En Côte d’Ivoire, les candidats indépendants sommés de rentrer dans le rang

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En Côte d’Ivoire, les candidats indépendants sommés de rentrer dans le rang
En Côte d’Ivoire, les candidats indépendants sommés de rentrer dans le rang

Florence Richard

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Comme avant chaque scrutin, les grands partis tentent de contrer les candidatures indépendantes, bien souvent issues de leurs propres rangs. À moins de quatre mois des élections locales, les tractations vont bon train.
On ne veut pas de candidat indépendant et on ne veut pas de victoire de candidat indépendant. Tous ceux qui iront à ces élections malgré les consignes du parti seront considérés comme des adversaires, au même titre que les candidats du PDCI, du PPA-CI… » Le secrétaire exécutif du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Cissé Bacongo, le rappelle désormais à presque chacune de ses sorties publiques : une tolérance zéro sera appliquée à tous ceux qui, issus des rangs de la majorité présidentielle et mécontents du choix du parti, tenteront de faire cavalier seul aux élections locales du 2 septembre. Des sanctions seront prises, prévient-il, allant d’une suspension temporaire à l’exclusion définitive.

Ces menaces suffiront-elles ? À moins de quatre mois du vote pour le renouvellement des maires et des conseillers régionaux, le RHDP n’enregistre encore aucune candidature dissidente. « Au RHDP, tout le monde a été sévèrement mis en garde contre les tentatives de se déclarer en indépendant », confie un membre du parti présidentiel.

« La désignation des candidats a suscité des mécontents, c’est sûr », constate néanmoins un autre adhérent. Les discussions et négociations avec ces insatisfaits sont intenses depuis la publication des listes, le 19 avril. « Les élections locales vont constituer un instrument de mesure des forces et faiblesses des formations politiques avant la bataille présidentielle de 2025 », souligne le politologue Geoffroy-Julien Kouao. Dans ces conditions, tous les partis nourrissent une obsession : apparaître en bon ordre de marche, unis derrière leur chef.

Un mode de désignation controversé

Au Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, le mot d’ordre est identique : « s’en tenir à la discipline du parti ». « Tous les candidats à la candidature ont signé un code d’honneur qui stipule qu’ils doivent renoncer face au postulant retenu », rappelle son porte-parole, Justin Koné Katinan. Une mesure qui n’a pas empêché les frustrations.

Dans le Guémon, région de l’ouest ivoirien, le parti d’opposition enregistre depuis samedi une candidature dissidente en la personne d’Éloire Kpaï. Ce pro-Ggbabo de la première heure, encarté au Front populaire ivoirien (FPI) puis au PPA-CI, où il occupe le poste de secrétaire national technique chargé de la réforme fiscale, pensait avoir apporté tous les gages nécessaires pour être désigné. Des parrainages, le soutien d’une partie de la population et une activité soutenue sur le terrain n’ont malheureusement pas suffi. À son grand étonnement, le PPA-CI lui a préféré Daniel Billaud. « Des discussions sont en cours. L’objectif est de trouver des compromis », affirme Justin Koné Katinan, qui estime à « une poignée » le nombre de mécontents dans les rangs du PPA-CI.

Du côté du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ancien président Henri Konan Bédié, là aussi, la députée Yasmina Ouegnin a décidé de faire fi des arbitrages de son parti. Elle se présentera en indépendante face au maire sortant de la commune de Cocody, Jean-Marc Yacé.

« Les candidatures dissidentes ou indépendantes sont inévitables vu le mode de désignation des candidats utilisé par les partis. Au PPA-CI, au PDCI et au RHDP, c’est la direction du parti qui choisit les candidats. Il aurait été préférable de recourir au système des primaires pour départager les candidats à la candidature », estime Geoffroy-Julien Kouao.

Retour dans les partis

Lors des dernières municipales en 2018, 56 mairies – soit plus d’un quart du pays – avaient été remportées par des candidats « sans étiquette ». Dix jours après la proclamation des résultats, la moitié avaient déjà rallié le RHDP. Depuis, combien de maires indépendants dirigent toujours des mairies ivoiriennes ? Tiémoko Antoine Assalé, député-maire de Tiassalé, n’en voit que deux : le maire de la commune balnéaire huppée d’Assinie, Hippolyte Ebagnitchié, et lui-même.

« Le troisième qui restait était Bonaventure Kalou, élu à Vavoua, dans le Centre. Il a rejoint le RHDP en novembre », se désole-t-il. Lors des dernières élections législatives de 2021, les indépendants représentaient plus de la moitié des candidats. À l’arrivée, vingt-six élus et aujourd’hui, sur les bancs de l’Assemblée, deux députés « sans étiquette » seulement.

Parmi eux, Tiémoko Antoine Assalé, qui ne cache pas avoir été approché. « Depuis mon élection, le PDCI et le RDHP ont essayé de m’avoir, jusqu’à récemment encore en envoyant des émissaires ou en passant par des membres de la famille pour me faire des propositions. » Mais pas question pour ce journaliste d’investigation de franchir le pas : « Les partis sont de véritables bois sacrés dans lesquels la liberté d’expression n’est pas une valeur partagée. Je veux préserver mon indépendance d’esprit. »

« Bercés d’illusions »

En janvier, Zézé Souassou Nicole Gohourou, élue maire en indépendante de Guibéroua, le village natal de Charles Blé Goudé, avait expliqué rejoindre le RHDP « dans une logique d’amélioration des conditions de vie des populations ». Autrement dit, se rapprocher de l’appareil d’État pour bénéficier de ses ressources.

Un argument que balaie Tiémoko Antoine Assalé. « Aucun élu n’est favorisé en fonction de son bord politique. Le pouvoir ne peut pas bloquer les ressources des collectivités », assure-t-il. Pour preuve, selon lui, les travaux de bitumage des routes et le déblocage d’un milliard de F CFA pour l’entretien de la voirie dont bénéficie sa ville. « Ces élus ou futurs élus ont l’illusion, en rejoignant ces grands partis, que des portes vont s’ouvrir plus vite et qu’ils bénéficieront de moyens plus importants. Mais ce n’est pas le cas. »

La Source: JeuneAfrique.com

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