Accusations de Crimes de Guerre Contre le M23 au Congo

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Accusations de Crimes de Guerre Contre le M23 au Congo
Accusations de Crimes de Guerre Contre le M23 au Congo

Africa-Press – Congo Kinshasa. Une enquête internationale sur les droits de l’homme a révélé que le mouvement 23 mars, en collaboration avec le mouvement des Forces de défense rwandaises, a commis une série de violations graves du droit international humanitaire dans la ville d’Ovira, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, durant une période d’occupation allant du 10 décembre 2025 au 17 janvier 2026.

Selon les enquêtes d’une organisation de défense des droits de l’homme, de nombreuses violations relèvent de « crimes de guerre », incluant des meurtres illégaux, des exécutions sommaires, des viols et des violences sexuelles, ainsi que des disparitions forcées, en plus du recrutement forcé de civils.

Ovira est tombée aux mains des forces attaquantes quelques jours après un accord de paix parrainé par les États-Unis entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, un accord qui n’a pas empêché l’escalade des opérations militaires, suivi d’un effondrement sécuritaire généralisé et du déplacement de dizaines de milliers de personnes.

Détails de l’attaque et chute de la ville

Le 10 décembre 2025, le mouvement 23 mars et les forces rwandaises ont pénétré dans la ville d’Ovira après des affrontements dans la région du Sud-Kivu. Au matin du même jour, les combats à l’intérieur de la ville avaient considérablement diminué, indiquant que le contrôle militaire avait été établi après le retrait des forces congolaises et des milices « Wazalendo ».

Des témoins ont rapporté que l’armée congolaise et ses alliés avaient presque entièrement fui avant l’entrée des forces attaquantes, laissant les civils sans protection. Avec l’arrivée des nouvelles troupes, des opérations de fouille ont commencé dans les quartiers résidentiels, accompagnées de tirs aléatoires visant particulièrement les hommes et les garçons.

Les meurtres ont été justifiés par des accusations répétées des victimes d’appartenir aux milices « Wazalendo », des groupes locaux soutenant le gouvernement congolais.

Exécutions sommaires à l’est de la RDC

L’organisation de défense des droits de l’homme a documenté au moins 62 cas de meurtres illégaux et d’exécutions sommaires durant la période d’occupation, tandis que des estimations sur le terrain suggèrent que le nombre réel pourrait être beaucoup plus élevé.

Les violations se sont concentrées dans les quartiers de Kasenga et Rugingu, où les forces attaquantes ont mené des opérations de fouille de maison en maison, se terminant par l’exécution d’hommes et de garçons sur place ou leur enlèvement vers des lieux inconnus.

Dans l’une des attaques, des tirs ont été ouverts sur des civils à l’intérieur d’un restaurant dans le quartier du port, tuant cinq personnes. Dans un autre incident, des tireurs ont ouvert le feu sur des pêcheurs sur les rives du lac Tanganyika, tuant au moins trois personnes.

Des survivants ont également documenté des meurtres alors qu’ils tentaient de fuir vers le Burundi ou vers les collines environnantes, où des tirs ont été dirigés sur des groupes familiaux entiers en fuite.

Un témoin a déclaré avoir perdu quatre membres de sa famille lorsqu’ils ont été abattus en tentant de quitter la ville, décrivant la scène comme chaotique et violente, selon l’enquête sur les droits de l’homme.

Fouilles de maison en maison

Avec le début du contrôle total de la ville, les opérations militaires se sont transformées en campagnes de fouille à l’intérieur des quartiers, en particulier à Kasenga.

Dans de nombreux cas, des groupes armés ont envahi des maisons, posant des questions sur les liens des habitants avec les milices « Wazalendo », avant de tirer immédiatement sur eux.

Les milices « Wazalendo », également connues sous le nom de « Mai Mai », constituent un vaste réseau de groupes d’autodéfense locaux formés pour résister à ce qu’ils considèrent comme « les ambitions expansionnistes du Rwanda ».

