Go-Pass: Une Taxe Floue Jusqu’en 2027

1
Go-Pass: Une Taxe Floue Jusqu'en 2027
Go-Pass: Une Taxe Floue Jusqu'en 2027

Africa-Press – Congo Kinshasa. Présentée à l’origine comme une redevance temporaire destinée à moderniser les aéroports congolais, la taxe « Go-Pass » demeure toujours en vigueur plus de quinze ans après son instauration. Entre opacité de gestion, déclarations officielles divergentes et absence de communication claire, cette contribution continue d’alimenter interrogations et débats au sein de l’opinion publique.

La taxe du Fonds de développement des infrastructures aéroportuaires (IDEF), communément appelée Go-Pass, a été instaurée en mars 2009 à la suite d’un emprunt contracté auprès d’institutions financières étrangères, dans le but de moderniser les infrastructures aéroportuaires du pays.

D’un montant de 50 dollars américains pour les vols internationaux et de 10 dollars pour les vols domestiques, auxquels s’ajoute une taxe locale de 5 dollars perçue dans toutes les provinces, le Go-Pass — en vigueur depuis l’ère de Joseph Kabila — continue d’être considéré comme une redevance aux contours flous. De nombreuses zones d’ombre persistent quant à son montant réel, sa gestion et surtout la durée de son échéance.

Que sait-on de l’utilisation des fonds du Go-Pass?

Selon le GEC, environ 37 millions USD de l’IDEF ont servi à la construction du pavillon présidentiel

À ce sujet, l’ancien inspecteur général des finances, Jules Alingete Key, et l’actuelle Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, ont formulé à différentes périodes des déclarations contradictoires concernant la fin du prélèvement de cette taxe.

Lors d’une interview accordée le 11 octobre 2022, Jules Alingete avait suscité une vive réaction au sein de l’opinion publique congolaise en déclarant que: « Cet argent a déjà été utilisé à des fins que nous ne connaissons pas… On nous a dit qu’ils ont construit l’aérogare de N’djili, on ne sait pas combien cela a coûté ; ils ont arrangé la piste, mais ils ont laissé des dettes. Donc tout l’argent perçu sert à payer ces dettes-là […] pour des travaux vaguement déclarés et non certifiés… »

Selon lui, les fonds du Go-Pass avait servi au remboursement d’une dette contractée par l’État congolais auprès d’une structure non identifiée, sans que le montant exact de cette dette ne soit rendu public. Il affirmait cependant que ce remboursement devait s’achever après trois ans: « En 2025, vous ne verrez plus les frais du Go-Pass être payés par les voyageurs », avait-il déclaré.

Toujours selon Jules Alingete, à la suite d’une mission menée par l’Inspection générale des finances (IGF) sur la gestion des fonds du Go-Pass, « 43 millions de dollars auraient été déclarés comme affectés à la construction d’une aérogare à Kalemie ». Or, soulignait-il: « À Kalemie, il n’y a aucune aérogare dont le coût avoisine cette somme ! », laissant planer le soupçon de détournements de fonds publics.

Un rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), publié en 2022 et fondé sur des sources internes à la Régie des voies aériennes (RVA), révèle que, sur une période de dix ans, « l’IDEF a généré au moins 225 millions de dollars entre mars 2009 et décembre 2019. Ce montant a servi de caution pour l’obtention d’au moins 340 millions de dollars supplémentaires en prêts auprès de bailleurs de fonds et de banques privées ».

Le rapport ajoute toutefois: « Malheureusement, la gestion comptable et financière de ces fonds est d’une telle opacité qu’il est aujourd’hui difficile d’en évaluer précisément les flux », tout en précisant qu’ « une bonne partie de cet argent n’a manifestement pas été utilisée pour les infrastructures censées bénéficier au grand public, conformément aux objectifs initiaux de cette redevance ».

De son côté, l’IGF indiquait que, entre 2015 et fin 2019, un montant total de 124 millions de dollars avait été collecté au titre du Go-Pass. Sur cette somme, 118 millions de dollars ont été comptabilisés, tandis que 6 millions demeurent non retracés. L’Inspection précisait également que 90 % des recettes auraient été affectées aux infrastructures aéroportuaires, contre 10 % pour des dépenses non liées à cet objectif.

Ces chiffres sont en partie corroborés par le rapport du GEC, qui note notamment que:« Environ 37 millions de dollars ont été versés pour la construction d’un pavillon présidentiel ; 6,5 millions pour le financement de Congo Airways ; et plusieurs millions auraient servi au paiement des salaires des agents de la RVA. »

Quid de son échéance?

Cependant, trois ans plus tard, en février 2025 à Genève (Suisse), lors d’un échange avec la diaspora congolaise, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a ravivé ce dossier sensible en affirmant que: « Nous continuerons à payer cette dette jusqu’en 2027 ».

Une déclaration qui avait été diversement commentée, certains observateurs relevant l’absence d’explications et de précisions concrètes quant à cette prorogation au moment de la tenue de ce discours et, notamment pour ceux qui s’attendaient à la suppression de cette taxe dès 2025, conformément aux propos de l’IGF. Les services de communication de la Primature avaient alors promis un communiqué explicatif, qui n’a jamais été publié.

Dès lors, une question demeure: qui, de Jules Alingete ou de Judith Suminwa Tuluka, détient la bonne information concernant la date réelle de la fin du Go-Pass? D’autant plus que le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avait indiqué son intention de faire toute la lumière sur cette taxe, notamment à travers un audit préalable, laissant entendre qu’une réévaluation de son maintien pourrait être envisagée. Les suites concrètes de cette annonce n’ont toujours pas, à ce stade, fait l’objet d’une communication publique.

Aujourd’hui, ni la Primature, ni l’Inspection générale des finances, ni la Régie des voies aériennes (RVA) ne communiquent officiellement sur le Go-Pass. Les différentes démarches entreprises afin d’obtenir des éclaircissements n’ont, à ce stade, pas donné lieu à des réponses.

Néanmoins, les travaux de construction ou de réhabilitation d’autres infrastructures aéroportuaires continuent d’être financés par d’autres lignes budgétaires, indépendamment des recettes du Go-Pass.

C’est pourquoi dans sa conclusion, le GEC estimait que: « Cette absence de transparence a détourné le Go-Pass de ses objectifs initiaux », appelant notamment « à l’abandon des carnets Go-Pass, au profit d’un système de paiement informatisé » , ainsi qu’à « la publication, sur le site internet de l’entreprise, des états financiers de synthèse (bilan et compte de résultat), ainsi que des recettes et dépenses de l’IDEF par aéroport et par projet d’investissement ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here