Ours Polaires En Bonne Santé Malgré Fonte Des Glaces

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Ours Polaires En Bonne Santé Malgré Fonte Des Glaces
Ours Polaires En Bonne Santé Malgré Fonte Des Glaces

Africa-Press – Congo Kinshasa. Symbole d’une biodiversité menacée, les ours polaires font face à de multiples pressions: réchauffement climatique – trois à quatre fois plus important en Arctique que la moyenne mondiale -, disparition de leur habitat, pollution chimique… Nombre d’études ont montré que là où la couverture de glace diminuait, Ursus maritimus s’affaiblissait. Dans la baie de Baffin, entre le Groenland et Nunavut, les ours sont en mauvaise condition physique, tandis que dans la mer de Beaufort (nord de l’Alaska) et la baie d’Hudson (nord du Canada), la démographie a chuté, et avec elle le taux de natalité et le taux de survie.

« Nous avons été très surpris de constater leur bonne santé »

Convaincus de trouver des résultats similaires dans la mer de Barents, autour de l’archipel du Svalbard (Norvège), des chercheurs de l’Institut polaire norvégien ont voulu évaluer la condition physique de ces grands mammifères, au cours d’une période de fonte rapide de la glace.

« Nous avons été très surpris de constater leur bonne santé ! », s’exclame auprès de Sciences et Avenir Jon Aars, premier auteur de ces travaux publiés dans la revue Scientific Reports. « Avant ces travaux, si on m’avait dit que les ours du Svalbard auraient accès à la banquise deux mois de moins en moyenne entre 2000 et 2019, et qu’on m’avait demandé mes prédictions, j’aurais probablement dit qu’ils seraient plus maigres. J’aurai prédit des répercussions sur leur survie et sur leur reproduction, voire le début d’un déclin. Or, c’est tout le contraire: les ours sont aujourd’hui en meilleure condition physique, même s’ils sont contraints de passer beaucoup plus de temps à terre. »

Marika Marnela / Norwegian Polar Institute

Pour juger de cette bonne condition physique, Jon Aars et ses collègues ont compilé 1188 relevés de mensurations corporelles effectués entre 1995 et 2019 sur 770 ours. En effet, la corpulence (longueur du corps, périmètre du tronc, masse corporelle) permet de prédire le stock de graisse accumulé par l’animal. L’indice de condition corporelle (BCI), qui dépend de ces mesures, est donc un excellent indicateur des réserves énergétiques d’un individu, de la disponibilité en nourriture du milieu et des potentielles maladies. Il détermine également le succès reproducteur de l’animal.

Jon Aars / Norwegian Polar Institute

« Depuis le dernier recensement, la population semble être stable »

Les chercheurs ont ainsi découvert que depuis les années 2000, mâles et femelles ont vu leur condition physique s’améliorer. En reliant le BCI et le nombre de jours sans glace, ils ont démontré que la fonte de la banquise n’avait pas impacté significativement la santé et l’alimentation des ours polaires.

En outre, « depuis l’accord de 1973 interdisant la chasse à l’ours blanc sur le territoire norvégien, les populations locales ont augmenté, pour atteindre les 2 650 individus en 2004. Depuis ce dernier recensement, la population semble être stable », constate Jon Aars.

Dès lors, comment expliquer cette tendance démographique et cette bonne condition physique, alors que toutes les autres régions arctiques font état d’un déclin des populations? Le Svalbard serait-il l’éden des ours polaires?

Trine Lise Sviggum Helgerud / Norwegian Polar Institute

Une raison de cette prospérité pourrait être le rétablissement concomitant des proies terrestres. Le renne du Svalbard (Rangifer tarandus platyrhynchus) et le morse (Odobenus rosmarus), autrefois surexploités par l’humain, constituent désormais une importante source de nourriture. Des observations de terrain ont également fait part d’une diversification alimentaire, puisque des ours ont été aperçus en train de se nourrir de carcasses de baleines, d’œufs de canards eiders à duvet (Somateria mollissima) et d’un plus grand nombre de phoques barbus (Erignathus barbatus).

Une seconde hypothèse serait que la fonte de la banquise entraîne une concentration des proies, comme le phoque annelé (Pusa hispida), sur des zones de glace plus restreintes, facilitant ainsi la chasse par l’ours polaire.

« Nous pourrions observer un point de basculement lorsque la population atteindra la capacité de charge »

Finalement, une dernière hypothèse suggère que la population d’ours demeure inférieure à la capacité d’accueil du milieu (capacité de charge), ce qui limite la concurrence pour l’alimentation et favorise la survie. « Si tel est le cas, nous pourrions observer un point de basculement de leur état lorsque la population atteindra la capacité de charge – qui diminue avec la disparition de l’habitat », anticipe le chercheur.

Tout compte fait, « ces travaux indiquent une relation complexe entre l’habitat, la structure de l’écosystème, l’apport alimentaire et la dépense liée à la chasse. Mais ce qui est sûr, c’est que ces résultats illustrent l’importance de ne pas extrapoler des conclusions d’une région à une autre, ou d’une région à l’ensemble de la population », analyse Jon Aars.

Jon Aars / Norwegian Polar Institute

Des recherches supplémentaires doivent être menées pour comprendre comment les différentes populations d’ours polaires s’adaptent au réchauffement de l’Arctique et vérifier les hypothèses évoquées.

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