenu avec les autorités rwandaises. Bien que cette tournée ait fait l’objet de nombreuses analyses et supputations, que retenir de son passage dans la région des Grands Lacs africains, notamment en RD Congo et au Rwanda, deux pays en froid depuis la résurgence des « rebelles » tutsis rwandais du M23 dans l’Est congolais soutenus par Kigali ?

À première vue, on pourrait dire pas grand-chose. Mais quelques enseignements peuvent tout de même être tirés de sa « petite » balade au cœur de l’Afrique. Primo, la position des États-Unis vis-à-vis des problèmes d’instabilité que connaît la RDC à cause de son minuscule et nocif voisin rwandais n’a pas vraiment changé. Secundo, cette « diplomatie du statu quo » ne signifie pas pour autant que Kigali est dans les bonnes grâces de Washington.

En effet, quand on analyse la conférence de presse conjointe d’Antony Blinken et de son homologue rwandais Vincent Biruta, on peut bien voir que le temps des sourires et des franches accolades entre Américains et Rwandais semblent bien loin. D’aucuns pourraient alors se demander pourquoi les États-Unis continuent de se montrer assez « coulants » à l’égard du Rwanda, qui ne cesse pourtant de déstabiliser l’est de la RDC.

En fait, les États-Unis essaient d’adopter une position d’équilibriste dans la région des Grands Lacs, de sorte à maintenir un statu quo qui fasse l’affaire de tout le monde, tout en permettant à l’Amérique de tirer son épingle du jeu. Une telle position ne peut tenir que si la région connaît une certaine stabilité. Or le Rwanda déstabilise la RDC tout en entretenant des relations assez tendues avec ses autres voisins (Burundi et Ouganda). Cette situation, qui horripile de plus en plus certains membres de l’establishment américain, place Washington dans une position délicate.

Les États-Unis tiennent à la RDC pour des raisons évidentes liées à ses ressources naturelles et à sa position stratégique au cœur de l’Afrique ; et avec le Rwanda, les relations sont au beau fixe dans le domaine militaire. Or, face à l’hypocrisie et/ou l’ambiguïté des Occidentaux dans les dossiers du M23 et du mécanisme de notification relatif à l’achat de certaines armes de guerre, Kinshasa n’a pas hésité à faire les yeux doux à la Russie, qui s’est montrée disposée à le soutenir dans plusieurs domaines. Début juillet, le haut représentant de Félix Tshisekedi et coordonnateur du mécanisme national de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS), Claude Ibalanky, s’est entretenu avec le chargé d’affaires de la Fédération de Russie à Kinshasa, Victor Tokmakov.

Non seulement les deux hommes ont parlé des perspectives de coopération entre la Russie et la RDC à tous les niveaux, mais le représentant russe a déclaré que son pays était prêt à soutenir le pays de Lumumba dans les domaines de la sécurité et de la défense. Une telle déclaration ne peut laisser indifférents les responsables américains, qui tiennent à la RDC, pour ne pas dire à ses ressources naturelles stratégiques, comme à la prunelle de leurs yeux — pour reprendre une formule de l’ancienne secrétaire d’État US Madeleine Albright qui disait tenir aux [extrémistes] tutsis du Rwanda, qui venaient d’envahir la RDC pour une seconde fois en août 1998, comme à la prunelle de ses yeux.

Pour les Américains, l’enjeu se présente comme suit : faire pression sur le Rwanda tout en faisant en sorte que la RDC, qui flirte déjà avec la Chine, ne se retrouve pas dans l’escarcelle de la Russie. Cette approche place le département d’État et le département de la Défense dans une position délicate dans la mesure où le premier exerce des pressions sur Kigali au plan diplomatique quand le second lui apporte un soutien non négligeable dans le domaine militaire.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, le démocrate Robert Menendez, a demandé à Blinken de revoir la politique américaine à l’égard du Rwanda, tout en annonçant qu’il mettrait en suspens toute assistance sécuritaire à Kigali, à commencer par une aide de plusieurs millions de dollars destinée aux soldats rwandais participant aux missions de l’ONU. Une décision lourde de signification quand on sait que les États-Unis sont le plus grand donateur bilatéral du Rwanda, avec 145 millions de dollars d’aide proposée pour 2023…

Entre-temps, les États-Unis surveillent de près la situation politique en RDC. La plus grande crainte des responsables américains a toujours été d’avoir un Congo qui navigue à vue, de sorte à être exposé à toutes les velléités. Or la gestion du Congo par Félix Tshisekedi ne rassure pas du tout à Washington. En effet, nombreux sont les diplomates occidentaux qui estiment que le pays de Lumumba n’est pas dirigé ; une sorte de non-État ayant sa tête un individu qui joue le rôle de président.

Ce qui constitue un réel problème à leurs yeux compte tenu des velléités des autres grandes et moyennes puissances rivales à l’égard du Congo. La présidentielle de 2023 devrait régler le problème, et ce n’est pas un hasard si Antony Blinken a insisté sur la nécessité d’organiser les élections dans les délais. Pour les responsables américains et occidentaux, l’après 2023 ne doit pas être égal à l’avant 2023…

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