Comment la Côte d’Ivoire conforte son rang de leader économique régional

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Comment la Côte d’Ivoire conforte son rang de leader économique régional
Comment la Côte d’Ivoire conforte son rang de leader économique régional

Nadoun Coulibaly

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Nouveau programme avec le FMI, révision de la stratégie d’endettement, poursuite des chantiers d’infrastructures… Avec une croissance supérieure à 6 %, le pays maintient ses bonnes performances. Suffisamment pour réduire les disparités entre les territoires et au sein de la population ?

Je crois que l’économie ivoirienne est sur la bonne trajectoire. Chaque fois que l’État investit dans les routes, les barrages, etc., cela se répercute automatiquement sur différents secteurs de l’économie et crée ainsi un cercle vertueux de croissance. L’investissement public libère le potentiel des secteurs en latence. Et le FMI compte accompagner cette dynamique. » Ce constat d’un économiste du Fonds constitue évidemment un motif de fierté pour l’exécutif ivoirien, et conforte la politique économique menée ces dernières années.

Malgré les conséquences de la pandémie de Covid – qui a fait chuter la croissance à 1,7 % en 2020 –, l’économie ivoirienne enchaîne les bonnes performances, avec un rebond spectaculaire à +7 % du PIB en 2021, et des prévisions de croissance de 6,7 % pour 2022 et de 6,2 % pour 2023 (voir « Repères »). Une dynamique soutenue par, entre autres, la hausse des exportations – notamment de cacao – en volume et en valeur, par l’essor du tissu industriel et par la poursuite des chantiers indispensables au développement du pays. En l’occurrence, une part importante du budget en cours, estimé à 11 694 milliards de F CFA (17,8 milliards d’euros, en hausse de 18 % par rapport à l’exercice précédent), est consacrée aux infrastructures et au social, avec quelque 3 107 milliards d’investissements publics.

Plus de 40 % du PIB de l’Uemoa

Au début d’avril, pour accompagner l’exécutif ivoirien dans ses réformes structurelles et lui permettre de poursuivre son plan de développement (PND) 2021-2025, le FMI a accordé une enveloppe de 3,5 milliards de dollars sur quarante mois : une première pour le pays, qui n’avait d’ailleurs demandé que 2,6 milliards de dollars, pour un financement représentant 400 % de sa quote-part (c’est-à-dire la limite maximale des sommes que le FMI s’engage à mettre à disposition de l’un de ses membres pour financer ses opérations).

Ce nouveau programme de facilité élargie de crédit (FEC) est à la hauteur des défis que dit vouloir relever la locomotive économique de l’Uemoa. L’éléphant ivoirien, qui pèse en effet plus de 40 % du PIB de la zone, bénéficie ainsi d’une aide financière « hybride », composée à la fois de ressources concessionnelles et non concessionnelles. Mieux, le taux de maturité de 4,5 % est largement inférieur aux conditions actuelles du marché de la dette internationale (7%). Objectif : corriger les déséquilibres budgétaires, tout en mettant l’accent sur le PND, désormais à mi-parcours

La Côte d’Ivoire devra en outre accélérer la cadence de ses réformes sectorielles – notamment dans la filière cacao – pour doper les recettes fiscales, renforcer la soutenabilité de la dette et la lutte contre la corruption, et la stabiliser le déficit budgétaire. « L’économie ivoirienne a bien résisté à la pandémie, mais son rebond a été atténué en raison des retombées négatives de la guerre de la Russie en Ukraine et du resserrement monétaire mondial. Les subventions directes et indirectes visant à réduire les pressions sur les prix, l’augmentation des dépenses de sécurité et la détérioration des termes de l’échange, dans un contexte de demande intérieure soutenue, ont entraîné une aggravation des déséquilibres macroéconomiques en 2022 », remarquent les économistes du FMI, qui soulignent cependant que l’inflation a été contenue à l’un des plus faibles taux de la région ouest-africaine (4,2 % en 2021 et 5,2 % en 2022). Selon les prévisions, elle devrait se maintenir à moins de 4 % en 2023.

