Bisphénol A, pesticides, polluants et santé de l’enfant : 88 facteurs de risque classés en fonction de leur dangerosité

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Bisphénol A, pesticides, polluants et santé de l'enfant : 88 facteurs de risque classés en fonction de leur dangerosité
Bisphénol A, pesticides, polluants et santé de l'enfant : 88 facteurs de risque classés en fonction de leur dangerosité

Africa-Press – Congo Kinshasa. Plomb, bisphénol A, pesticides, rayonnements UV: les facteurs de risque auxquels nous sommes exposés au sein de notre environnement sont nombreux. Mais jusqu’à aujourd’hui, les niveaux de preuve les liant à des effets sur la santé des enfants n’étaient pas connus, déplore le directeur de recherche à l’Inserm Rémy Slama, spécialiste en épidémiologie environnementale. C’est maintenant chose faite dans de récents travaux qu’il a co-dirigé en collaboration avec l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), publiés dans l’International Journal of Hygiene and Environmental Health.

Se baser sur l’exposome pour améliorer la santé

“Pour être en accord avec la loi, il est important de pouvoir hiérarchiser les substances auxquelles nous sommes exposés dans notre environnement en fonction de leur nocivité, afin de pouvoir s’attaquer aux plus préoccupantes”, expose Rémy Slama. Le chercheur fait référence au code de la santé publique, qui préconise de se baser sur l’exposome pour améliorer la santé publique.

“L’exposome recouvre l’ensemble des expositions environnementales, extérieures à l’organisme, depuis la conception jusqu’à la fin de la vie”, résume le chercheur. Mais jusqu’à présent, personne n’avait compilé toutes les preuves existantes de l’impact sanitaire de cet exposome. Pour en arriver à bout, il faudrait tenir compte des effets des dizaines de milliers de substances qui nous entourent à tous les âges de la vie, en tenant compte des inégalités sociales ou géographiques modulant l’exposition, précise Rémy Slama. “Etant donné la tâche colossale, nous nous sommes d’abord concentrés sur 88 facteurs de risque pour lesquels nous disposions déjà d’éléments inquiétants et de moyens de quantifier l’exposition chez l’humain.”

88 facteurs de risque évalués à l’aune de leurs effets sur la santé de l’enfant

Pesticides, métaux, bruits et autres nuisances, l’étude des 88 facteurs de risque nécessite la lecture et l’analyse de plusieurs centaines de rapports et de publications attestant des effets de chacune en laboratoire (étude in vitro), sur l’animal ou sur l’humain. “Nous ne pouvions pas nous appuyer uniquement sur les études sur l’humain, qui arrivent souvent en retard car elles sont longues et coûteuses”, explique Rémy Slama. En les combinant avec les résultats des études in vitro et sur l’animal, les chercheurs associent chacun des 88 facteurs de risque à un niveau de preuve au regard de leur effet sur la santé des enfants sur les plans cardiovasculaire, respiratoire, métabolique ou encore neurodéveloppemental. Le classement allait de “très peu probablement” (lié à un effet sur la santé de l’enfant) jusqu’à “très probablement”.

Résultat: 16 facteurs avaient un très probable effet sur la santé de l’enfant, parmi lesquels ressortaient l’hexachlorobenzène (un ancien pesticide organochloré), les PCB (des polluants organochlorés autrefois utilisés comme isolants), la température (8 effets), le PFOA (un perfluoré, 7 effets), le PFOS (un autre perfluoré), la cotinine (marqueur de l’exposition à la fumée de tabac, 6 effets), l’arsenic, le plomb (5 effets), les bisphénols A et S, le PFNA (un autre perfluoré) et les particules fines (4 effets), le DDT (insecticide interdit mais persistant), le PFHxA, le PFDA, l’exposition aux espaces verts et le rayonnement ultraviolet (3 effets).

Des substances dangereuses persistantes ou insuffisamment réglementées

Les premiers sont majoritairement des substances chimiques dont certaines sont interdites, mais persistantes dans l’environnement ou l’organisme. “C’est le cas du DDT, insecticide utilisé dans les années 1930 à 1970, mais aussi des PCB utilisés comme isolants et interdits par la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP)”, relève Rémy Slama. D’autres substances ne sont pas interdites, comme la plupart des composés perfluorés, à l’exception du PFOA qui est prohibé en Europe.

Les propriétés d’agents de surface de ces substances sont utilisées dans le téflon des poêles antiadhésives, les moquettes antitaches ou encore le papier des fast foods qui empêche l’absorption des graisses, énumère le chercheur. “PFOA et PFOS peuvent probablement induire respectivement sept et six troubles de santé parmi ceux que l’on a considérés”, pointe Rémy Slama. La place aussi haut dans le classement de ces substances perfluorées, pourtant étudiées seulement depuis les années 2000, surprend le chercheur. “C’est frappant de voir que malgré le fait qu’elles ne sont étudiées que depuis peu on observe un niveau de preuve très fort concernant plusieurs effets sur la santé des enfants.”

Certaines substances tenant le haut de l’affiche sont plus connues du grand public, comme l’arsenic et le plomb. Ce dernier n’est pas totalement interdit dans l’environnement et il existe des gradients sociaux d’exposition, notamment du fait de sa présence dans certains logements insalubres. Disposant également d’une certaine notoriété en raison de son statut d’abord débattu puis confirmé de perturbateur endocrinien ainsi que de sa présence dans les plastiques polycarbonates en contact avec les aliments, le bisphénol A est en bonne place sur la liste. “Il a été interdit il y a une décennie dans les biberons et les contenants alimentaires en raison de ses effets sur le métabolisme, la croissance et le neurodéveloppement”, relate Rémy Slama. Mais les autorités se sont clairement “arrêtées au milieu du gué”, juge-t-il, en n’interdisant que ce bisphénol et pas les autres – comme le bisphénol S, également préoccupant –, et seulement dans certains produits. “Aujourd’hui encore, on retrouve le bisphénol A dans les urines des femmes enceintes et des jeunes enfants dans le même ordre de grandeur qu’il y a une dizaine d’années. Il est donc probable que l’exposition soit toujours là.”

D’autres facteurs de risques parmi les plus fortement liés à la santé des enfants relèvent plutôt de l'”exposome urbain” plus caractéristique des villes. Parmi eux, les chercheurs relèvent la température, les polluants de l’air, le bruit, les rayonnements UV ou encore l’exposition aux espaces verts. Outre son effet apaisant, la proximité de parcs et forêts est en effet associée à un meilleur état de santé en favorisant les possibilités d’activité physique et la diminution du bruit ou de la pollution.

Convertir le danger des substances en nombre d’années de vie en bonne santé perdues

“La question qu’on peut se poser maintenant, c’est celle des effets sanitaires potentiellement induits par ces substances”, résume Rémy Slama. C’est l’étape suivante de leurs travaux, consistant à convertir leurs résultats en impact sur la santé publique. “Pour l’instant, nous avons établi le danger que posent ces facteurs en théorie, il reste maintenant à en évaluer le risque en termes d’années de vie en bonne santé perdues compte tenu de l’exposition réelle de la population”, explique Rémy Slama. Les premiers résultats devraient être disponibles en 2025.

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