Selon l’enquête de l’organisation, plusieurs cas d’exécutions de familles entières ont été documentés, y compris quatre frères tués chez eux, ainsi qu’un homme et son fils, tandis qu’un enfant a survécu dans l’un des cas malgré une blessure par balle et une blessure par une lance.

Une fillette de sept ans a également été tuée après avoir été abattue devant sa mère, tandis que son père est toujours porté disparu.

Les témoignages indiquent que les meurtres étaient systématiques, souvent accompagnés de menaces et d’insultes envers les civils, y compris de fausses justifications selon lesquelles les victimes « apportaient la paix ».

Violence sexuelle et effondrement sanitaire

La période d’occupation a été marquée par une forte augmentation de la violence sexuelle, l’organisation ayant documenté des cas de viols commis par les forces du 23 mars et des éléments soupçonnés d’appartenir aux forces rwandaises, ciblant des femmes et des filles dans les maisons et les champs.

Certaines victimes ont été violées sous la menace d’une arme, tandis que des membres de leur famille ont été tués lorsqu’ils ont tenté d’intervenir.

Le Fonds des Nations Unies pour la population a signalé plus de 80 000 cas de viols à l’est de la RDC en 2025, reflétant l’ampleur de la crise.

De nombreuses victimes ont également été privées de soins psychologiques ou juridiques, certaines ayant dû se tourner vers des pharmacies ou des traitements rudimentaires sans supervision médicale.

Disparitions et recrutement forcé

L’organisation de défense des droits de l’homme a documenté 12 cas de disparitions forcées durant la période d’occupation, impliquant des hommes, des femmes et un garçon, qui ont été emmenés par les forces vers des bases militaires sans accusations claires.

Dans plusieurs cas, des personnes ont été arrêtées dans des lieux publics et emmenées directement, sans que leur sort soit connu jusqu’à présent.

Les enquêtes suggèrent également que ces cas pourraient faire partie d’un schéma plus large de recrutement forcé pratiqué par le 23 mars, où des civils ont été retenus dans des camps d’entraînement ou des bases militaires.

Dans un incident documenté, un garçon de 16 ans a été emmené devant ses amis et n’a plus donné de nouvelles depuis.

Cadre juridique et responsabilité internationale

Les violations survenues à Ovira font partie d’un conflit armé soumis au droit international humanitaire, y compris les Conventions de Genève.

Selon l’évaluation de l’organisation, la nature des opérations militaires et le contrôle effectif sur des zones à l’est de la RDC indiquent que le Rwanda exerce une influence directe sur les forces du 23 mars, ce qui pourrait en faire une entité légalement responsable en tant que puissance occupante.

De plus, le caractère systématique des violations, notamment les exécutions sommaires et les meurtres de masse, suggère une possible implication de dirigeants militaires et politiques dans des crimes de guerre nécessitant enquête et responsabilité.

Conclusions générales et conséquences

L’enquête de l’organisation de défense des droits de l’homme conclut que ce qui s’est passé à Ovira ne constitue pas une série d’incidents isolés, mais un schéma large et organisé de violations contre des civils, ciblant particulièrement les hommes et les garçons, ainsi que les femmes victimes de violence sexuelle.

L’enquête avertit que l’absence de responsabilité pourrait conduire à la répétition de ces violations dans d’autres régions de l’est de la RDC, surtout dans le contexte de la poursuite du conflit armé et de la faiblesse des institutions judiciaires.

Elle souligne également que la protection des civils nécessite des enquêtes internationales indépendantes et la responsabilité de tous les responsables, qu’ils soient du 23 mars, des forces rwandaises ou de toute autre partie locale impliquée.

Recommandations de l’enquête de l’organisation de défense des droits de l’homme
Au gouvernement rwandais:

– Respecter le droit international humanitaire dans toutes les opérations militaires en République démocratique du Congo.

– Mettre fin à toute forme de soutien apporté au mouvement 23 mars qui facilite ou contribue matériellement à ses opérations militaires en RDC.

