PDCI Subit Un Revers Majeur Aux Législatives Ivoiriennes

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PDCI Subit Un Revers Majeur Aux Législatives Ivoiriennes
PDCI Subit Un Revers Majeur Aux Législatives Ivoiriennes

Par Florence Richard

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le principal parti d’opposition a perdu la moitié de ses députés. En interne, des cadres remettent en cause la stratégie de leur président Tidjane Thiam, tandis que d’autres dénoncent un scrutin « biaisé ».

L’annonce des résultats des élections législatives, proclamés ce lundi 29 décembre, a pris des allures de naufrage politique pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Principale formation d’opposition du pays, l’ancien parti unique encaisse un revers sans précédent, perdant la moitié de ses députés pour ne conserver que 32 sièges.

L’hémicycle ivoirien sera désormais quasiment monocolore, avec près de 80 % d’élus (197 sur 255) issus des rangs du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Omnipotent dans le Nord, installé à la tête de la plupart des régions et des communes du pays, majoritaire dans toutes les institutions, le parti présidentiel achève la consolidation de son hégémonie face à un PDCI fragilisé par de vives dissensions internes, par les critiques sur la stratégie de son président, Tidjane Thiam, et par l’arrestation, ces derniers mois, de plusieurs de ses cadres et militants.

« Un braquage électoral »

Parmi eux, son porte-parole, Soumaïla Bredoumy, incarcéré depuis fin novembre pour « actes terroristes » et « complot contre l’autorité de l’État », par ailleurs réélu dans sa circonscription de Tankessé (nord-est), et son responsable de la jeunesse rurale, Innocent Yao. Incarcéré depuis juin pour des faits liés à la présidentielle de 2020, lui aussi a été élu depuis sa cellule de prison, dans l’une des circonscriptions de l’Iffou. Dans cette région, berceau d’Henri Konan Bédié, ancien président du pays et du parti décédé en 2023, le PDCI parvient par ailleurs à conserver son siège dans la grande ville de Daoukro.

Le PDCI tient bon également dans ses bastions historiques des communes abidjanaises de Cocody, du Plateau et de Port-Bouët, et résiste dans les régions du Bélier et de la Nawa. Mais ailleurs, il accuse un recul sans précédent, perdant notamment à Marcory, à Jacqueville et Abengourou. Dans la région du Haut-Sassandra, le RHDP s’arroge 14 des 15 sièges. Dans celle de la Mé, les sept circonscriptions tombent entre les mains du camp présidentiel tandis qu’à Yopougon, le PDCI n’a rien pu faire face à la liste conduite par le président de l’Assemblée nationale et maire de la commune, Adama Bictogo. « Au regard de nombreuses irrégularités constatées lors de ce scrutin, nous nous réservons le droit d’exercer les recours que nous confère la loi », a toutefois annoncé le candidat du PDCI, Dia Houphouët.

Dans le district autonome de Yamoussoukro, le RHDP rafle les quatre sièges. Le maire de la capitale administrative et candidat malheureux à la députation, Kouassi Kouamé Patrice, dénonce « un braquage électoral ». Joint par Jeune Afrique, il annonce son intention de contester le scrutin qu’il juge « biaisé ». Pointant du doigt la Commission électorale indépendante (CEI), il dénonce « la délocalisation arbitraire de 50 % des bureaux de vote des villages vers la commune intra-muros, sans information préalable ni dispositif pour permettre aux électeurs de se déplacer ». Selon lui, la lourde défaite qu’accuse aujourd’hui le PDCI ne serait pas liée aux crises internes, mais serait le fruit d’une volonté délibérée des autorités d’étouffer l’opposition. « Je n’ai aucune crainte quant à l’avenir du PDCI », assure l’édile.

« Le parti s’écroule »

Une confiance que ne partagent pas tous les cadres du parti. « Ces élections sont-elles un échec? Ce serait quand même difficile de dire le contraire ! On espérait au moins résister mais là, on s’écroule », souffle l’un d’eux, amer. Un autre critique ouvertement la stratégie de Tidjane Thiam et son absence de Côte d’Ivoire: « À quoi pouvait-on s’attendre avec un président qui n’est pas là et qui est déconnecté de la base? »

Installé à Paris depuis le mois de mars, Tidjane Thiam n’avait pas pu concourir à la dernière présidentielle d’octobre remportée haut la main par Alassane Ouattara, – il avait été radié des listes électorales pour des questions de nationalité. Plusieurs membres du PDCI lui reprochent d’avoir refusé de présenter un autre candidat à sa place et d’avoir choisi de s’allier avec l’ennemi historique, Laurent Gbagbo, lui aussi exclu de la présidentielle et dont le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) boycottait ces législatives.

Maurice Kakou Guikahué, figure historique du PDCI qui fut le secrétaire exécutif en chef d’Henri Konan Bédié, avait publiquement fait part de son désaccord avec la gouvernance de Tidjane Thiam. Une prise de position qui lui avait valu d’être écarté du parti pour ces élections. Candidat indépendant, il a été battu dans la circonscription qu’il détenait depuis une décennie (Gagnoa sous-préfecture). Sa défaite sonne comme la conséquence directe des dissensions internes de ce parti à l’avenir incertain.

Source: JeuneAfrique

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