Africa-Press – Côte d’Ivoire. Jabal Arafat, au cœur de La Mecque, est associé à des moments qui se répètent chaque année lorsque des milliers de pèlerins s’y rassemblent dans une scène spirituelle touchante. Mais derrière cette image se cache une histoire plus ancienne que l’histoire humaine elle-même, liée à la formation de cette montagne.
Bien que les événements de cette histoire remontent à des millions d’années, leurs traces sont encore préservées dans les roches de la montagne aujourd’hui, qui sont devenues un archive vivant enregistrant silencieusement l’histoire de la région.
Dans une étude publiée dans une revue scientifique, un groupe de chercheurs d’un laboratoire de physique des radiations a tenté d’ouvrir ces archives, révélant plusieurs surprises, dont le fait que la formation de la montagne faisait partie d’une histoire tectonique plus vaste liée à l’émergence de la mer Rouge.
Tout a commencé à la surface de la montagne, où les pèlerins se tiennent sur des roches apparemment immobiles et simples. Cependant, ce que les scientifiques ont découvert à partir d’échantillons collectés, c’est qu’ils appartiennent à un type connu sous le nom de « granodiorite », une roche ignée profonde formée lorsque le magma se refroidit lentement à l’intérieur de la terre, produisant une roche solide remplie de cristaux minéraux.
Les chercheurs ont trouvé que ces roches contiennent des minéraux familiers tels que le quartz, le feldspath et le mica.
Datation par les traces de fission
La prochaine étape que les scientifiques ont cherché à réaliser était de comprendre l’âge de Jabal Arafat. Pour ce faire, ils ont utilisé une technique précise connue sous le nom de « datation par les traces de fission ».
Cette technique repose sur le fait qu’à l’intérieur des cristaux minéraux discrets cachés dans les roches, il existe de petites quantités d’uranium, un élément instable. Au fil du temps, certaines de ses atomes se fissionnent spontanément, libérant des fragments atomiques minuscules qui se déplacent à grande vitesse à l’intérieur du cristal.
Ces fragments laissent derrière eux des « rayures » ou des traces microscopiques très fines, invisibles à l’œil nu, mais qui restent préservées dans le métal pendant des millions d’années.
Pour voir ces marques, les scientifiques polissent les échantillons minéraux et les traitent chimiquement, puis les examinent au microscope, révélant un réseau de lignes fines ressemblant à des marques gravées dans le verre. Chaque trace représente un événement radiatif survenu dans le passé lointain. Plus la roche est ancienne, plus le nombre de ces traces accumulées à l’intérieur est élevé. En les comptant et en mesurant la quantité d’uranium dans le métal, les chercheurs peuvent calculer le temps écoulé depuis que la roche s’est refroidie et s’est stabilisée géologiquement.
Ce qui est remarquable dans cette technique, c’est qu’elle ne révèle pas le moment de la naissance du magma lui-même, mais détermine le moment où les roches se sont refroidies suffisamment pour préserver ces traces fines. C’est pourquoi elle est considérée comme un outil important pour documenter l’histoire des montagnes, de l’activité volcanique et des mouvements de la croûte terrestre.
Dans le cas de Jabal Arafat, les scientifiques ont utilisé cette technique sur des minéraux présents dans les roches de granodiorite, découvrant que ces roches se sont formées sur une période s’étendant sur des millions d’années, au cours de l’époque du Miocène tardif. Cela signifie que la montagne n’est pas simplement une formation relativement récente, mais fait partie d’une histoire profonde de la terre remontant à environ 9 millions d’années.
À cette époque lointaine, la terre était complètement différente, et les forces tectoniques remodelaient la région avec l’ouverture de la mer Rouge et le changement des contours du continent. Les roches de la montagne portent les traces de cette phase tectonique qui a vu la séparation de la péninsule arabique de l’Afrique et l’ouverture de la mer Rouge, ce qui en fait une partie du registre terrestre de la formation de l’une des mers les plus importantes du monde.
De l’histoire au présent
À partir de cette histoire tectonique écrite par les roches et déchiffrée par les scientifiques, l’étude a ensuite cherché à répondre à une question beaucoup plus simple: les roches de cette montagne présentent-elles un danger pour les humains?
Comme de nombreuses montagnes à travers le monde, Jabal Arafat contient des éléments naturels tels que l’uranium, le thorium et le potassium radioactif. Cependant, les chercheurs ont prouvé, par l’analyse des roches et la mesure des niveaux d’éléments radioactifs naturels en elles, puis en comparant les résultats aux normes internationales, que le rayonnement dans la montagne est totalement sûr et ne représente aucun risque pour la santé humaine.
Cette conclusion ne surprend pas le vice-président de l’Union des géologues arabes, car la présence de rayonnement naturel dans les roches de Jabal Arafat n’est pas étrange.
Il déclare: « La présence de rayonnement naturel ne signifie pas nécessairement qu’il y a un danger pour la santé. La plupart des roches ignées sur terre contiennent déjà de faibles proportions d’éléments radioactifs tels que l’uranium, le thorium et le potassium. Ce qui est scientifiquement important, c’est le niveau de dose de rayonnement réel. »
Il ajoute que « ce que les chercheurs ont observé reflète la nature géologique des roches profondes liées au bouclier arabe, qui sont des roches ignées formées dans les profondeurs de la croûte terrestre et portent une activité radioactive naturelle à l’intérieur de leurs minéraux. C’est un phénomène géologique naturel et non un indicateur d’un danger radiologique exceptionnel. »





