La méditation en pleine conscience à l’école, une fausse bonne idée ?

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La méditation en pleine conscience à l'école, une fausse bonne idée ?
La méditation en pleine conscience à l'école, une fausse bonne idée ?

Africa-Press – Congo Kinshasa. À l’école ou au travail, la méditation en pleine conscience est en vogue pour que les élèves d’un côté et les salariés de l’autre prennent soin de leur santé mentale. Même si l’une des prémisses de ce courant est de faire peser la responsabilité sur l’individu plutôt que sur l’environnement, on peut se demander, dans une perspective intégrative, si la pratique de la méditation en pleine conscience permet effectivement de réduire les risques de dépression, de mieux gérer ses émotions, et d’accroître le bien-être. La réponse est « non » selon l’une des études la plus robuste publiée sur la question.

La rentrée des classes approche à grands pas et vous faites peut-être partie de ces enseignants qui intègrent de la méditation en pleine conscience avec, pour ambition, d’accroître le bien-être de vos élèves ou d’améliorer la gestion de leurs émotions. Avant de vous lancer, vous êtes-vous demandé à quel point cette pratique et ses bénéfices supposés étaient validés par la recherche scientifique ?

Que ce soit d’un point de vue écologique (les résultats dans le contexte de la salle de classe) ou expérimental (les résultats sur des marqueurs cérébraux en laboratoire), la méditation en pleine conscience échoue pour l’instant à être à la hauteur de ses prétentions.

Un essai robuste avec un groupe contrôle actif

Plusieurs problèmes sont récurrents dans les études sur l’efficacité de la méditation en pleine conscience. Généralement, le design de l’étude ne permet pas de considérer les résultats comme robustes statistiquement. En cause, le faible nombre d’individus au sein des échantillons, limitant drastiquement la puissance statistique de l’expérience et la passivité du groupe contrôle qui porte atteinte à la comparabilité des groupes.

Un large essai randomisé contrôlé par grappes réalisé en Grande-Bretagne « My Resilience in Adolescence » (Myriad), publié dans la section Evidence-Based Mental Health du British Medical Journal, tente de relever ces défis méthodologiques. Il comporte un échantillon de plus de 8.300 élèves au sein de 84 écoles différentes et un groupe contrôle qui reçoit un enseignement habituel concernant la santé mentale et le bien-être.

Les résultats sont interprétés au sein d’un modèle intégratif qui prend en compte l’influence des variables environnementales (le pays, la taille de l’école, la répartition genrée de l’école) et des variables individuelles (l’âge, le genre, l’ethnie, le risque de dépression, le comportement socio-émotionnel, le bien-être). En compilant l’ensemble de ces données, les investigateurs ne trouvent aucun bénéfice chez les groupes qui ont reçu les leçons de méditation, ni juste après l’intervention ni un an plus tard.

Ils pointent même le risque que, pour les plus jeunes chez qui certaines fonctions exécutives ne sont pas encore matures, ou les plus à risque de dépression, la méditation pourrait avoir des effets néfastes. Les interprétations de ces résultats sont complexes mais ils sont suffisants pour douter des prétentions des techniques de méditation au sein d’une salle de classe.

L’argument neurologique sur la sellette

En dernier recours, on pourrait arguer que l’effet de la méditation se fait sur le long terme en sortant la carte de l’argument neurologique qui consiste à dire que la pratique de la méditation accroît la plasticité cérébrale et épaissit certaines zones du cerveau. Premièrement, cet argument rend la méditation inopérante en tant qu’outil sur une année scolaire, étant donné que l’étude susmentionnée a duré un an, et qu’aucune trace d’efficacité n’a été décelée. Deuxièmement, les études sur les effets de la méditation sur le cerveau souffrent des mêmes problèmes méthodologiques que les études écologiques.

Par chance, une récente étude parue dans Science a également adressé les challenges méthodologiques associées pour cette question de recherche et ne trouve aucune différence entre un groupe contrôle actif et un groupe contrôle qui pratique la méditation sur la grande majorité des structures cérébrales. Il semble donc cohérent, compte tenu de ces récentes évidences, de se méfier des prétentions de la méditation en pleine conscience dans l’environnement scolaire, jusqu’à preuve du contraire.

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