Colonisation: « La Belgique doit expier ce qu’elle a fait au Congo », princesse Marie-Esméralda de Réthy, tante de l’actuel roi Philippe de Belgique

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Colonisation: « La Belgique doit expier ce qu'elle a fait au Congo », princesse Marie-Esméralda de Réthy, tante de l’actuel roi Philippe de Belgique
Colonisation: « La Belgique doit expier ce qu'elle a fait au Congo », princesse Marie-Esméralda de Réthy, tante de l’actuel roi Philippe de Belgique

Africa-Press – Congo Kinshasa. Dans une tribune publiée sur le site « The Brussels Times » et intitulée « Il n’y a pas que les statues, la Belgique doit expier ce qu’elle a fait au Congo », la journaliste, auteure et documentariste Esmeralda de Réthy, également connue sous le nom de Princesse Esmeralda de Belgique, explique que le retrait des statues de son arrière-grand-oncle Léopold II n’est qu’un premier pas. La Belgique doit également s’excuser pour ses atrocités coloniales, commencer à enseigner la véritable histoire de ce qu’elle a fait au Congo et entamer une conversation sur les réparations.

La princesse Marie-Esméralda de Réthy est la fille cadette de Léopold III et de sa seconde épouse Lilian Baels. Elle est aussi la tante de l’actuel roi de Belgique, Philippe. Dans sa tribune, elle rappelle que les manifestations de Black Lives Matter contre les brutalités policières aux États-Unis, suite notamment à la mort de George Floyd, ont trouvé un écho en Europe, où le racisme est ancré dans le système. « En Belgique, les points de mire de la colère étaient les statues du roi Léopold II, qui a présidé au pillage des ressources naturelles du Congo et à l’exploitation violente de sa population », indique la princesse.

Cette dernière poursuit en soutenant que le règne de Léopold II était brutal, même selon les normes de l’impérialisme du 19e siècle. « Il a pris le contrôle personnel du Congo, un territoire de 77 fois la taille de la Belgique, a réduit sa population en esclavage, a pillé ses ressources et a fait des millions de morts. C’était aussi mon arrière-grand-oncle et j’estime qu’il est de ma responsabilité de rejoindre le nombre croissant de Belges qui brisent le tabou pour parler des atrocités coloniales de notre pays », explique la princesse Esméralda.

Elle estime que la colère à l’égard des statues est compréhensible. « Pourquoi les personnes de couleur devraient-elles faire confiance aux mêmes autorités qui ont maintenu en place les monuments des colonisateurs et des marchands d’esclaves ? Ce sont peut-être des symboles, mais ils ne sont pas insignifiants. Leur présence continue est un rappel douloureux des traumatismes historiques. Nous devrions retirer ces statues. Elles glorifient les hommes – et oui, ce sont tous des hommes – qui étaient les suprématistes blancs et qui ont apporté la mort et la souffrance aux indigènes de tant de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique », fait-elle savoir.

Présenter des excuses au Congo et mettre fin à la propagande

Dans cette optique, la princesse Marie-Esméralda de Réthy estime que la Belgique doit également présenter des excuses, même si l’année dernière, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le roi Philippe de Belgique a publié une déclaration exprimant son “profond regret” pour les blessures du passé et que, dans le même temps, une commission parlementaire “Vérité et réconciliation” a été créée pour examiner l’histoire coloniale de la Belgique.

« Ces mesures sont importantes, mais elles ne vont pas assez loin. La Belgique et toutes les anciennes puissances coloniales européennes doivent affronter l’héritage historique du colonialisme et de la suprématie blanche pour construire une société plus juste. Elles doivent dire la vérité. Même si la République démocratique du Congo est indépendante depuis 1960, les écoles de ce pays ont longtemps enseigné aux enfants la “mission civilisatrice” de la Belgique dans son ancienne colonie. Nous devons mettre fin à cette propagande. Nous avons extrait les ressources du pays en recourant au travail forcé, à la terreur et aux meurtres. Le bilan final de notre présence au Congo ne sera jamais connu, mais il se chiffre en millions de morts. Il s’agissait de crimes contre l’humanité », déclare Marie-Esméralda de Réthy.

Pour elle, il faut enseigner aux enfants belges dans les écoles que la richesse et les grands bâtiments de la Belgique ont été financés par la vente d’ivoire, de caoutchouc et de bois pillés dans la colonie de la Belgique qu’était le Congo. « Les Congolais n’avaient pas le droit de posséder des terres ou de voter, presque pas d’accès à l’enseignement supérieur. Le pays appartenait aux Blancs. Les mythes transmis de génération en génération sont une nostalgie coloniale aseptisée. Ils doivent être remplacés par des faits historiques », indique-t-elle.

Parler des réparations et ouvrir une nouvelle page de l’histoire

Par ailleurs, dans sa tribune, la princesse Marie-Esméralda de Réthy estime que la dernière tâche sera de parler des réparations, une conversation difficile, selon elle, mais qu’elle estime qu’il faut avoir si la Belgique veut affronter son passé.

« Il existe différentes façons de procéder, mais cela pourrait commencer par un système commercial plus équitable pour aider le monde en développement et l’annulation des dettes des anciennes colonies. Elle devrait également inclure des mesures visant à mettre un terme à l’exploitation environnementale qui se poursuit aujourd’hui. Je suis ambassadeur du WWF et président du Fonds Léopold III pour l’exploration et la conservation de la nature. Je vois le lien entre le colonialisme, le racisme et la crise climatique, car les ressources naturelles sont toujours pillées dans les pays en développement par les multinationales au profit des consommateurs des pays riches. Cela entraîne la destruction de l’environnement, tandis que les populations autochtones, traitées comme des citoyens de seconde zone, sont déplacées, brutalisées ou assassinées », affirme la princesse Marie-Esméralda de Réthy.

Selon elle, personne aujourd’hui ne peut honnêtement défendre le système colonial fondé sur la prétendue supériorité d’une race et ne peut justifier ce que la Belgique a fait au Congo, Ainsi, elle estime que le moment est venu d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire. « Si nous voulons guérir et nous réconcilier, nous devons commencer par dire la vérité », conclut la princesse Marie-Esméralda de Réthy.

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