Africa-Press – Congo Kinshasa. Dans un débat national crucial, le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral -CNSA- fait de la décrispation politique sa priorité. Réuni en session ordinaire à Kinshasa, cet organe de suivi met en lumière une situation délicate où le pays est encore meurtri par les conflits à l’est et par des tensions politiques persistantes. Selon le CNSA et son président, Joseph Olenghankoy, il est impératif de créer des conditions minimales de confiance pour engager un dialogue national inclusif.
S’appuyant sur les leçons tirées de l’histoire politique congolaise, des Tables rondes de Bruxelles à Sun City, en passant par le Centre interdiocésain, le CNSA appelle à des mesures d’apaisement concrètes, telles que la lutte contre les discours haineux, le strict respect de la légalité républicaine, ainsi que la libération des détenus politiques et d’opinion. Une démarche qui n’est pas perçue comme une concession, mais comme un prérequis valorisé.
Le constat dressé par le CNSA est sans appel. Lors de sa session plénière du mardi 6 janvier 2026, à l’Immeuble du Cinquantenaire de la Gombe, les membres de l’institution se sont penchés sur un climat national marqué par la violence et l’intolérance politique. Sous la présidence de Joseph Olenghankoy Mukundji, les participants ont souligné que les souffrances liées au conflit armé s’accompagnent désormais de nouvelles injustices morales qui touchent de nombreux citoyens, en particulier parmi les acteurs politiques et les leaders d’opinion.
Face à cette réalité inquiétante, le CNSA réaffirme sa conviction que seul un dialogue national inclusif représente une réponse endogène et durable à une crise qu’il qualifie de «multiforme et multidimensionnelle». Toutefois, pour que ce dialogue voit le jour, il est essentiel de préparer les conditions nécessaires.
Des mesures d’apaisement indispensables
La décrispation politique se positionne comme une condition sine qua non pour la réussite de tout dialogue. Le CNSA ne ménage pas ses efforts dans sa lutte contre les discours de haine, de stigmatisation et de discrimination, qui ciblent non seulement des communautés régionales et ethniques, mais aussi des groupes politiques. L’institution exprime également ses inquiétudes face à la banalisation de pratiques telles que les enlèvements, souvent attribués à des entités étatiques. Elle insiste sur le respect de la légalité constitutionnelle dans toute enquête ou poursuite, essentielle à la légitimité de toute action publique.
La question de la libération des prisonniers et des détenus politiques ou d’opinion est par ailleurs une exigence centrale. Cette libération est jugée cruciale pour garantir l’exercice effectif des libertés fondamentales -pensée, expression, association et activité politique- qui constituent le socle même d’un État de droit. En prenant du recul sur l’histoire politique du pays, l’organe de suivi rappelle que les gestes d’apaisement ont souvent été des préalables incontournables pour ouvrir la voie à des discussions sérieuses. Des événements marquants, tels que la Conférence nationale souveraine de 1991-1992 et le dialogue intercongolais de Sun City, en sont des témoignages éloquents.
Le CNSA souligne également que l’Accord de Doha inclut des mesures de confiance entre le gouvernement et l’AFC/M23, appelant toutes les parties à respecter ces engagements. Cependant, l’effort d’apaisement doit être élargi à tous les acteurs nationaux pour en garantir l’efficacité.
Dans les semaines à venir, le CNSA prévoit des rencontres avec des responsables politiques, des membres de la société civile, des confessions religieuses et des autorités traditionnelles afin de récolter leurs contributions. L’objectif affiché est de préparer, avec « sérieux et intelligence », un dialogue tant attendu, présenté comme une étape décisive vers la pacification des cœurs et la stabilisation durable du pays.