– Suspendre les membres des forces rwandaises impliqués dans des violations du droit international humanitaire à l’est de la RDC et prendre des mesures disciplinaires appropriées ou les juger dans des procès équitables et transparents, y compris les dirigeants responsables des violations au sein des Forces de défense rwandaises.

– Mener des enquêtes rapides, transparentes et impartiales sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par des éléments du 23 mars, et les juger dans des procès équitables et transparents.

– Fournir des compensations urgentes et adéquates aux victimes des violations commises par les forces rwandaises et le mouvement « M23 » en RDC et à leurs familles.

Au 23 mars et aux forces rwandaises:

– Libérer immédiatement et en toute sécurité les civils et autres personnes détenues de manière arbitraire, y compris ceux ayant subi un recrutement forcé en RDC, et garantir un traitement humain de tous les détenus conformément au droit international des droits de l’homme et au droit international humanitaire.

– Permettre la réalisation d’enquêtes par des organismes régionaux et internationaux et des observateurs indépendants des droits de l’homme concernant la situation des droits de l’homme dans les zones contrôlées par le « 23 mars » et les forces rwandaises.

Au gouvernement de la République démocratique du Congo:

– Respecter le droit international humanitaire dans toutes les opérations militaires à l’est de la RDC.

– Mener des enquêtes rapides, transparentes et impartiales sur toutes les violations alléguées des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par toutes les forces armées et groupes armés impliqués dans le conflit dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, et garantir la responsabilité des responsables par des procès équitables et transparents.

– Établir des chambres judiciaires mixtes spécialisées ou un tribunal similaire au sein du système judiciaire national, comprenant des juges militaires et civils congolais et internationaux, pour examiner les crimes graves passés et en cours.

– Fournir des compensations urgentes et adéquates aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’aux survivants des violations commises par les forces armées congolaises et les groupes armés qui leur sont alliés, y compris les milices « Wazalendo ».

– Permettre la réalisation d’enquêtes par des organismes régionaux et internationaux et des observateurs indépendants des droits de l’homme dans les zones sous le contrôle du gouvernement à l’est de la RDC, et orienter les autorités militaires et administratives pour faciliter l’accès, protéger les témoins et préserver les preuves.

– Demander l’aide des Nations Unies, de l’Union africaine, des pays partenaires et des ONG pour procéder à des exhumations appropriées des corps dans les fosses communes ou collectives à Ovira, et restituer les restes aux familles des victimes.

– Mettre fin à toute forme de soutien matériel aux milices « Wazalendo » et à d’autres groupes armés impliqués dans des violations et alliés aux forces congolaises.

À l’Union africaine:

– Appeler publiquement à une enquête internationale indépendante sur les violations commises à Ovira et dans d’autres régions de l’est de la RDC.

– Mandater la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples pour enquêter sur les violations à l’est de la RDC et en rendre compte.

– Faire pression sur les États membres de l’Union africaine pour qu’ils coopèrent avec les mécanismes de responsabilité, y compris la Cour pénale internationale.

Aux autres gouvernements:

– Soutenir la commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2025, afin d’assurer sa capacité à mener à bien sa mission.

– Imposer des sanctions aux dirigeants du mouvement « 23 mars » et aux dirigeants rwandais ainsi qu’à d’autres individus impliqués de manière avérée dans les violations graves commises à Ovira, y compris par le biais de systèmes de sanctions ciblées.

– Renforcer le soutien à la Cour pénale internationale et à ses enquêtes sur les crimes internationaux graves commis à l’est de la RDC, ainsi que soutenir les efforts locaux pour enquêter, poursuivre et indemniser les violations graves passées et en cours commises par toutes les parties au conflit.

– Soutenir l’établissement de chambres judiciaires mixtes spécialisées ou d’un tribunal similaire au sein du système judiciaire congolais, comprenant des juges militaires et civils congolais et internationaux, pour poursuivre les crimes graves passés et en cours en RDC.

– Réévaluer l’aide et la coopération militaire et sécuritaire avec le Rwanda pour garantir que ce soutien ne contribue pas à alimenter les violations graves à l’est de la RDC.

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