Africa-Press – Côte d’Ivoire. Selon les dernières Perspectives économiques régionales du Fonds monétaire international (FMI) pour l’Afrique subsaharienne, publiées à la mi-avril, la croissance économique de la région devrait atteindre les 3,6 %, contre 3,9 % en 2022. Ce ralentissement est dû en partie au resserrement des politiques budgétaires et monétaires visant à juguler la forte inflation, avec, en toile de fond, la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Explosion de la dette et de l’inflation
Dans ce contexte, la dette publique et l’inflation ont atteint, en Afrique, des niveaux inédits depuis deux décennies. D’après le FMI, la moitié des pays de la région sont en proie à une inflation supérieure à 10 %, et 26 pays parmi les 35 les plus endettés au monde sont africains. Plus précisément, le ratio de la dette publique par rapport au PIB est désormais en moyenne supérieur à 60 % dans la région. Il s’agit là du ratio le plus élevé depuis le début des années 2000.
L’Afrique subsaharienne est confrontée à une crise de financement en raison de la diminution de l’aide au développement – de l’ordre des 8 % en 2022 d’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) –, et de l’accès de plus en plus limité aux financements privés, comme l’explique le Fonds dans son rapport. Le resserrement rapide de la politique monétaire au niveau mondial a fait augmenter les coûts d’emprunt des pays d’Afrique subsaharienne sur les marchés intérieurs comme sur les marchés internationaux.
Depuis le printemps 2022, l’ensemble des pays pré-émergents d’Afrique subsaharienne sont privés d’accès aux marchés financiers. La forte montée du taux de change effectif du dollar, qui a atteint l’an passé son plus haut niveau depuis 20 ans, a renchéri au passage le remboursement des dettes libellées dans cette devise. En l’espace de dix ans, le ratio des paiements d’intérêts sur les recettes publiques a en moyenne doublé dans le pays de la zone.
Situation inégale
Pour autant, la croissance dans la région varie considérablement d’un pays à l’autre, tient à préciser Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI. « Certains pays, en particulier ceux de la Communauté d’Afrique de l’Est [EAC] et les pays riches en ressources non pétrolières, devraient mieux s’en sortir que d’autres. Mais certains des pays les plus importants sur le plan économique tirent le taux de croissance moyen de la région vers le bas : c’est le cas de l’Afrique du Sud, où la croissance devrait fortement ralentir, pour s’établir à seulement 0,1 % en 2023 », a-t-il déclaré. Une récession essentiellement causée par la crise de la fourniture d’électricité qui traverse le pays, qui affichait une croissance de 2,5 % en 2022.
Ainsi, certaines économies africaines ont enregistré une progression de leur PIB, toujours selon les dernières prévisions du FMI. C’est le cas du Sénégal, qui devrait connaitre avec 8,3 % (contre 4,7 % l’année précédente) la meilleure croissance du continent en 2023.
Le Mali enregistrerait quant à lui une croissance de 5 % en 2023, contre 3,7 % en 2022. Un chiffre corrélé, entre autres, avec la levée des sanctions à l’encontre de Bamako. La Guinée-Bissau et l’Angola, avec des évolutions respectives de 4,5 % (3,5 % en 2022) et de 3,5 % (2,8 % l’an passé) continuerait à se redresser petit à petit.

La Côte d’Ivoire et le Rwanda, devraient tous deux connaître une croissance à 6,2 % – un chiffre relativement bon, mais en deçà des résultats de 2022. Idem pour le Niger et l’Éthiopie, qui connaissent aussi un ralentissement de leurs croissances. Au Bénin et au Togo, les PIB n’évoluent pas de manière significative.
Plus globalement, le taux d’évolution moyen du PIB dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) s’établirait à 6,1 % en 2023, puis à 7,4 % en 2024, contre 5,7 % en 2022. Du côté de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), la croissance devrait être de l’ordre de 3,3 % en 2023, avant de chuter à 2,9 % en 2024, contre 3,4 % en 2022. Une baisse qui s’explique notamment par le cas de la Guinée équatoriale, qui est, à ce jour, le seul pays de l’espace à enregistrer une croissance négative. Actuellement estimée à -1,8 %, elle devrait se creuser pour atteindre -8,2 % en 2024.
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