Africa-Press – Congo Kinshasa. Le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a publié une déclaration très critique à l’égard des processus diplomatiques engagés à Washington et à Doha pour tenter de résoudre la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Selon lui, ces mécanismes, conçus loin des réalités congolaises, risquent d’hypothéquer davantage l’avenir du pays en négligeant les causes profondes du conflit et les attentes des populations.
Dans son analyse, Denis Mukwege estime que ces initiatives, présentées comme des avancées, restent dépourvues de transparence, d’inclusion et de garanties solides. Il pointe notamment l’absence d’un calendrier précis, de mécanismes contraignants ou de mesures susceptibles d’enrayer l’impunité, alors que seuls deux protocoles ont été paraphés à ce stade. Pour le docteur Mukwege, ce déficit de rigueur dans les engagements ouvre la voie à une application sélective des décisions et entretient un climat d’incertitude.
L’intéressé observe en outre que les processus engagés demeurent bilatéraux, alors que la crise, selon lui, est profondément régionale. Il rappelle que plusieurs États voisins sont directement impliqués dans la dynamique sécuritaire, ce qui rend indispensable une approche collective. Dans sa déclaration, il déplore également l’opacité des négociations et l’exclusion des communautés affectées, des victimes ainsi que des acteurs locaux de la paix.
S’agissant de la situation sur le terrain, Denis Mukwege affirme que les éléments actifs dans les zones sous tension ont poursuivi leurs opérations malgré les engagements annoncés. Il évoque, à titre d’illustration, le récent massacre de 22 civils à Irhambi/Katana, en territoire de Kabare, attribué à des forces illégitimes dans les zones occupées. Il ajoute que d’autres violations auraient été constatées ces derniers mois, illustrant selon lui une stratégie du « parler tout en poursuivant les hostilités ».
Pour le Prix Nobel, la persistance de ces violences témoigne d’un déséquilibre profond entre les annonces diplomatiques et la réalité vécue par les habitants. Il note que les Congolais se retrouvent pris entre un gouvernement accusé d’avoir compromis la souveraineté nationale et des acteurs extérieurs poursuivant des objectifs géostratégiques ou économiques.
Denis Mukwege va plus loin en qualifiant la situation au Nord et au Sud-Kivu « d’annexion de fait », estimant que certaines puissances extérieures exerceraient une influence illégale sur des zones congolaises. Il appelle la communauté internationale à appliquer des sanctions fermes en vue de garantir le retrait de toutes les forces étrangères non autorisées et le démantèlement des administrations parallèles, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour sortir durablement de cette crise, Denis Mukwege insiste sur trois impératifs: replacer les Congolais au cœur des décisions, reconnaître la dimension régionale du conflit et bâtir toute initiative sur la vérité, la justice et la responsabilité. Selon lui, aucune paix véritable ne pourra émerger tant que les intérêts économiques primeront sur les droits humains et la dignité des populations.
Dans sa conclusion, il appelle les Congolaises et les Congolais à refuser d’être « une variable d’ajustement » des rivalités géopolitiques et à reprendre en main leur destin, estimant que leur participation active demeure la clé d’une paix authentique et durable dans la région.





