Nouvelle Espèce de Spinosaure Découverte dans le Désert

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Nouvelle Espèce de Spinosaure Découverte dans le Désert
Nouvelle Espèce de Spinosaure Découverte dans le Désert

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Les premiers fossiles de spinosaures, des dinosaures théropodes carnivores, ont été découverts en Égypte, en 1912, par le paléontologue allemand Ernst Stromer von Reichenbach. Les restes correspondaient à une espèce baptisée Spinosaurus aegyptiacus et comprenaient une mandibule, quelques dents et plusieurs vertèbres. Mais, conservés en Allemagne, ils ont été complètement détruits durant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. De nouveaux spécimens de spinosauridés ont été mis au jour presque 30 ans plus tard, à partir des années 1970, dans toute l’Afrique du Nord. Aujourd’hui, des fossiles de cette famille de dinosaures ont été déterrés sur tous les continents mais aucun animal du même genre que Spinosaurus n’avait été retrouvé depuis un siècle.

Une crête en forme de cimeterre

La nouvelle espèce, Spinosaurus mirabilis, est la première appartenant au même genre que le spinosaure originalement décrit. Elle est présentée dans une étude, dirigée par Paul Sereno, de l’Université de Chicago, et publiée dans la revue Science. Les spécimens proviennent de la formation de Farak, située dans un bassin continental du Niger et il est daté du Cénomanien (environ 100 à 95 millions d’années). Contrairement aux fossiles classiques de spinosaures, souvent issus de dépôts côtiers proches de l’ancien océan de la Téthys, ceux-ci ont été découverts dans des sédiments fluviaux.

Comme tous les spinosauridés, S. mirabilis possède un museau allongé, un voile dorsal, des dents coniques non denticulées et des narines fortement reculées. Mais il s’en distingue par une spectaculaire crête préfrontale en forme de cimeterre, arquée vers l’arrière au-dessus des orbites. Cette structure, qui atteint 27 cm de hauteur osseuse chez les plus grands spécimens trouvés, intrigue par sa finesse. « La crête en forme de cimeterre est une structure relativement fine, certains spécimens ne dépassant pas 2 cm d’épaisseur. Elle est même plus mince que certaines épines neurales de la célèbre voile dorsale », précise Daniel Vidal, co-auteur de l’étude et paléontologue des vertébrés dans les universités de Madrid et de Chicago. « Cette relative fragilité nous conduit à exclure un rôle d’arme ».

L’hypothèse de la thermorégulation est également jugée peu probable. Certes, l’os est parcouru d’un réseau vasculaire dense. Mais celui-ci se concentre surtout vers l’apex. « La majorité de la surface n’aurait pas eu une densité vasculaire suffisante pour dissiper beaucoup de chaleur », explique le paléontologue. Et, ajoute-t-il, même spectaculaire à l’échelle du crâne, la crête reste modeste comparée au volume total d’un animal de plusieurs tonnes. Les chercheurs privilégient donc une fonction d’affichage visuel. Les oiseaux actuels munis de casques ou de crêtes, comme les pintades ou les casoars, présentent des structures fortement vascularisées et richement ornées. La différence majeure est que ces casques aviens sont très pneumatisés, alors que la crête de Spinosaurus est constituée d’os massif.

Reste une question ouverte, celle du dimorphisme sexuel. Sur les trois crêtes découvertes, deux sont fines et élancées, la troisième nettement plus robuste. « Avec un échantillon aussi réduit, il est impossible de trancher. Il n’est pas impensable que ces deux morphologies extrêmes reflètent un dimorphisme sexuel », admet Daniel Vidal.


Un pêcheur de surface loin de la mer

La localisation de S. mirabilis entre 500 et 1000 kilomètres des marges marines de l’époque suscite aussi de vives questions. « Tous les vertébrés de plus d’une tonne ayant adopté un mode de vie pleinement aquatique sont marins », rappelle Daniel Vidal. Trouver un spinosauriné dans un environnement strictement fluvial change la perspective. D’autant que, dans les régions anatomiques comparables, S. mirabilis et S. aegyptiacus sont presque indiscernables.

Les deux espèces partagent ainsi un véritable « piège à poissons »: des dents coniques sans dentelures qui s’emboîtent partiellement, empêchant une proie glissante de s’échapper après la morsure. Leurs narines externes, très reculées, permettaient d’immerger le museau en eau relativement profonde (jusqu’à environ deux mètres chez les plus grands individus) tout en continuant à respirer. L’extrémité du museau présente un réseau neurovasculaire dense, probablement sensible aux mouvements des proies. Enfin, les insertions osseuses indiquent des muscles puissants pour la flexion rapide vers le bas de la tête et du cou, utiles pour frapper un poisson en surface.

En 2022, la même équipe avait déjà mis en doute les capacités de plongée de S. aegyptiacus. La flottabilité posait problème: « pour se redresser, Spinosaurus n’aurait pas pu générer suffisamment de force avec ses membres pour contrer la poussée de l’eau sur la voile », résume Daniel Vidal. Pour l’instant, aucune adaptation nette à la plongée active ne se dégage de ces nouveaux spécimens. Les données anatomiques pointent vers un pêcheur de surface, capable d’avancer dans des eaux peu profondes et d’y harponner ses proies.

Une lignée déjà fragilisée

Tous les spécimens connus de S. mirabilis sont immatures et les individus décrits mesurent environ 8 à 9 mètres de long. Aucune estimation de masse formelle n’a encore été publiée, mais l’équipe avance une fourchette de 2,5 à 3 tonnes pour ces subadultes. Des analyses histologiques sur les os des membres et les côtes doivent encore préciser leur stade de croissance. Selon les projections, à l’âge adulte ces dinosaures auraient pu atteindre une longueur dépassant 12 mètres, une masse approchant 7 à 8 tonnes, et une crête osseuse d’environ 40 cm.

L’étude propose aussi un modèle évolutif en trois phases pour les spinosauridés. Au Jurassique apparaît le museau allongé spécialisé dans la capture des poissons. Au Crétacé inférieur, les premiers spinosaures se diversifient largement autour de la Téthys, de l’Europe à l’Afrique et au Brésil. Vers 100-95 millions d’années, au temps de Spinosaurus, ils atteignent leur taille maximale, mais deviennent extrêmement spécialisés dans la piscivorie. Leur aire de répartition se restreint à l’Afrique du Nord et au nord du Brésil.

« Aire géographique réduite, faible nombre d’espèces, spécialisation extrême et structures d’affichage coûteuses ont probablement joué contre eux dans un monde en rapide transformation », analyse Daniel Vidal. À la fin du Cénomanien, la montée rapide du niveau marin fragmente les continents, submerge certaines régions et s’accompagne d’un réchauffement global marqué. Dans ce contexte instable, ces grands piscivores spécialisés disparaissent.

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