Africa-Press – Congo Kinshasa. La question, longtemps cantonnée aux cercles diplomatiques, s’impose désormais dans le débat public africain. Macky Sall sera-t-il candidat au poste de secrétaire général des Nations unies? Depuis plusieurs mois, l’ancien président sénégalais entretient lui-même le doute, sans jamais fermer la porte à une éventuelle candidature.
En septembre 2025, interrogé par le média en ligne H5 Motivation, Sall déclarait: « Je ne l’écarte pas si les gens estiment que je peux apporter modestement ma contribution pour redorer le blason de l’ONU ». Installé à Marrakech depuis la fin de son second mandat, l’ex-chef de l’État n’a toutefois, à ce stade, officiellement déclaré aucune ambition.
Le sujet a refait surface de manière inattendue début février, à l’occasion de la visite officielle du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye en République démocratique du Congo. À l’issue des échanges, les autorités congolaises ont indiqué que les discussions avaient porté sur « l’actualité diplomatique africaine, notamment la candidature de l’ancien président sénégalais, Macky Sall, au poste de secrétaire général des Nations unies », estimant qu’elle « peut faire l’objet du soutien de l’ensemble des États africains ».
Cette déclaration a provoqué de vives réactions au Sénégal, ravivant les clivages politiques entre les partisans de l’ancien régime et ceux du nouveau pouvoir, à peine installé. L’hypothèse d’une candidature sénégalaise ne date pas d’hier. Fin mai 2025, le média Africa Intelligence révélait une rencontre tenue deux mois plus tôt à l’Élysée entre le prédécesseur de Diomaye et Emmanuel Macron, au cours de laquelle cette éventualité aurait été évoquée.
Quatre mois plus tard, le concerné avait confirmé son intérêt, mettant en avant son parcours. « Mon expérience personnelle, partie du local, au régional puis au global, devrait pouvoir me permettre (…) d’aider à bâtir une organisation nouvelle, refondée », affirmait-il sur la chaîne YouTube H5 Motivation. Il se disait capable de « parler aux uns et aux autres », tout en conditionnant sa candidature à la volonté des pays membres du Conseil de sécurité, du Sénégal, de l’Afrique et du monde islamique.
Selon lui, « beaucoup de personnes, d’organisations et de pays » soutiendraient déjà cette option. Une analyse jugée crédible par Alioune Tine, président du centre de réflexion Afrikajom Center, pour qui Macky Sall a conduit « une diplomatie d’une réelle influence en Afrique et dans le monde », en entretenant des relations aussi bien avec Emmanuel Macron, Vladimir Poutine que les pays du Golfe.
Intense lobbying
La sortie de la présidence congolaise, semblant adouber par avance une candidature non encore officialisée, a surpris plus d’un observateur. Pour un ancien conseiller de Macky Sall, interrogé par France 24, cette démarche s’inscrit dans une logique diplomatique classique. « Pour candidater, Macky Sall doit rassembler un maximum de soutiens à l’international. Au vu des relations très tendues avec le pouvoir actuel au Sénégal, il n’est pas étonnant que ces discussions se mènent au niveau des chefs d’État africains », explique-t-il.
Dès octobre 2025, le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló avait publiquement affirmé faire campagne pour Macky Sall, le décrivant dans Jeune Afrique comme un candidat « cochant toutes les cases ». Ironie du sort, les deux hommes résident aujourd’hui à Marrakech, après l’exfiltration d’Embaló consécutive au coup d’État militaire dans son pays.
Selon un proche soutien de l’ancien président sénégalais, « d’intenses lobbies travaillent aujourd’hui à ce que Macky Sall soit candidat, en Afrique et dans le monde ». Des échanges auraient notamment eu lieu avec Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara, présenté comme « pas indifférent » à cette perspective.
Malgré ces appuis, la route vers le secrétariat général de l’ONU reste étroite. Sall devra convaincre les quinze membres du Conseil de sécurité, et surtout éviter le veto des cinq membres permanents: États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France.
L’ancien président peut néanmoins faire valoir un solide curriculum vitae international: douze années à la tête du Sénégal (2012-2024), une présidence de l’Union africaine (2022-2023), une fonction d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète, ainsi qu’un rôle de co-dirigeant du Global Center on Adaptation, aux côtés de l’ex-secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.
Mais plusieurs obstacles persistent. Selon la tradition non écrite de rotation géographique, le poste devrait revenir à l’Amérique latine. Par ailleurs, de nombreux États plaident pour la désignation d’une femme, une option qui, bien que soutenue, ne fait pas encore consensus au sein de la communauté internationale.





