Conséquences Sanitaires Dramatiques Après Coups USAID

1
Conséquences Sanitaires Dramatiques Après Coups USAID
Conséquences Sanitaires Dramatiques Après Coups USAID

Africa-Press – Congo Kinshasa. Près d’un an après le gel de 83 % des programmes de l’agence américaine pour le développement international (USAID), les conséquences sanitaires se font durement sentir sur le continent africain. Au Malawi, un million de séropositifs sont privés de traitements antirétroviraux, en Guinée deux millions de moustiquaires manquent, et le bilan humain pourrait déjà se chiffrer à plusieurs centaines de milliers de morts dans le monde.

Début 2025, le gouvernement américain de Donald Trump engageait un vaste programme de coupes financières à l’aide internationale, notamment en matière de santé. Annoncée en janvier, quelques jours après l’investiture du président, la baisse des financements visait en premier lieu l’Agence américaine chargée du développement international (USAID).

Quelque 83 % des programmes ont été gelés, portant un coup sévère à la lutte contre le VIH, la tuberculose, le paludisme et d’autres maladies. Les États-Unis représentaient 40 % de cette aide internationale. Un an plus tard, plusieurs pays africains illustrent l’ampleur du désastre sanitaire.

Au Malawi, un million de séropositifs en danger

Le retrait de l’USAID a anéanti des décennies de progrès dans la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose au Malawi. Les services de contraception gratuite dans les cliniques de planning familial ont également été impactés. Le planning familial local (FPAM), pilier des soins de santé ruraux, a dû mettre à l’arrêt ses dispensaires mobiles qui constituaient le seul lien médical pour des villages isolés.

« Nous risquons de perdre tous les acquis que nous avons enregistrés au fil des années », explique le directeur exécutif de l’association. Le soutien, le traitement et la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/sida ont fortement diminué. Environ un million des quelque 22 millions d’habitants du Malawi vivent avec le VIH. Les États-Unis finançaient auparavant 60 % du budget dédié aux traitements dans le pays.

Le Malawi demeure l’un des pays les plus touchés par le VIH, avec un taux de prévalence de 6,2 % chez les adultes en 2024, d’après le programme dédié des Nations unies (Onusida). Il atteignait 15 % à l’orée des années 2000. Chisomo Nkwanga, un homme séropositif qui vit dans la ville septentrionale de Mzuzu, témoigne auprès de l’AFP de l’effet concret de la décision américaine. Son prestataire habituel lui fournissant sa vitale thérapie antirétrovirale ayant disparu, il s’est tourné vers un hôpital public.

« Un soignant m’a crié dessus devant tout le monde », se souvient-il. « Ils m’ont dit: toi le gay, tu viens maintenant fréquenter nos hôpitaux depuis que les Blancs ne soutiennent plus ton comportement malsain? » « J’ai laissé tomber », raconte-t-il en se décrivant comme un « mort-vivant », en sursis sans traitement.

En Guinée, deux millions de moustiquaires manquantes

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le paludisme demeure la première cause de mortalité infantile et le premier motif de consultation dans les centres de santé. Pour répondre à ce défi sanitaire, les autorités procèdent tous les trois ans à une vaste distribution de moustiquaires à travers le pays, appuyées par des ONG et des partenaires internationaux.

Pour la campagne 2025, huit millions de protections avaient été prévues pour un peu plus de 15 millions d’habitants. La moitié était financée par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Sur ce total, deux millions de pièces qui devaient être fournies par l’Usaid ne sont jamais arrivées en Guinée, en raison de la décision de Donald Trump.

Interrogé par le quotidien français Le Monde, le directeur exécutif du Réseau national des associations de lutte contre le paludisme explique: « Nous n’avions pas assez de moustiquaires. Les autorités ont donc fait le choix de donner la priorité à l’intérieur du pays et d’exclure la région de Conakry, alors qu’il s’agit d’une zone hyperendémique. »

Les effets de l’arrêt de l’Usaid vont bien au-delà du manque de moustiquaires. La suppression des projets soutenus par l’agence américaine – financés à hauteur de 72 millions de dollars en 2024, contre 23 millions en 2025 – a profondément déstabilisé l’ensemble du dispositif de lutte contre le paludisme. Ces financements permettaient notamment l’emploi d’environ 500 agents communautaires chargés de sensibiliser les populations et d’assurer le dépistage ainsi que la prise en charge des malades dans les zones isolées. Tous ont été remerciés. Selon le Réseau national, cette rupture s’est traduite, dès 2025, par une augmentation de la prévalence dans les régions jusque-là couvertes par des programmes de l’Usaid

Des exemples alarmants à travers le continent

Une enquête publiée mardi 20 janvier 2026 par Coalition Plus – une organisation rassemblant les principales associations françaises de lutte contre le VIH – et réalisée auprès de 79 ONG dans une cinquantaine de pays, montre que leur fonctionnement a été affecté partout dans le monde. Quatre cinquièmes de ces ONG ont dû réduire de moitié leur distribution de la PrEP, un traitement préventif considéré comme un axe majeur de lutte contre le VIH.

Selon un communiqué de Médecins sans Frontières publié mercredi 21 janvier 2026, les exemples se multiplient. En Somalie, les perturbations de l’aide ont interrompu pendant des mois les livraisons de lait thérapeutique. Le nombre d’enfants gravement malnutris admis dans les structures soutenues par MSF est passé de 1.937 dans les neuf premiers mois de 2024 à 3.355 sur la même période en 2025. À l’hôpital régional de Baidoa Bay, les décès parmi les enfants gravement malnutris ont augmenté de 44% au premier semestre 2025.

En République démocratique du Congo, le démantèlement de l’USAID a entraîné l’annulation d’une commande de 100.000 kits post-viol, qui comprenaient des médicaments pour prévenir le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. Les équipes de MSF ont pris en charge 28.000 survivantes de violences sexuelles au premier semestre 2025 dans ce pays.

Selon RFI, au Soudan du Sud, l’assistance américaine a été divisée par plus de quatorze entre 2024 et 2025. Dans la localité de Gurei, le centre de nutrition qui prend en charge des enfants en malnutrition sévère s’est retrouvé quasiment vide dès mars 2025. À Addis-Abeba, dans un centre de prévention du sida, les séances de prévention et les tests n’ont pu être organisés pendant deux mois, selon une responsable interrogée par RFI.

« L’Afrique est un théâtre périphérique »

Une révélation du Guardian vient illustrer le changement de doctrine américaine envers le continent africain. Des diplomates américains ont été encouragés à rappeler aux gouvernements africains, de manière « décomplexée et agressive », la « générosité » du peuple américain, afin de « faire avancer les intérêts » des États-Unis. Ces consignes figurent dans un email envoyé en janvier 2026 au personnel du Bureau des affaires africaines du département d’État américain, obtenu par le quotidien britannique.

« Pour le dire clairement, l’Afrique est un théâtre périphérique – et non central – des intérêts américains », écrit Nick Checker, nouveau chef du Bureau des affaires africaines nommé début janvier. Il ajoute: « Présenter l’Afrique comme stratégique a souvent historiquement servi des impératifs bureaucratiques et moraux, pas des intérêts concrets. »

Dans ce même message, Nick Checker estime: « Il n’est pas déplacé de rappeler à ces pays la générosité du peuple américain dans la lutte contre le VIH/sida ou dans l’atténuation des famines. »

Critiquée sur le sujet, l’administration Trump souligne qu’elle maintient certains financements jugés les plus cruciaux, par exemple pour faciliter l’accès au lénacapavir, un traitement largement considéré comme une avancée majeure dans la lutte contre le VIH.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here