Florence Richard
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Les deux partis ont conclu un accord en vue des élections locales du 2 septembre. Depuis, plusieurs candidats du FPI se sont désistés en faveur de celui désigné par la majorité présidentielle.
Le 2 mai, le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’Guessan et le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d’Alassane Ouattara s’entendaient sur « un accord de partenariat », une entente « pour la démocratie, la cohésion et la démocratie ».
Depuis des mois, les deux partis négociaient ce rapprochement jugé contre-nature par certains – les deux partis ne partageant pas la même ligne idéologique – mais raisonnable de la part du FPI pour d’autres, après des législatives très décevantes en 2021. La fracture avec les pro-Gbagbo, désormais réunis au sein du Parti des peuples africains (PPA-CI), avait couté cher à Pascal Affi N’Guessan, avec seulement deux députés élus sur le banc de l’Assemblée.
Tourner la page
Pas vraiment alliés, mais plus adversaires non plus, le RHDP et le FPI s’engageaient notamment à des actions de sensibilisation de terrain conjointe et à un pacte de non-agression mutuel. À quelques mois des élections locales – municipales et régionales – du 2 septembre, pas question d’une alliance électorale, mais plutôt d’ententes « si nécessaires » et en fonction « des réalités du terrain », selon les termes de Pascal Affi N’Guessan.
Une manière aussi pour ce dernier de tourner définitivement la page de la présidentielle de 2020 et du troisième mandat très controversé d’Alassane Ouattara contre lequel il s’était dressé avec énergie. Une contestation qui lui avait valu deux mois d’emprisonnement pour avoir participé à un très éphémère « Conseil national de transition », et d’être poursuivi, avec d’autres opposants, pour « complot contre l’autorité de l’État », « mouvement insurrectionnel », « assassinat » et « actes de terrorisme ».
« Le processus ne fait que commencer »
Comment se concrétise ce « partenariat » sur le terrain ? Dans les communes abidjanaises d’Abobo et Cocody, ainsi que dans la région du Haut-Sassandra, les deux formations politiques se sont d’ores et déjà entendues sur des listes communes. Dans tous les cas, le FPI a retiré son candidat au profit de celui de la majorité présidentielle et négocié des places de conseiller, d’adjoint ou encore de vice-président. Les détails de ce partage de postes ne sont pas connus mais pourraient l’être à l’occasion d’un bilan qui sera fait fin juin.
Ces désistements, certes pour le moment peu nombreux, posent tout de même une question : l’ogre RHDP, grand favori de ces élections municipales et régionales, est-il en passe d’engloutir l’ancienne formation de Laurent Gbagbo ? « Le processus ne fait que commencer. Des discussions sont en cours dans de nombreuses communes et régions », assure le secrétaire général du FPI, Issiaka Sangaré. Candidat à Cocody, commune acquise au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), ce dernier a retiré sa candidature au profit du celle du RHDP, portée par le chef du protocole d’Alassane Ouattara, Éric Taba. Mais Issiaka Sangaré insiste : le FPI maintiendra des candidats, pas question de s’effacer partout.
Le « symbole » du Moronou
À l’inverse, il y a bien une région où le FPI aurait imaginé que le RHDP fasse marche arrière : le Moronou, fief de Pascal Affi N’Guessan, où il remet cette année son mandat de président de région en jeu. Ses cadres s’attendaient en effet à un geste de courtoisie du parti au pouvoir dans ce territoire du centre-est de la Côte d’Ivoire. Cela n’est – pour l’instant ? – pas le cas.
Bon joueur, Issiaka Sangaré prend acte : « Le partenariat prévoit la possibilité de conclure localement des accords, mais dit aussi que chaque parti garde son autonomie, selon la liberté du jeu démocratique. Nous respectons la décision du RHDP, nous sommes des enfants de la démocratie. Cependant, c’est vrai, au nom de la symbolique, cela aurait donné un regain d’action à notre partenariat. » « Pascal Affi N’Guessan a de très fortes chances de remporter la région, mais symboliquement, en effet, ce serait fort », assure-t-on dans son entourage.
Joint par téléphone, Ahondjon N’Guessan, le candidat RHDP en question – dont l’épouse est la nièce de l’ancien Premier ministre et mairesse de la ville d’Arrah -, se dit prêt à négocier avec le FPI, à la condition qu’on lui demande de le faire. « Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai reçu aucune instruction de mon parti dans ce sens. Ce n’est pas à moi de prendre cette décision. Si le président Alassane Ouattara me fait appeler et qu’il me le demande, je suis partant pour des listes communes, je n’ai pas de problèmes avec cela. En attendant, j’avance », explique-t-il.
Mais pour les plus hautes instances du RHDP, pas question de s’en mêler, Ahondjon N’Guessan devra prendre seul sa décision. « En ce qui nous concerne, le principe est d’avoir des candidats partout. Localement, nous laissons le soin à chacun d’apprécier la situation et de nous faire le retour. S’ils pensent que la meilleure chose est de s’entendre avec le FPI, ils ont le feu vert », soutient le président du directoire du RHDP, Gilbert Koné Kafana.
La Source: JeuneAfrique.com
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