Les victimes des massacres de Kisangani : « Nous voulons une indemnisation, mais aussi l’érection d’un mémorial… un travail de mémoire très important »

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Les victimes des massacres de Kisangani : « Nous voulons une indemnisation, mais aussi l’érection d’un mémorial… un travail de mémoire très important »
Les victimes des massacres de Kisangani : « Nous voulons une indemnisation, mais aussi l’érection d’un mémorial… un travail de mémoire très important »

Africa-PressCongo Kinshasa. Du 5 au 10 juin 2021, la ville de Kisangani chef-lieu de la province de la Tshopo, a été le théâtre des affrontements entre les armées de deux pays étrangers (Rwanda et l’Ouganda) sur le sol congolais. Ces affrontements de six jours ont fait plus de 760 morts, 1000 blessés et plusieurs dégâts matériels, indique le rapport Mapping.

Jour pour jour, cela fait 21 ans depuis que cette partie de la RDC a été contrainte d’assister à des scènes macabres à cause des intérêts politiques et puissances étrangères. Dans cette guerre dite de « 6 jours », ces armées ont fait de Kisangani une boucherie humaine. Cependant, ces victimes d’atrocités étrangères sont à ce jour jetées dans les oubliettes de l’histoire ! Et pour preuve, il n’existe à ce jour aucune stèle commémorative, ni justice, ni réparation en mémoire de ces dernières.

Le génocide congolais est plus meurtrier que l’holocauste juif, malheureusement, il est moins médiatisé. Pire, il est négligé et oublié par presque tout le monde.

« C’était vers 10 heures, je me préparais pour l’école. Nous avons entendu de fortes détonations d’armes lourdes et légères. En l’absence des parents, partis déjà au travail, mes frères et moi sommes restés terrés à la maison. On croyait que la situation allait immédiatement redevenir calme, mais rien du tout. La guerre ne faisait que continuer et la situation s’empirait chaque jour davantage. On n’avait plus d’eau, ni d’électricité. Le peu de provisions était épuisé.

Notre maison familiale se trouvait sur l’avenue menant vers le plateau. Malheureusement à proximité de là où les [soldats] rwandais venaient de s’installer. Pendant que l’on était toujours sous les coups des balles, nous avons vu certains d’entre eux escalader l’enclos et nous demander d’évacuer le lieu. La famille a accepté de leur laisser la maison. Le portail à peine franchi, nous avons découvert les affres de cette sale guerre. Sur l’avenue, des cadavres étaient abandonnés à même le sol, des civils blessés sans aucun secours. On était obligé de les sauter pour atteindre le domicile d’une tante, à des centaines de mètres de là. Malheureusement encore, c’est à proximité de notre lieu de refuge que le groupe adverse des Ougandais venait de s’installer. Ici, le refuge n’a duré que quelques minutes, car obligés très vite de rejoindre l’autre maison familiale plus loin de là, dans la commune de la Tshopo », a relaté maître Josué Kiadi qui a vécu la guerre de 6 jours.

Ce temps accompli, « plus de 1 000 morts dans les rang des civils, plus de 3 000 blessés, plus de 300 édifices détruits. Kisangani était martyrisé par les armées étrangères. De véritables crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Au sixième jour, finie la guerre. La famille décide de trouver refuge à Kinshasa à plus de 2 500 km par la route, au sud-ouest, via l’ex-province de l’Equateur, le Centrafrique et le Congo-Brazzaville ».

21 ans après, que veulent les victimes ?

Madame Gertrude Stein Kivua, membre de l’association de victimes de la guerre de six jours, précise qu’ils continuent à réclamer la vérité, la justice et la réparation.

« La vérité, parce que nous ignorons toujours pourquoi nous avons autant souffert d’une guerre des armées étrangères. Il nous faut bien ouvrir ce passé pour partager les responsabilités, pour que jamais pareils crimes ne se reproduisent chez nous. La justice, parce nous voulons voir les auteurs être sanctionnés, pour que ça soit une mise en garde contre tous les instigateurs des conflits armés. La réparation, parce que c’est le droit des victimes d’être dédommagés pour les préjudices subis. Aujourd’hui, nous sommes près de 3 000 familles victimes. Il y a des gens qui ne savent plus se déplacer suite à leur situation de handicap physique et qui n’ont aucun moyen pour se doter de béquilles, des personnes dont les proches ont été massacrés et qui vivent dans une situation de traumatisme atroce. Il y a également des personnes contraintes chaque jour de prendre des médicaments parce qu’elles ont encore des restes des éclats dans leur corps. Jusqu’à aujourd’hui, Kisangani se trouve dans la même situation qu’il y a 21 ans : des centaines d’édifices détruits, jamais réparés. Des familles sans toit vivent à la belle étoile. C’est déplorable ! Nous voulons une indemnisation, mais aussi l’érection d’un mémorial. C’est un travail de mémoire très important », a-t-elle déclaré.

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