Le Sénégal sur les traces de la Côte d’Ivoire en termes de croissance ?

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Le Sénégal sur les traces de la Côte d’Ivoire en termes de croissance ?
Le Sénégal sur les traces de la Côte d’Ivoire en termes de croissance ?

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Ce n’est qu’une question de temps. En mars, l’agence Moody’s a rejoint le chœur, déjà étoffé, des observateurs qui tablent sur une croissance réelle à deux chiffres du PIB du Sénégal. Et ce dès 2024, comme l’anticipent à la fois le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Le PIB devrait atteindre 10,1% à 10,4%, selon les méthodologies utilisées par chacune de ces institutions. La Banque africaine de développement (BAD), elle, prévoit que « la croissance du Sénégal devrait accélérer » et « passer de 4,7% en 2022 à 10,2% en 2023 ».

Ce serait une première au pays de la Teranga. Son précédent record, au cours de ces quarante dernières années, remonte à 1982. La hausse avait alors été de 7,8%. Hélas, l’année suivante, le pays avait subi la plus forte récession de cette période (-5,3%). Dans la région, seule la Côte d’Ivoire a déjà franchi le cap des 10% de croissance du PIB durant ces dernières décennies : une seule fois, en 2012, dans le contexte très particulier d’une reprise économique qui a suivi la crise post-électorale de 2010-2011 (au cours de laquelle la taille de l’économie avait rétréci de 5,3%).

Grand Tortue et Sangomar

Tous les observateurs s’accordent sur le fait que l’actuelle progression du Sénégal sera grandement soutenue par l’entrée en production, attendue à la fin de 2023, des champs pétrogaziers de Grand Tortue Ahmeyim (développé par le Britannique BP et l’Américain Kosmos Energy) et de Sangomar (exploité par l’Australien Woodside Energy). « Le Sénégal, qui s’apprête à devenir un exportateur de pétrole et de gaz en 2023 et qui profite d’une reprise du tourisme et de la production agricole, pourrait se retrouver sur la liste des économies à la croissance la plus rapide d’Afrique », estime la BAD.

Le démarrage de la production d’hydrocarbures, et son effet de « boost » sur l’économie sénégalaise, avait déjà été évoqué pour 2021, puis pour 2022 et, enfin, pour le début de 2023. Retardé en partie en raison de la pandémie de Covid-19, il devrait cette fois se réaliser. BP a ainsi indiqué que « la première production de gaz commencera en 2023 ». Le groupe évalue à 15 000 milliards de pieds cubes le potentiel en gaz de Grand-Tortue, situé à cheval sur la frontière sénégalo-mauritanienne. De quoi « assurer une production pendant trente ans ou plus », selon le géant britannique.

De son côté, Woodside Energy prévoit « d’achever l’installation sous-marine et de faire venir de Singapour l’unité flottante de production, de stockage et de déchargement [FPSO] avant une mise en production prévue à la fin de l’année ».

Le FPSO du champ de Sangomar, baptisé Léopold Sédar Senghor, « sera capable de traiter 100 000 barils de pétrole brut et 130 millions de pieds cubes standard de gaz par jour ». « Il aura une capacité de stockage minimale de 1 300 000 barils de pétrole brut », selon le japonais MODEC, son concepteur.

Un « boost » transitoire

« Les prévisions de croissance pour 2023 et 2024 s’établissent respectivement à 8,3 % et 10,4%, grâce à la production de pétrole et de gaz qui devrait débuter à la fin de 2023 et améliorer sensiblement le solde des transactions courantes ainsi que le ratio dette/PIB », note le FMI. Pour autant, l’impact à long terme sur l’économie sénégalaise du lancement de la production d’hydrocarbures devrait rester modéré.

Pour Moody’s, ces champs donneront à la croissance sénégalaise « un coup de fouet significatif, mais transitoire » en 2023 et en 2024. « La capacité du gouvernement à générer des recettes s’améliorera également à moyen terme, mais dans une mesure relativement limitée – conformément au statut attendu du Sénégal, celui de producteur pétrogazier de taille moyenne », poursuit l’agence de notation.

Le FMI anticipe que la croissance économique réelle du pays retombera à environ 5% en moyenne pour la période 2025-2027, soit moins que durant la période 2014-2018, où elle avait été de 6% ou plus en moyenne.

« Les réformes envisagées dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE) doivent être approfondies s’il l’on veut retrouver la trajectoire de croissance d’avant la pandémie », recommande la Banque mondiale. Selon l’institution que dirige l’Américain David Malpass quelques semaines encore, « les services tiennent une place prépondérante dans le PIB, tandis que le secteur primaire – l’agriculture principalement – constitue le moteur de croissance le plus dynamique » de l’économie nationale.

Guerre en Ukraine et inflation

Aussi, malgré les promesses de l’exploitation pétrogazière, le FMI avertit que les risques qui pèsent sur l’économie sénégalaise « demeurent considérables et orientent sensiblement les perspectives à la baisse ». D’un côté, des pressions extérieures (décélération de la croissance mondiale, durcissement des conditions d’accès au crédit, effets de la guerre en Ukraine) « pourraient affecter la demande extérieure et réduire les perspectives de croissance du Sénégal ». De l’autre, l’inflation, qui a atteint 9,4% en février, soit trois fois la limite haute de la BCEAO, pourrait affecter négativement la demande intérieure.

La Banque mondiale estime, pour sa part, que la crise sanitaire liée au Covid-19 « a retardé les projets d’exploitation pétrolière et gazière, qui ne devraient contribuer aux recettes et aux exportations que vers 2035 ».

Le fardeau de la dette

En attendant, selon le FMI, « les risques d’une dégradation poussée de l’environnement international restent élevés et pourraient compromettre considérablement les perspectives d’endettement » du Sénégal. Aggravée par la crise liée à l’épidémie de Covid-19, puis par les subventions que Dakar a accordées pour contrôler les prix alimentaires et énergétiques renchéris par le conflit en Ukraine, la dette publique du Sénégal frôle désormais 70% du PIB, contre moins de 50% il y a cinq ans.

En 2022, le gouvernement sénégalais a consacré 750 milliards de F CFA (4,5 % du PIB) aux seules subventions énergétiques, « contre 300 milliards prévus dans le budget rectificatif et 150 milliards initialement budgétés », souligne Moody’s. Dakar souhaite ramener cette enveloppe à 2,7% du PIB cette année et à 1% en 2024, avant de supprimer totalement ces subventions en 2025. Ce calendrier pourrait néanmoins être perturbé par la hausse, habituelle, des dépenses publiques durant les années électorales.

« La faculté du Sénégal à amortir des chocs supplémentaires est limitée, et sa capacité de remboursement pourrait être affectée si les risques venaient à se concrétiser », explique le FMI. Parmi eux : de nouvelles vagues de Covid-19, un nouveau durcissement des conditions financières, des dérapages budgétaires, « ainsi que des perturbations politiques et sociales à l’approche de l’élection présidentielle de 2024′′, souligne le Fonds.

« La croissance a été plus élevée et plus régulière depuis la première phase du PSE en 2014-2018 », observe pour sa part Moody’s. « La deuxième phase du PSE (2019-2023), axée sur le développement du capital humain et un environnement commercial plus attrayant pour favoriser les investissements du secteur privé, sera plus difficile à mettre en œuvre », avertit toutefois l’agence de notation.

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