DV Lottery: Quelle est la valeur de la nationalité congolaise ? (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)

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DV Lottery: Quelle est la valeur de la nationalité congolaise ? (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)
DV Lottery: Quelle est la valeur de la nationalité congolaise ? (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)

Africa-Press – Congo Kinshasa. La DV lottery édition 2022 vient de finir. Constat : un engouement sans précédent de la population congolaise. Pour comprendre, on peut s’intéresser entre autres aux travaux de l’économiste Branko Milanovic, peu connu dans les arcanes du pouvoir congolais, ou le milieu de l’élite congolaise, me semble-t-il. Pourtant, il s’intéresse à la République démocratique du Congo, particulièrement aux congolais lambda notamment.

Dans son livre Inégalités mondiales : le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances, il en fournit la preuve. Dans ce livre, il recourt également à un de ses articles scientifiques publiés récemment (Global inequality of opportunity: How much of our income is determined by where we live?) dans une des meilleures revues scientifiques d’économie (et dont le succès n’a pas tardé, car cité déjà 169) pour expliquer le différentiel des opportunités.

Avant d’arriver à sa conclusion, rappelons d’abord que la RDC pays a connu l’un des déclins économiques les plus importants de l’Afrique Sub-saharienne : entre 1974-2001, le PIB s’est contracté à 47%, cumulativement. Le taux de croissance de l’économie a été de 1,6% entre 1960 et 2020. Et la croissance du PIB per capita (proxy du niveau de vie) se situe à -1,3% dans le Congo d’après indépendance.

Alors que la population a cru à un taux de 2,94%, durant la même période. En 2021, la RDC était classée comme un des pays le plus pauvre du monde, avec un PIB par tête de 517,9 dollars américains (avec l’année 2015 comme référence), soit 0,1 dollar par jour.

Depuis son indépendance, le revenu réel n’a cessé de s’effondre : en 2009, il était, en termes constants, près du tiers de la valeur en 1960. De fait, la RDC a enregistré la plus forte chute de revenu par tête parmi tous les pays pour lesquels des données sont disponibles dans le World Development Indicators (WDI), de la Banque mondiale.

Pour l’ensemble du pays, au seuil international de 1,9 USD par jour, selon les données de l’enquête EGI-ODD de 2020, l’incidence de la pauvreté (74,7%) est très élevée si on la compare à celle des autres pays de l’Afrique centrale. Il en est également de la profondeur (36,3%) et de la sévérité de la pauvreté (21,4%).

Pour Branko Milanovic, un tel constat est très intéressant, mais n’illustre pas toujours de la bonne de manière les inégalités d’opportunité auxquelles font face les congolais. Car, il est clair que le monde n’est pas un endroit où les revenus individuels sont répartis de manière égalitaire. Souvent, on indexe le rôle de l’effort et/ou de la chance dans l’explication de la distribution globale des revenus individuels.

Il n’est pas convaincu par cette théorie, comme il le démontre dans l’article cité. Il pense plutôt que le pays de résidence et la répartition des revenus dans ce pays sont indispensables.

Il développe ainsi l’idée qu’il existerait une rente liée à au fait que l’on soit né dans un pays riche qu’il qualifie de « prime de citoyenneté » et si la naissance est dans un pays pauvre, il parle en termes de « pénalité de citoyenneté ».

Utilisant les données microéconomiques (au niveau de chaque ménage) dans son article, Branko Milanovic reproduit les résultats de son étude dans son livre Inégalités mondiales en considérant la RDC comme pays de référence.

Parce que la RDC est un pays pauvre, quelle est l’ampleur de la pénalité de citoyenneté exprimés en termes de gains ? D’abord, constatons par exemple que la prime nationale moyenne pour les Etats-Unis est de 9200%, de 7100% pour la Suède et de 1300% au Brésil. Qu’est-ce qui se passe pour la RDC quand on la compare aux Etats-Unis par exemple ?

Le simple fait d’être né aux Etats-Unis plutôt qu’au Congo vous donne la possibilité d’avoir un revenu d’au moins 93 fois plus important. En considérant la position de chacun sur la distribution des revenus, particulièrement pour ceux qui sont au bas de cette distribution (les plus pauvres), on constate que la prime de citoyenneté suédoise (par rapport à la RDC toujours) est de 10 400%, alors que cette prime baisserait à 900% par rapport au Brésil.

En des termes différents, les pauvres vivant en Suède sont mieux lotis par rapport à ceux de la RDC que la moyenne des suédois comparée à la moyenne des Congolais.

Dans une telle perspective, il n’est pas une surprise que la DV lotterry puisse attirer autant de compatriotes congolais. Derrière se cache la volonté de vouloir bénéficier d’une prime de citoyenneté importante.

La migration devient donc une solution. Quant à l’Etat congolais, promouvoir une croissance économique de qualité et une politique de redistribution efficace doivent être prioritaires afin de réduire la pénalité de la citoyenneté congolaise.

*Oasis KodilaTedika est un économiste et auteur récemment du livre Financement du développement en RDC : diagnostic, opportunités et perspectives.

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