Africa-Press – Congo Kinshasa. Les conflits incessants en République démocratique du Congo depuis 30 ans sont les plus meurtriers dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Entrevue avec le Dr Denis Mukwege, dont les soins apportés aux victimes du viol – utilisé comme arme de guerre – lui ont valu le prix Nobel de la paix en 2018.
Depuis 1998, six millions de personnes seraient mortes en République démocratique du Congo (RDC), victimes de la violence, de la faim ou de conditions de vie impossibles. Le conflit entre groupes armés et forces gouvernementales, sur fond de tension ethnique, semble sans fin. Y a-t-il l’ombre d’un espoir?
Seulement en janvier et février, plus de 600 exécutions sommaires ont été commises. Mais dans les pays qui se disent démocratiques, dans les médias, c’est le silence. Les diplomates disent qu’il y a des solutions, mais elles ne sont pas mises en œuvre en raison d’intérêts économiques. Il faut se dire la vérité: il y a des vies qui ont plus de valeur que d’autres. Pourtant, ce qui se passe en République démocratique du Congo n’est pas moins grave que ce que [le président russe, Vladimir] Poutine est en train de faire en Ukraine.
En février, l’ONU, par résolution, n’a-t-elle pas tout de même exigé un cessez-le-feu immédiat et le retrait du groupe armé M23 qui est soutenu par le Rwanda?
Mais cette résolution n’est respectée par personne. Le droit international, voué à nous offrir une protection collective depuis la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui bafoué. Le Rwanda, qui viole la souveraineté et l’intégrité territoriale de notre pays, continue de siéger aux Nations unies sans subir aucune sanction. Des soldats des Nations unies sont même tués, leurs hélicoptères se font tirer dessus.
Au cœur des tensions, souligne Amnistie internationale, il y a ce sol de la République démocratique du Congo qui est très riche et très convoité par les pays voisins.
La République démocratique du Congo est riche de tous les minerais essentiels à la fabrication de téléphones, d’ordinateurs, etc., et le pillage de nos ressources naturelles se fait en toute impunité. Des rapports, comme celui de Global Witness, montrent clairement que les minerais sont exportés depuis le Rwanda.
Le Rwanda, lui, soutient qu’il ne fait que protéger sa minorité qui se trouve en RDC
Le Rwanda prend pour prétexte la protection de sa minorité rwandophone. Mais ce sont six millions de personnes qui sont mortes en République démocratique du Congo. C’est plutôt disproportionné […] et ça défie toute logique.
Créé au début de la première guerre du Congo (1996-1997), le camp de réfugiés de Kiziba à Karongi, au Rwanda, accueille près de 15 000 réfugiés, principalement des Congolais qui fuient l’instabilité dans l’est de la RDC.
Dans quelle mesure les déplacements de populations consécutifs au génocide rwandais de 1994 jouent-ils un rôle?
Le génocide au Rwanda a été une horreur. Mais en a-t-on appris quelque chose, a-t-on dit « plus jamais »? Faute de justice appropriée, les plaies sont restées béantes. En fait foi ce rapport de l’ONU qui [en 2010] a évoqué plus de 600 crimes contre l’humanité [contre des réfugiés hutus, de 1993 à 2003] en République démocratique du Congo.
On n’a donc rien appris?
Ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est une honte pour l’humanité. Malheureusement, c’est en train de se reproduire dans la région des Grands Lacs, en Afrique.
Selon les Nations unies, un viol est commis toutes les quatre minutes contre les femmes de la République démocratique du Congo. Vous le constatez dans votre hôpital?
Aujourd’hui, à l’hôpital de Panzi, 30 % des femmes qui accouchent sont des adolescentes, victimes de viol. Les gens savent qu’ils ne seront pas punis, alors la loi de la jungle s’est installée.
Vous vous trouvez présentement en Amérique du Nord. Serez-vous en mesure de rentrer prochainement?
J’étais en mission en Europe en janvier quand Goma est tombée et rentré au pays demeure extrêmement compliqué. […] Heureusement, nous avons toujours à l’hôpital une équipe de médecins compétents qui continuent à prendre en charge les malades, bien que dans des conditions extrêmement difficiles.
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