Quand l’économie est au cœur de la guerre des ADF

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Quand l’économie est au cœur de la guerre des ADF
Quand l’économie est au cœur de la guerre des ADF

Africa-Press – Congo Kinshasa. À Beni, Mambasa, Lubero, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les Forces démocratiques alliées (ADF) ne sont pas seulement un groupe armé, rapporte le dernier rapport sur « l’irruption des ADF dans les territoires d’Irumu, Mambasa et Lubero », publié par Ebuteli en janvier 2026. Elles sont devenues une entreprise de guerre, fondée sur la prédation, la mobilité et la terreur. Dans ce récent document, l’institut de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence montre la manière dont le groupe armé ADF a fondé son économie sur la terreur.

Depuis près de trois décennies, cette rébellion d’origine ougandaise a muté. Désormais, sa survie repose moins sur une idéologie que sur une économie violente, profondément enracinée dans les territoires forestiers du Nord-Kivu et de l’Ituri. À chaque fois qu’ils sèment la terreur, la population fuit et abandonne tout. Les ADF s’y installent et exploitent les ressources du sous-sol et les champs. Pour les populations qui n’ont nulle part où aller, les rebelles prélèvent des taxes sur les produits de leur récolte.

La population agit de manière inconsciente

Par exemple, à Beni, pendant plusieurs années, les relations entre les ADF et les communautés locales de ce territoire ont été relativement pacifiques. En 1999, les combattants ADF vont s’installer dans la zone d’Eringeti, rapportent les résultats des enquêtes d’Ebuteli. Ils s’y lancent dans l’exploitation du bois, du cacao et de l’or, avec l’accompagnement de chefs locaux et en entretenant des relations avec les populations locales, particulièrement avec les communautés dites minoritaires.

Selon Ebuteli, pendant des années, elles ont été impliquées dans la contrebande entre la RDC et l’Ouganda. Grâce à leurs revenus, elles auraient mis en place des activités commerciales par l’entremise de collaborateurs dans les cités de Beni, Eringeti et Butembo. Ces collaborateurs sont répartis en trois groupes. Il y a les fournisseurs. Ces derniers sont des commerçants et transporteurs qui leur vendent des biens et services, notamment de la nourriture et des médicaments.

« Au début, les contacts avec ce groupe se passaient par des relations commerciales, moyens qui avaient l’air légaux. Les civils ne se doutaient pas qu’ils participaient à un réseau criminel. C’est souvent longtemps après qu’ils s’en rendaient compte ».

Le deuxième type de collaborateurs est constitué des pisteurs. Ils sont souvent recrutés contre la promesse de paiements en espèces ou en nature (cacao) ou de force. Le troisième groupe comprend des militaires FARDC et parfois leurs dépendants qui détournent les armes et munitions de l’armée pour les vendre aux ADF. Les paiements se font parfois en nature.

Les liens contribuent à l’expansion

De son côté, l’Institut d’études de sécurité (ISS) indique dans son rapport publié en septembre 2025 que les liens de l’ADF avec l’économie locale ont contribué à son expansion. Les données de l’ISS révèlent que, même si les opérations militaires ont réduit l’emprise des ADF sur l’exploitation des ressources, le commerce transfrontalier et le contrôle des terres depuis 2014, le groupe reste actif dans le trafic d’or, de cacao et de bois. L’Ouganda reste un débouché important, les marchandises de contrebande contournant très souvent les marchés congolais.

« Le commerce transfrontalier de l’ADF suggère que le groupe s’appuie sur des corridors commerciaux illicites. Ce qui est une pratique courante des groupes armés en Afrique. Son ancrage dans les réseaux économiques locaux renforce son modèle de financement. Les motos-taxis et les transporteurs sont parfois contraints d’acheminer des combattants, des marchandises et des armes. »

Le difficile ancrage économique sous pression sécuritaire

En 2014, quand l’armée congolaise a lancé l’opération Sukola I conduite par le général Bahuma Ambamba avec l’appui de la Monusco, les ADF seront visibles à Mugulumugulu et à Malibongo où elles vont exploiter le bois et l’or. Ces marchandises sont revendues à travers leurs collaborateurs, dont des commerçants des grandes agglomérations. En retour, ils obtiennent des produits manufacturés et pharmaceutiques. Dans certains endroits de la chefferie des Walese-Vonkutu, souligne le rapport, les ADF vont même faire payer une taxe aux exploitants de bois.

« Les ADF commettent des incursions pendant la période de récolte. Ils emportent avec eux des produits agricoles vivriers, qu’ils peuvent échanger par l’entremise de leurs collaborateurs contre des produits manufacturés et pharmaceutiques ».

Une relation en souffrance

À Mambasa, les ADF vont toutefois rencontrer des difficultés pour nouer des relations avec les communautés locales. Celles-ci semblent limitées à leurs ravitailleurs en nourriture ou en médicaments et à leurs pisteurs. Ebuteli mentionne Butembo comme le carrefour commercial auprès duquel elles continuent de s’approvisionner.

Pour l’illustrer, des témoins cités par Ebuteli expliquent un fait: « Nous avons rapporté des faits qui ont eu lieu en septembre 2024 à Biakato. Un camion en provenance de Butembo s’était arrêté un soir près de l’école primaire Métale. Il contenait notamment du riz, de l’huile, des œufs et des sardines. »

La documentation d’Ebuteli note qu’à partir d’avril 2025, les ADF ont semblé mettre en place une stratégie inédite. Il s’agit de la mise en place d’un système de « jetons » pour les agriculteurs, charbonniers, bûcherons et pêcheurs, dans la chefferie de Babila-Bakwanza en territoire de Mambasa et de certaines zones du territoire d’Irumu. Cette procédure consiste en une identification et une taxation, c’est-à-dire, après avoir prélevé cette taxe (10 USD par mois et par personne) et les avoir pris en photo. Les ADF s’engagent à laisser aux habitants un libre accès à leur zone d’activité. Le prélèvement d’autres taxes se fait sur les emprises foncières (25 USD par hectare) et sur les scies à bois (130 USD).

Il faut noter qu’à Lubero, le rapport d’Ebuteli n’a pas parlé des activités économiques, hormis les pillages.

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