Faut-il augmenter la fiscalité ?

Reste que, malgré ces progrès, l’économie ivoirienne pâtit de la faible mobilisation des recettes internes. Même si celles-ci ont augmenté pour atteindre 6 140 milliards de F CFA en 2021 (+16,1 % par rapport à 2020), les dépenses se sont accrues dans le même temps, à 8 102 milliards F CFA (contre 7 255 milliards en 2020), afin d’atténuer l’impact de la crise liée au Covid-19 et de revoir le volume des investissements à la hausse.

Faut-il alors augmenter la fiscalité ? En Côte d’Ivoire, le taux de pression fiscale se situe autour de 13 %, quand il est de 18 % au Sénégal. « Si l’on veut se développer, c’est bien de compter sur les ressources extérieures pour financer des projets structurants, c’est encore mieux de les mobiliser localement, explique un économiste ouest-africain. Nous constatons qu’il y a beaucoup de dépenses fiscales sous forme d’exonérations (notamment sur les importations), dont on n’est pas certain qu’elles se répercutent sur le consommateur. Sont-elles nécessaires ? La réponse varie selon le camp où l’on se situe ».

Une autre faiblesse concerne la corruption, qui, en 2019, aurait englouti près de 1 400 milliards de F CFA, soit 4 % du PIB. « Ces chiffres entravent le développement », relève l’agence de notation financière Bloomfield Investment Corporation (BIC), qui énumère par ailleurs des fragilités dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou encore de la décentralisation.

Il n’en demeure pas moins que, malgré la série de chocs exogènes (guerre en Ukraine, inflation mondiale, rupture des approvisionnements, dépenses massives pour contenir les effets des attaques), le risque pays demeure relativement faible.


La dette ? Maîtrisée, ou presque

Fin septembre 2022, le stock de la dette s’est établi à 22 644,1 milliards de F CFA. Quant à son poids dans le PIB, il excédait 55 % en 2022 – selon les dernières estimations du FMI –, contre 50,9 % un an plus tôt, mais se situait encore largement en-dessous de l’injonction communautaire de ne pas dépasser le seuil de 70 %. « Ce niveau montre que nos efforts ont permis de maîtriser le risque d’endettement. Nous surveillons le ratio de liquidités qui mesure la capacité à faire face à la dette. Les investissements peuvent donc se poursuivre. La Côte d’Ivoire est un pays attractif et va le demeurer”, assure Adama Coulibaly, le ministre des Finances.

Alors que les conditions du marché de la dette en eurobonds sont de plus en plus draconiennes, avec des taux proches de 7 %, la Côte d’Ivoire a aussi revu sa stratégie d’endettement et s’intéresse de près à un domaine jusqu’à présent inexploré, celui des green bonds.

Les bonnes performances macroéconomiques dissimulent également des disparités territoriales et de fortes inégalités socio-économiques, à l’heure où la priorité est de mieux partager la croissance. À cet égard, le programme social du gouvernement 2 (PSGouv2) pour l’inclusion des populations vulnérables est doté d’un montant de 3 200 milliards de F CFA sur trois ans et vise l’insertion scolaire et économique de la jeunesse.

Si beaucoup reste à faire en la matière, force est de constater que le taux de pauvreté diminue dans le pays, certes trop lentement, mais sûrement. Il a reculé de 7 points au regard du seuil national (fixé à moins de 750 F CFA par jour), passant de 55 % en 2011 à 39 % en 2019 et à 37 % en 2021. Même tendance si l’on considère le seuil de pauvreté international, c’est-à-dire la part de la population vivant avec moins de 1,90 dollar par jour : selon les données de la Banque mondiale et du Pnud, il est passé de plus de 33 % en 2015 à environ 12 % en 2021.

La Source: JeuneAfrique.com

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