Africa-Press – Congo Kinshasa. Les microplastiques sont partout. Dans l’eau, dans l’air, dans les sols et même dans nos aliments. Cette omniprésence est un risque avéré pour la santé humaine, car nos corps finissent par absorber ces polluants, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Récemment, il a été montré, par exemple, que les cerveaux de personnes présentant de la démence auraient des concentrations plus élevées de microplastiques, soulignant une corrélation inquiétante. Ces potentiels impacts sur la santé concernent aussi les maladies cardiovasculaires, ainsi que des pathologies inflammatoires ou immunitaires, même s’il est difficile pour le moment de conclure avec certitude sur un mécanisme ou un quelconque lien de causalité.
L’une des voies par lesquelles ces molécules pourraient influencer la santé est celle du microbiote intestinal, qui serait perturbé par cette pollution. Or, une nouvelle étude vient de confirmer cet effet, en accentuant un point important: l’impact des microplastiques dépendrait en partie de leur concentration et des habitudes alimentaires de chacun. Cette découverte, réalisée par des chercheurs du Laboratoire de toxicologie alimentaire Toxalim de l’Université de Toulouse, a été publiée le 14 novembre 2025 dans la revue Environmental Science Nano.
L’effet des microplastiques étudié en fonction de l’alimentation
Malgré l’omniprésence des microplastiques, il est probable que la plupart de ceux qui entrent dans nos corps le fassent à travers notre alimentation (y compris l’eau et les boissons). Les chercheurs se sont donc intéressés particulièrement à l’impact de ces polluants sur la santé du système digestif. Ils se sont concentrés sur les nanoplastiques (les microplastiques d’une taille inférieure à 1 μm) de polystyrène (utilisé dans les emballages alimentaires), notamment pour voir s’ils perturbent le microbiote ou l’intégrité de la barrière intestinale. Et ce, en fonction de leur alimentation.
Des souris mâles ont été exposées pendant 90 jours à de l’eau à différentes concentrations de ces nanoplastiques (0,1, 1 ou 10 mg/kg chaque jour), tout en suivant un régime alimentaire normal ou riche en sucre et en gras (qui représente l’alimentation « occidentale »). Pour pouvoir suivre ces particules de plastique, ces dernières étaient associées à de l’or, qui est plus facile à détecter.
Des effets plus prononcés chez les souris nourries avec une alimentation « occidentale »…
Sans surprise, les souris nourries avec un régime « occidental » prenaient plus de poids. Mais ce grossissement était encore plus conséquent chez les souris qui consommaient des nanoplastiques (à la concentration de 1 mg/kg). Pourtant, ces animaux ne mangeaient pas plus que ceux protégés de cette exposition, donc la prise de poids supplémentaire n’était pas causée par une hausse de l’appétit. Étonnamment, cet effet n’a pas été observé avec la concentration la plus élevée de nanoplastiques (10 mg/kg).
Cet impact, plus prononcé chez les souris suivant ce régime gras et sucré, était aussi visible au niveau des défenses immunitaires intestinales: l’activité de la lysozyme, une protéine importante dans la défense contre les infections bactériennes, baissait presque de moitié chez celles avec des concentrations de nanoplastiques de 1 ou 10 mg/kg.
Aucune des concentrations étudiées ne causait de perméabilité accrue de la barrière intestinale et ces nanoplastiques n’étaient pas observés dans d’autres organes à part les intestins. Cependant, les concentrations les plus basses (0,1 et 1 mg/kg) affectaient l’expression de gènes impliqués dans cette perméabilité, altérant les cellules épithéliales de l’intestin, surtout chez les souris nourries avec une alimentation sucrée et grasse. Il est donc possible que le temps de l’étude soit trop court et que ces modifications à niveau cellulaire finissent par fragiliser la barrière intestinale avec une exposition plus longue.
… sauf pour le microbiote
Le microbiote était affecté par l’exposition aux nanoplastiques, mais, paradoxalement, cet effet était plus important chez les souris nourries avec une bonne alimentation. En effet, la concentration la plus basse (0,1 mg/kg) causait une forte diminution de la diversité du microbiote de ces souris. Alors que cette baisse de diversité était moins marquée chez les souris avec une alimentation « occidentale ». Ce paradoxe pourrait s’expliquer par l’effet du régime, qui est connu pour altérer le microbiote et réduire sa diversité. Il est donc possible que le niveau de base chez ces souris soit déjà celui d’un microbiote dégradé, où les nanoplastiques ne peuvent plus faire autant de mal que chez des souris avec un microbiote en bonne santé.
Un deuxième paradoxe est que les effets négatifs des nanoplastiques ont été principalement observés à des concentrations faibles, et rarement à des concentrations élevées. Les auteurs pensent que cela serait dû à l’agrégation de ces molécules: plus elles sont concentrées, plus elles vont agréger ensemble. Ces agrégats pourraient parcourir plus rapidement le tube intestinal et interagir moins avec sa surface, atténuant ses effets biologiques. Les chercheurs soulignent donc l’importance de prendre en compte les concentrations des microplastiques dans les études sur leurs effets sur la santé. Ils rappellent aussi que leur recherche n’inclut que des souris mâles, et donc que des études ultérieures devront confirmer ces effets chez des femelles. Il reste encore beaucoup de questions sur les effets des microplastiques sur la santé, mais le puzzle qui commence à se former est inquiétant.





